Nous avons le plaisir de vous communiquer le lien vers la vidéo du spectacle « En Chemin » à l'église Saint-Martin sur YouTube (version complète - 1h10)
Homélie du dimanche 29 Septembre 2019. 26ème dimanche du temps ordinaire. PDF Imprimer Email
Année 2019

Frères et sœurs, nous connaissons bien l'histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Et suivant la manière dont nous pouvons considérer ce verre, on peut déduire que nous sommes soit optimistes ou soit pessimistes. Nous avons tendance à voir la vie du bon côté ou tendance à la prendre du mauvais côté. Malheureusement, cette distinction peut entacher notre manière de considérer la vie spirituelle, particulièrement de considérer ce que Dieu nous demande. Le problème de cette manière de voir les choses, c'est que justement on ne s'intéresse qu'à la manière de voir les choses et pas à la réalité elle-même. Celui qui voit le verre à moitié plein et celui qui le voit à moitié vide décrivent tous les deux le même verre. Or pour nous, croyants, peu importe. Comment voyons-nous Dieu ou comment recevons-nous ce qu'il nous demande ? Ce qui compte c'est de découvrir Dieu tel qu'il est et c'est d'accueillir sa parole telle qu'elle se donne.

Cependant, comment voyons-nous, par exemple la parabole de ce jour, où il est question du riche et du pauvre ? On peut regarder cette histoire du bon côté en se disant, Dieu est du côté du pauvre maigre, qui a été reçu par les anges à cause du seul mérite de sa pauvreté ou la regarder du mauvais côté et se dire, le gros mauvais riche, plein de péché, a été livré aux tourments par la seule faute de sa richesse. On pourrait ainsi se laisser impressionner par leur renversement, la justice que Dieu fait à ce pauvre au moment de sa mort. Une lecture trop superficielle pourrait nous conduire à voir en Dieu celui qui répare les injustices en donnant dans l'au-delà ce qui manquait au pauvre Lazare, et en punissant l'homme riche dans l'au-delà également.

Non, Jésus bouscule un peu cette logique de voir les choses. Il ne calcule pas, ne compense pas les mérites et les bonnes actions. Il constate seulement que le riche est resté riche sa vie durant pendant que le pauvre reste pauvre à sa porte. D'où ce grand abime d'aveuglement ou d'indifférence totale qui s'est creusé entre le riche et le pauvre, simplement parce que le riche n'a jamais entrouvert son portail.

Au fond, la question que Jésus soulève est la suivante: « Qu'as-tu fait de ton frère ? » Cette question vient de la nuit des temps quand Dieu l'avait posé à Caïn. Autrement dit, suis-je indifférent (e) à la misère de mon frère, de ma sœur ? Ai-je creusé un abîme qui me sépare des nécessiteux ? Est-ce que mes richesses sont-elles un cadeau de Dieu à partager avec ceux et celles qui sont dans le besoin?

Jésus attire notre attention sur ce danger de tous les temps qui abîme notre cœur : notre incapacité de voir la misère ou les souffrances des autres, les pauvres qui sont à notre porte. Il nous apprend comment nous devons ouvrir les yeux pour voir en tout homme, en toute femme, qu'il (elle) soit riche ou pauvre, un frère, une sœur à aimer. Dieu regarde et apprécie chacun et chacune selon la qualité de son cœur. C'est là qu'il pèse et qu'il examine.

Son interpellation est sans équivoque : n'attendons pas la mort pour ouvrir les yeux sur la vie des autres. En réalité, la vie présente n'existe que si les autres ont de l'importance, de la valeur pour nous. C'est dans le clair-obscur de la vie quotidienne, de nos activités ordinaires, que nous décidons, oui ou non, de notre vie éternelle.

Frères et sœurs, et pour nous aujourd'hui, est-ce qu'il est trop tard ? Nous pouvons objecter comme le riche de la parabole : « Si le Seigneur m'envoyait un signe... » ; « Ah si j'avais su... » Mais, avons-nous vraiment besoin des révélations personnelles pour croire, pour faire ce que Dieu me demande ?

Le seul signe que Dieu nous livre aujourd'hui demeure sa Parole, ce trésor dans lequel nous sommes invités à puiser toutes les richesses possibles ; sa Parole faite chair en Jésus-Christ, mort et ressuscité. Il est le signe par excellence venu nous offrir l'amour divin pour que nous le partagions.

C'est pourquoi Jésus ajoute: « Vous avez la Parole de Dieu.» Il souligne ici l'importance capitale de l'écoute, de notre écoute de la Parole de Dieu. La Parole de Dieu est une parole vivante, elle a une force exceptionnelle pour nous convertir, pour changer notre cœur, pour nous aider à organiser notre vie, à bien nous comporter, si nous savons l'accueillir, l'écouter, la méditer et en vivre. C'est elle qui donne sens à notre vie.

Et si Abraham a pu devancer le pauvre Lazare pour le recevoir dans son sein, c'est qu'au milieu de ses richesses (familles, or, argent...) il était pauvre, humble, respectueux, charitable et obéissant à la Parole de Dieu. Saurons-nous être attentifs, à l'avertissement qu'Abraham donne à l'homme riche en le renvoyant à Moïse et aux prophètes ?

« Qu'as-tu fait de ma parole ? » demande Dieu à chacun et à chacune. La pratique et l'attention que nous portons à l'Écriture sont les deux bords du chemin sur lequel le Seigneur nous demande d'aller aujourd'hui. Ce chemin nous fait sortir de nos "maisons de luxe" pour aller à la rencontre des Lazare qui se tiennent à nos portes, dans nos rues, sur les places publiques... Ainsi pour trouver le vrai bonheur, il faut s'engager sur la voie de l'amour, de la charité qui nous fait passer les abîmes, les frontières qui nous séparent les uns des autres.

Nous célébrons aujourd'hui la Journée mondiale des migrants et des réfugiés. À travers eux, nous sommes invités à savoir lire les signes des temps à la lumière de l'Écriture. Ne sont-ils pas ce Lazare que la misère et l'insécurité ont conduit à nos frontières, devant nos portails, espérant recevoir l'accueil, la protection, l'intégration, un avenir meilleur et peut-être mendiant les miettes tombant de nos tables, pas nécessairement le pain matériel, mais notre amour qui fait vivre ?

Aujourd'hui encore, le grand abîme qui se creuse davantage entre les privilégiés qui excellent dans l'abondance et les défavorisés de toutes sortes qui s'enfoncent dans la misère est une réelle menace pour l'humanité tout entière.

Et nous qui espérons la vie éternelle, n'oublions pas d'ouvrir les yeux sur ce qui se passe autour de nous, souvent à l'extérieur de nos murs. Veillons toujours à garder les portes de nos maisons et de nos cœurs ouverts, prêts à partager la providence que Dieu nous donne au quotidien, à vivre l'attention à l'autre, l'attention fraternelle. Que nous sachions garder notre cœur ouvert et orienté vers le ciel où est notre bonheur, notre seul bonheur.

Prions pour que les Lazare de nos jours nous aident à trouver Dieu et à manifester sa présence autour de nous, dans notre monde.

Abbé Jean-Claude Bambele, vicaire, paroisse Saint Martin, Arlon.