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Homélie du dimanche 09 Septembre 2018 PDF Imprimer Email
Année 2018

« Alors s'ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds » (Is 35,5), nous annonce le prophète Isaïe dans la 1ère lecture; «Il a bien fait toutes choses: il fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7,37), expriment les témoins de l'agir de Jésus dans l'évangile de Marc.

Frères et sœurs, l'action thérapeutique de Jésus de Marc accomplie-t-elle la promesse du salut de Dieu prophétisée par Isaïe? S'agit-il d'une guérison physique d'un sourd-muet? Quel est-il ce message?

Marc nous présente la rencontre de Jésus avec un malade, justement en territoire païen. L'annonce de la Bonne Nouvelle n'est pas exclusivement réservée à un peuple en particulier. Jésus veut l'élargir à toute l'humanité. On lui amène un sourd-muet, c'est-à-dire un homme que sa surdité empêche de communiquer réellement. Cet homme est un païen, sourd à l'écoute de la révélation du Dieu d'Israël et donc incapable d'y répondre. Jésus, par ses gestes et ses paroles, va donc redonner à ce sourd-muet la capacité d'écouter les autres et de prendre la parole. Les païens ne seront plus exclus de la communion avec Dieu, mais ils peuvent écouter Dieu lui-même qui, en Jésus, les a guéris de la surdité à sa Parole et ils peuvent raconter à tous les hommes et toutes les femmes les merveilles opérées par le Dieu d'Israël.

L'ouverture de ce sourd-muet est une guérison révélatrice d'un Dieu qui se fait proche de nous et vient ouvrir le cœur de l'homme, le cœur de la femme à sa présence, à son amour, à sa Parole. En Jésus-Christ, le Seigneur vient libérer pour nous rendre capable de vivre pleinement la relation avec lui et les autres.

Cette guérison n'est pas à comprendre sur le plan physique, mais plutôt sur le plan spirituel. On y aperçoit cinq étapes :

1) La médiation : Pour être croyant, nous avons besoin des autres. Ce sont les autres qui conduisent à Jésus le sourd-muet pour qu'il puisse se faire imposer les mains. Amener au Christ, c'est prendre quelqu'un par la main pour l'accompagner vers lui. On ne le force pas. Cela relève de la proposition de la foi. Si les malades, les souffrants se laissent amener en pèlerinage à Lourdes par exemple, c'est parce qu'ils ont confiance dans les hospitaliers, les parents et amis qui les y amènent.

Le sourd bègue amené à Jésus n'est-il pas le symbole de nombreuses personnes que nous côtoyons et dont nous sommes peut-être, murées dans la solitude psychologique, qui vivent repliées sur elles-mêmes, sans relations, sans amis, sans travail, sans conversation avec les autres ?

2) La rencontre : Ce sont les autres qui amènent à Jésus le païen, mais sa rencontre avec Jésus se fait en privé, seul à seul dans l'intimité. Jésus agit toujours avec discrétion. Le bien doit être réalisé sans bruit, sans tapage. La rencontre avec Jésus est un moment de conversion.

3) La re-création : Jésus touche le sourd-muet. Il s'agit de recréer, de refaire, de parfaire, de permettre la communication. Le contact physique avec Jésus prend une dimension spirituelle : le salut passe par son corps.

4) L'ouverture : En Jésus-Christ, Dieu parle le langage des hommes. « Effata! Ouvre-toi », Jésus rétablit la communication de l'homme avec Dieu et de l'homme avec les autres.

La liturgie du baptême comporte ce rite de l'effata, qui signifie l'ouverture du baptisé à Dieu et à ses frères et sœurs. C'est à nos cœurs que s'adresse ce mot de Jésus : Effata... C'est la surdité des cœurs qu'il est venu guérir. Dieu ne nous enferme pas. Il délie notre langue pour le louer, lui rendre gloire.

5) La mission : Une fois la communication restituée, l'homme peut écouter la Parole et la proclamer, et intégrer la communauté, avec laquelle il devient missionnaire et un frère capable de témoigner les merveilles de Dieu.

Frères et sœurs, quel message retenir de ce récit de guérison ? Non seulement, il nous sensibilise au handicap des sourds-muets, mais aussi il nous aide à prendre conscience des fermetures du cœur qui nous affectent dans notre manière de vivre une bonne relation, une meilleure communication avec le Seigneur et nos frères et sœurs. Il se peut que nous soyons devenus sourds-muets dans l'Église, en contestant d'écouter une Parole nouvelle de Dieu et de la communiquer aux hommes et aux femmes de notre temps. Et pourtant, il en va de la mission chrétienne de l'Église d'aujourd'hui. C'est pourquoi, le Seigneur veut ouvrir nos oreilles pour nous permettre de réapprendre à bien comprendre sa Parole et nous donner le courage de proclamer, dans la foi au Christ, son message de salut ; que toute personne est digne d'un égal respect et d'une égale dignité, quelle que soit sa situation sociale, comme nous le recommande l'apôtre Jacques. Dans nos rassemblements, donnons la meilleure place aux plus petits, aux plus humbles, en entendant ce qu'ils ont à nous dire.

Demandons chaque jour au Seigneur d'ouvrir les oreilles de notre cœur à l'écoute sa Parole, afin d'avoir sur nos lèvres de bonnes paroles de communion fraternelle et dans nos mains des actions de générosité et de charité.


Abbé Jean-Claude BAMBELE, vicaire, Saint Martin Arlon