Nous avons le plaisir de vous communiquer le lien vers la vidéo du spectacle « En Chemin » à l'église Saint-Martin sur YouTube (version complète - 1h10)
Interventions lors de la célébration nationale PDF Imprimer Email
Année 2019

Mot d'accueil par Roland Hayum, de la communauté juive

Monsieur le Gouverneur

Monsieur le Ministre d'Etat

Monsieur le Ministre Président

Monsieur le Commandant Militaire de la Province

Monsieur le Président du Conseil Provincial

Monsieur le Vice-président des Juges de Paix et de Police

Madame  la Procureur du Roi

Mesdames et Messieurs les Parlementaires

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil Provincial

Mesdames et Messieurs les membres de la Défense, de la Police Fédérale et Locale, de la Magistrature, du Collège et du Conseil Communal, des Corps Constitués

Mesdames et Messieurs les Anciens Combattants, Prisonniers de Guerre, Prisonniers Politiques, Résistants Armés, Vétérans et Représentants des Organisations Patriotiques

Mesdames, Messieurs,

C'est d'un commun accord que les communautés juives, catholiques, musulmanes, protestantes et laïques  ont décidé d'anticiper le souvenir d'un épisode particulier de l'histoire de notre ville. En effet, au mois de septembre nous commémorerons le septante-cinquième anniversaire de la libération d'Arlon. Cela nous permettra de célébrer les troupes qui sont rentrées et qui ont déclenché la liesse parmi la population enfin délivrée du joug allemand, mais aussi et surtout de nous souvenir de toutes les victimes de cet horrible période, hommes, femmes et enfants, civils, combattants, résistants, prisonniers et déportés.

Résistance et libération vont de pair. Cette arrivée des troupes américaines était la récompense des résistants, et parmi eux nos libérateurs eux-mêmes.

Pour notre jeunesse, qui ne sait plus aujourd'hui ce que signifie vivre sous une dictature, la commémoration du  septante-cinquième anniversaire de la libération de notre patrie est un événement qu'ils ne connaissent que par les livres d'histoire.

Nous nous devons de leur fournir des témoignages, pour que l'histoire de la deuxième guerre mondiale ne tombe pas dans l'oubli, les survivants ne doivent surtout pas hésiter à leur raconter leur expérience, car ce sont ces récits qui les marqueront et leur feront prendre conscience du danger permanent qui nous guette. Ils sont les héritiers de nos combattants, et sont à leur tour confrontés à cette nouvelle forme de tyrannie. Nous nous devons de leur inculquer la notion du combat pour la liberté, jamais terminé, jamais gagné.

L'histoire, dit-on, se répète et fait trembler nos libertés. Nos forces armées sont à nouveau sur le qui-vive face au terrorisme, nouvelle menace sournoise qui fait des victimes sur toute la surface du globe.

Vive le Roi, vive la Belgique et vive la Paix.

Lecture du livre de la Genèse (Gn 4,1-16) : Caïn et Abel

Commentaire par Wenceslas Mungimur, doyen de la communauté catholique

Vous êtes peut-être surpris - à juste titre - que j'aie choisi un texte aussi ancien et aussi connu pour commémorer, ce matin, le 75ème anniversaire de la fin d'un conflit qui a déchiré non seulement notre vieille Europe mais aussi le monde entier.

Le récit de Caïn et Abel médite sur la difficile fraternité entre les hommes, sur la violence entre frères et sur ses conséquences souvent désastreuses. Il raconte un des faux-pas essentiels qui déshumanisent l'homme, qui font obstacle à sa croissance intérieure. La Bible n'est pas d'abord un livre « religieux » à but catéchétique. Elle l'est, bien sûr, mais ce matin, je voudrais vous la présenter comme un livre qui décrit la réalité humaine, dans sa complexité, telle qu'elle est. Pour les croyants, Dieu s'y manifeste et fait entendre sa voix pour sortir les hommes des chemins de mort et leur offrir la vie.

Quelle est la situation de départ dans le texte que nous venons d'entendre ?

L'offrande d'Abel, le cadet, est préférée à celle de Caïn, l'aîné, qui était tout aussi valable. Étrange option prise par Dieu ! Réaction spontanée : Dieu est injuste ! Il est d'autant plus injuste, aux yeux de Caïn, que c'est le cadet, celui qui ne compte pas dans la culture antique, qui est préféré !

Vous aussi, vous trouvez que Dieu est injuste ? Très bien ! Vous avez la bonne réaction, celle que le narrateur attend de vous ! Ce qu'il veut, en effet, c'est que le lecteur s'identifie à Caïn, qu'il sente en lui les réactions de Caïn. Car l'histoire de Caïn, c'est la nôtre. Devant nous, en effet, il y a toujours un autre qui éveille en nous la jalousie, l'envie, le sentiment d'injustice ; quelqu'un dont nous envions, plus ou moins consciemment la situation, les dons, les privilèges, les talents, la beauté, la richesse. Toutes et tous, nous avons notre Abel, nos Abel. Face à cette situation, la réaction de Caïn est humaine, car la jalousie et la révolte qu'elle peut engendrer sont des sentiments humains. Et le texte, d'ailleurs, ne les condamne pas. Mais il les interroge.

