Le nouveau vitrail de St Martin : "Matin de Pâques"

Essai d'interprétation

Donnons-nous la peine de nous avancer vers le chœur de l'église et retournons-nous pour avoir une vue d'ensemble du vitrail. Le regard est ébloui par la magnificence de l'œuvre et par le chatoiement des couleurs. Le vitrail est non-figuratif et laisse à chacun la liberté d'interprétation qui lui convient.

Essayons de le détailler quelque peu et laissons le regard le parcourir de bas en haut.

Le bas du vitrail frappe d'abord par son bleu nuit, qui forme une masse énorme et occupe toute la surface du bas. Il évoque dans mon esprit le monde des abysses, avec des ondulations qui font penser à des courants sous-marins.  Serait-ce le monde des enfers, dont il est question dans le credo chrétien ?

Ou encore les ténèbres de la nuit profonde après la mort en croix du Christ ?

On sent très bien que ce bleu traduit quelque chose d'inquiétant, qui a de quoi faire frémir.

Il faut distinguer dans cette masse deux zones :

-        celle du dessous, d'un bleu profond, avec au centre une tache multicolore qu'il me paraît difficile d'interpréter. Cette zone est soulignée d'une bande rouge qui fait le lien avec les bandes rouges latérales et semble encadrer tout le tableau.

-        celle du dessus, avec déjà des tons d'un bleu plus clair, où apparaît au centre une tache verte qui tranche sur le bleu. Signe d'espoir ? Évocation du tombeau où repose un corps dans une mort qui n'est que provisoire ?

Lire la suite...
Homélie du dimanche 29 Décembre, Fête de la Sainte Famille. PDF Imprimer Email
Année 2019

Ben Sira le Sage insiste sur le respect dû aux parents. « Honore ton père...glorifie ta mère. » Fais-le parce que tu as reçu d'eux la vie et parce que, malgré leurs limites, leurs faiblesses et leurs erreurs, ils ont eu souci de toi et t'ont aimé. Puis il ajoute : «Soutiens ton père... soutiens ta mère dans sa vieillesse... Même si leur esprit les abandonne, sois indulgent. » Impossible d'entendre ces recommandations sans penser à ce qui arrive à plusieurs personnes âgées dans notre société. Combien sont mises à l'écart quand elles commencent à perdre leur autonomie ?


Dans le prolongement de Noël, nous célébrons donc, en ce dimanche, la sainte famille de Jésus, Marie et Joseph, dans tout ce qu'elle représente S'il nous arrive d'idéaliser leur condition, détrompons-nous. Dès les premiers jours, la vie de Jésus a été menacée et ce fut la responsabilité de ses parents de la protéger. Le récit de l'évangile d'aujourd'hui nous plonge en plein dans un moment de crise de la famille de Jésus: la fuite forcée en Égypte pour protéger la vie de leur enfant.  Après quelques années d'exil ils reviennent en Israël et s'installent non pas en Judée, par crainte d'Archélaüs, le fils d'Hérode, mais en Galilée. Hérode et son fils représentent le pouvoir exploiteur et oppresseur,  et prêt à toute cruauté pour défendre ses privilèges.   Tout cela n'est que trop humain. Combien de familles sont encore disloquées par la guerre, les déplacements forcés de populations, l'exil. Dans tous les cas, ce sont les familles qui sont les premières victimes des convoitises et des affrontements politiques.

Dès sa naissance Jésus connaît dans sa chair les difficultés et les épreuves des pauvres et des opprimés, avec qui il s'identifiera toujours.  Cette famille de Marie, Joseph et Jésus, dans son existence mouvementée, demeure un modèle très concret pour toute famille humaine.  Marie et Joseph ont offert à Jésus un lieu d'apprentissage pour qu'il puisse réaliser sa mission de vivre entièrement l'expérience humaine pour la transformer de l'intérieur.

La famille est le premier lieu ou un enfant apprend à aimer. L'apprentissage à l'amour est le plus bel héritage que des parents peuvent léguer à leurs enfants. Dieu a eu besoin d'une famille pour réaliser son plan. La famille, sans être le seul élément qui contribue à la construction d'un être humain, en est toutefois un élément essentiel qu'il faut continuer de promouvoir et à défendre dans notre société. On a besoin d'une cellule familiale pour apprendre les actes fondamentaux de la vie : donner, recevoir, partager, pardonner, faire confiance, jouer, gagner, perdre, faire équipe, se dépasser, vivre l'intimité. On a besoin d'une famille pour découvrir qu'il y a plus grand que soi, les parents, Dieu. La famille est très importante, mais elle n'est pas le tout de l'apprentissage de l'être humain.

La famille est un lieu où chacun apprend à se construire et à devenir lui-même. Le Christ a du passer par un lent apprentissage pour devenir cet homme qui se présente au baptême de Jean-Baptiste. Il faut aider la famille à devenir ce qu'elle est : une petite Eglise domestique, un lieu où on apprend à être aimé et à aimer, à vivre la communion dans la différence, à s'initier à l'expérience de foi avec tout ce que cela comporte. Cet idéal est traduit dans la lettre que Paul adresse au Colossiens. Ses recommandations pratiques, à la fin du texte, en particulier lorsqu'il parle de la « soumission » des femmes à leur mari, appartiennent à un contexte culturel différent du nôtre. Il dit aussi que puisque nous sommes tous les bien-aimés de Dieu, nous devons revêtir nos cœurs de tendresse et de bonté, d'humilité, de douceur et de patience, et nous souvenir que nous avons été nous-mêmes pardonnés par Dieu lui-même.

Sans pardon l'amour est impossible. Il ne s'agit pas d'un pardon « à la petite semaine » mais d'un pardon dans la vérité. Ce pardon n'occulte pas les blessures ni les fautes mais il permet à celui qui a chuté de se relever et de grandir. Jésus ne veut pas l'angoisse, Il veut nous en libérer intérieurement, mais aussi dans nos vies communautaires. Nos vies communes familiales et religieuses sont là pour qu'on ait moins peur. Du bonheur dans les familles ! Jésus a promis la paix à l'Eglise, Jésus promet la paix à nos familles, pas la paix à la manière du monde, pas une paix facile, mais une paix qui se conquiert, une paix qui demande notre vigilance de tous les jours, mais une paix que Jésus veut donner. La famille est appelée à devenir toujours plus un lieu de paix. Elle est vraiment une petite cellule de l'Eglise et sa paix diffuse, rayonne autour d'elle.

La Sainte Famille formée de Jésus, Marie et Joseph peut servir de modèle pour nos familles qui vivent un drame. Le bonheur, la paix dans nos familles doivent nous permettre de grandir encore plus.  La Sainte Famille formée de Jésus, Marie et Joseph fait partie de notre histoire sainte. La Sainte Famille d'aujourd'hui, c'est celle que vous formez en tant que parents avec vos enfants et qui porte le nom d'Église domestique. La Sainte Famille d'aujourd'hui, c'est aussi celle que nous formons comme communauté chrétienne qui porte le nom d'Église paroissiale.  Les enfants de Dieu que nous sommes doivent pouvoir satisfaire leur besoin de parler de Dieu et d'approfondir leur relation avec Dieu grâce au support des autres. Ainsi, comme Jésus nous pourrons continuer à grandir.

La famille est le lieu essentiel où chacun doit être reconnu et aimé pour ce qu'il est. Chaque famille peut devenir une « Sainte Famille » dans laquelle chaque membre est perçu comme un don pour chacun.


Abbé Vincent Ngyuen.