Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes- témoignage du mercredi 6 Février 2019 PDF Imprimer Email
Année 2019

Réflexion dans le cadre de la Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes

« Heureux les pauvres »

Karine Burnotte              Arlon, mercredi 6 février 2019

Ph 2, 1-11 - Ps 22 - Mt 6, 24-34

« Heureux les pauvres ! » Voilà un thème bien ardu !

Sur le site internet de Lourdes, la présentation du thème de cette année commence par cette citation de Madeleine Delbrêl : « Être pauvre, ce n'est pas intéressant, tous les pauvres sont bien de cet avis. On les comprend, personne n'aime être pauvre ». Des pauvres, j'en rencontre chaque semaine à la Saint-Vincent de Paul et aussi à la porte du presbytère. Sont-ils heureux ? Je ne leur ai jamais demandé. Certains ont l'air malheureux. Non seulement leur situation financière est généralement un problème sans fin mais elle est souvent accompagnée de problèmes de santé, de famille, de chômage, de logement... D'autres semblent malgré tout heureux de vivre. Ils font peut-être bonne façade ou contre mauvaise fortune bon cœur en se réjouissant de ce qu'ils ont : des amis, une famille, un lieu de vie loin de la guerre...

Être pauvre, ce n'est pas intéressant, disait Madeleine Delbrêl et elle poursuit : Ce qui est intéressant, c'est de posséder le Royaume des cieux. Mais seuls les pauvres le possèdent.

Pourquoi les pauvres seuls auraient-ils droit au Royaume ? En sommes-nous tous exclus comme Jésus semblait le dire à ses disciples « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu ! » (Mc 10,25).Qu'ont donc les pauvres que les riches n'ont pas ? (parce que l'inverse, on le sait : ils n'ont pas d'argent ! Or est-ce juste l'argent le problème ?)

Comme les pauvres n'ont pas tout et ne peuvent tout avoir, ils ont des manques et des désirs. Ils ont besoin des autres, besoin de Dieu. Ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. Or le grand handicap des riches c'est cette suffisance. Quand on peut tout acheter, on n'a plus besoin des autres dans une relation de gratuité : l'argent et le pouvoir prennent la place de Dieu.

Bien sûr tous les riches n'en sont pas là ! Quel que soit notre portefeuille, le Seigneur nous invite à avoir un cœur de pauvre, à vivre en enfant de Dieu, « cet enfant, qui ne se fait pas lui-même, mais reçoit avec gratitude la vie qui lui est confiée. Il est ce pauvre qui dépend du don qui lui est fait. Le chrétien regarde et imite Jésus, le premier-né. L'état d'enfance, l'état de pauvreté, n'est pas d'abord une réalité biologique ou sociale, mais un don et un appel de l'Esprit. Le Pape François l'exprime dans son Message pour la 1ère Journée Mondiale des Pauvres : N'oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation à suivre Jésus pauvre. C'est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux. » (Thème pastoral de Lourdes 2019)

C'est pour cela que j'ai choisi comme lecture ce texte de St Paul qui exprime « le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s'est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Dieu en se faisant homme s'est dépouillé totalement de sa condition divine pour nous rejoindre complétement. Pas juste comme un roi qui viendrait visiter ses sujets mais resterait le roi au milieu d'eux ! Il s'est fait petit enfant, d'une famille modeste, d'un village méconnu, d'un peuple opprimé. Par ses paroles et ses actes, il s'est montré attentif à chacun surtout aux plus rejetés pour les relever, leur donner plein accès à la Vie.

Cette Vie dont l'Evangile nous parle, je voudrais aussi la recevoir pleinement mais je me demande bien souvent comment faire...

C'est en prenant  conscience de ma faiblesse, de mon incapacité à vivre du don de Dieu que je redeviens cet enfant de Dieu dans sa pauvreté et que je peux m'ouvrir à son amour. Et alors, comme dit encore M. Delbrêl, l'Esprit peut venir en nous creuser « la place dans nos mains, nos têtes, nos cœurs, pour le royaume des Cieux qui passe. Car il est inouï de le savoir si proche, de savoir Dieu si près de nous, il est prodigieux de savoir son amour possible tellement en nous et sur nous. Et de ne pas lui ouvrir cette porte, unique et simple, de la pauvreté d'esprit... »

Quand les choses vont bien, j'ai tendance à m'appuyer sur mes propres forces. Puis vient le stress, la fatigue et cela va moins bien... alors je cherche le Seigneur et me demande où il est passé ! « Il est nécessaire de passer par la pauvreté pour sentir naître au fond de soi une attente et s'ouvrir à son Infini. » Le Seigneur m'invite sans cesse à revenir à cette pauvreté de l'enfant de Dieu qui reçoit tout de son Père bien aimant. C'est un chemin de gratitude : « recevoir sa vie chaque matin comme une grâce, recevoir chaque événement comme une grâce, recevoir chaque rencontre comme une grâce... ce n'est pas fermer les yeux ni fuir les confrontations de la vie ; mais c'est vivre toutes les réalités de l'existence, et me recevoir moi-même, telle que je suis, m'appuyer sur la foi en l'amour de Dieu : tourne ton cœur vers lui et Il te comblera... Voilà comment je voudrais vivre... Mais c'est un long apprentissage...»*

Apprendre à être pauvre face à Dieu et face aux autres ! Pour moi ce chemin se fait d'abord spirituellement dans ma relation à Dieu pour s'ouvrir ensuite aux autres. Et face aux pauvres, je me sens encore bien démunie car incapable de résoudre leurs problèmes ! Et accepter cette pauvreté-là n'est pas facile non plus.

Avant de conclure   je vous partage cette belle réflexion:

‘Tu as un cœur de pauvre si tu reconnais ton indigence et que tu acceptes de tout recevoir, si tu agis en toute chose comme « ayant besoin de Dieu »

Tu as un cœur de pauvre si tu as une âme vraiment « ouverte à tous », si tu as une manière de vivre telle que tout le monde soit à l'aise avec toi.

Tu as un cœur de pauvre si tu as un cœur attentif, des gestes qui sonnent justes, des gestes qui font vivre.

Est pauvre de cœur qui n'a pas réponse à tout et le sait.

Est pauvre qui est attentif aux siens sans les accabler de conseils, qui ne dit pas sans cesse : « à ta place je ferai comme cela ».

Est pauvre qui reste à sa place, conscient qu'il est impossible de se mettre vraiment à la place des autres.

Est pauvre qui sait que le temps de se taire est le temps où l'autre veut parler.

Est pauvre qui sait toujours qu'il n'a jamais parfaitement raison.

La pauvreté du cœur est l'acceptation de sa limite.

C'est parce que nous nous savons nous-mêmes pauvres que nous avons accès jusqu'au cœur des pauvres, et Dieu peut réaliser, avec notre pauvreté, des choses admirables.'*

Heureux les pauvres ? Je dirais à condition d'accepter cette pauvreté ! Car tant que je bute contre mes faiblesses comme sur des obstacles, que je râle ou que je me désole, je ne suis pas heureuse. Alors Seigneur, voici ma prière : donne-moi la grâce d'accueillir ma réalité et de te rendre grâce pour ton amour. Amen

*http://toulouse.catholique.fr/Bienheureux-vous-les-Pauvres-le-Royaume-de-Dieu-est-a-vous