En effet, Dieu parle à Caïn de ce sentiment qui le mine "Pourquoi es-tu en colère et pourquoi ton visage est-il abattu ? ". Dieu commence par indiquer à Caïn une bonne manière de gérer la jalousie : agir bien. Notez qu'il ne précise pas en quoi cela consiste, mais il affirme que cela est possible, laissant à la liberté de Caïn d'inventer cette manière de gérer positivement le sentiment présent en lui. Mais Dieu ajoute aussitôt un avertissement : pour agir bien, Caïn doit maîtriser, dominer en lui cet élan, cette jalousie qui est prête à le dominer, à le maîtriser. Il doit se montrer plus fort qu'elle. Non en niant ce sentiment - ça, il ne peut pas le faire -, mais en en restant maître. Bref, en avertissant Caïn, Dieu désigne le mal en lui ; et il ajoute, plein de confiance : "Tu peux le dominer" ou même "Tu le domineras". Tu peux devenir le pasteur de cette violence que tu sens monter en toi.

On peut aller un peu plus loin dans la compréhension des paroles de Dieu si on analyse le sentiment dont il est question : l'envie. L'envie c'est être heureux d'un bien parce qu'on le possède pour soi tout seul, mais aussi, et c'est le cas de Caïn, c'est être malheureux d'un bien qu'un autre détient ; bref, c'est être malheureux du bonheur de l'autre. Dès lors, l'antidote à l'envie, le chemin pour la dominer, c'est d'apprendre à se réjouir du bonheur des autres, à être heureux de leur bonheur et ainsi à le partager. Mais Caïn refuse d'entrer dans cette dynamique ; il laisse l'envie dominer chez lui et élimine Abel, dont le bonheur lui était devenu insupportable.

Quel est le fruit de cette élimination du frère ? C'est la malédiction. Et ici, il faut bien comprendre. Quand Dieu dit à Caïn : "tu es maudit", il ne le maudit pas. Il constate qu'en tuant son frère, Caïn s'est maudit lui-même. En effet, dans la Bible, être maudit, c'est être marqué par la mort, porter la mort en soi, être incapable de produire des fruits de vie. En assassinant son frère, Caïn est devenu porteur de mort, signe de mort. Signe de cette malédiction, le sol que Caïn travaillait et d'où il tirait sa vie, ce sol ne produira plus de fruit pour le maudit qui sera désormais un vagabond. Errant et fugitif. Celui qui a tué son frère, qui a éliminé l'autre qu'il ressentait comme un concurrent, ne peut plus se trouver lui-même : il erre à la recherche de lui-même, car il faut un autre pour savoir qui l'on est. Et il fuit, ou peut-être il se fuit lui-même, parce qu'il a fait son propre malheur. Enfin, marqué par la mort, Caïn a peur d'être tué à son tour : il sait désormais qu'un homme peut en tuer un autre. Mais Dieu ne veut pas la mort, même pas celle du meurtrier.

Je conclus. Quel chemin d'errance - d'erreur - et de mort est ici raconté et dénoncé ? Celui qui consiste à laisser dominer en soi l'envie, l'esprit de domination par rapport à l'autre ; celui qui consiste à éliminer l'autre. Dans le récit, Abel est éliminé physiquement. Mais il y a bien d'autres manières d'éliminer un autre : l'indifférence, l'exclusion, l'oubli ; et il y a aussi des paroles qui tuent, des silences qui tuent, des inactions qui tuent. Or le récit biblique nous avertit : la mort de l'autre que j'exclus pour occuper toute la place, c'est aussi ma mort, car sans l'autre, qui suis-je ? Positivement, un chemin d'humanisation et de croissance spirituelle est ébauché : loin de voir en l'autre un concurrent, on peut le rencontrer comme une chance, une chance de rencontre et de partage, une chance d'enrichissement mutuel pour ceux qui osent se réjouir avec les autres de leur bonheur. Et j'ajouterais : pour ceux qui savent prendre part au malheur des autres pour le porter avec eux.

Je vous laisse le soin d'appliquer cette proposition de lecture (élaborée par le théologien André Wenin) au conflit tragique dont nous commémorons aujourd'hui le 75ème anniversaire de sa résolution. La construction de l'Europe n'est-elle pas ce chemin de réconciliation et de croissance en humanité suggéré par le texte ? Chemin toujours en devenir... C'est notre responsabilité !


Prière par Jean Cornez, pasteur de la communauté luthérienne


Prière par Mohamed Bouezmarni, de la communauté musulmane

TE DEUM
Brabançonne