Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes - samedi 10 février 2018 PDF Imprimer Email
Année 2018

Voici quelques semaines l'Abbé Wenceslas me proposait de témoigner à l'occasion de cette belle tradition de neuvaine en l'honneur de la maman de Jésus.
Une belle occasion pour vous livrer en toute simplicité quatre  éléments de ma mission derrière les barreaux depuis 17 ans en lien avec les 3 lectures bibliques choisies pour la circonstance et le thème de cette célébration.

*Tout d'abord, avec une équipe, sans porter de jugement, les aumôniers de prisons sont à l'écoute des détenus principalement dans leur cellule.  Ils ont l'occasion de déposer en confidence des messages inconnus de tous les autres acteurs de la société. Par notre manière d'être,  nous veillons à être témoins que le message de l'évangile passe aussi à travers les barreaux d'une prison.

Chaque jeudi, l'eucharistie est chantée dans un local multicultuel.  En prenant les mêmes textes bibliques que ceux prévus par la liturgie du dimanche en paroisse, nous sommes en communion avec l'Eglise universelle, tous ceux qui prient avec nous et pour nous.

Aujourd'hui, j'ai choisi la 1° lecture en échos avec ce que les détenus voient sur le support de l'autel de la prison: « Je suis ». : Tels sont les 2 mots gravés dans le bois. Ils laissent libre cours à l'imagination qui peut s'exprimer par exemple comme ceci :  « Moi, détenu, j'existe aux yeux de Dieu même si mon passé n'est pas brillant, j'ai du prix à ses yeux, même si je n'existe plus aux yeux de personne dans ma famille, dans la société ».  Dans la 1° lecture, cette phrase est placée dans un contexte de libération de souffrances liées à l'esclavage.  Dieu dit à Moïse : Je suis, j'existe.  Je suis là pour vous qui êtes dans la souffrance.

Ce verbe est tellement puissant que Dieu le fond avec  son nom.

Une personne est toujours supérieure à son acte même si celui-ci a engendré une peine de prison. Lorsque le sacrement du pardon est demandé, il contribue à une reconstruction personnelle avec la force de Dieu.


* L'histoire du peuple juif  traverse les psaumes.  Ces 150 prières ont aussi été chantées par Jésus.  Que de fois je propose aux détenus de les lire en cellule.  Ils y découvrent aussi leur propre histoire.  Normal vu que plusieurs ont été écrits dans un contexte de souffrance collective du peuple juif en exil. J'ai proposé  que l'on proclame le psaume 37 à la messe de ce jour suite à l'expérience que j'ai eu avec Michel, détenu à Namur.  Les détenus ne peuvent rien avoir dans les poches lors de leurs déplacements. Ainsi, Michel l'a recopié et relu à de multiples reprises pendant sa détention et notamment pendant ses déplacements au tribunal, au préau de la prison etc.  Il pouvait facilement dissimuler  cette feuille non détectée lors des fouilles.

Dans ce psaume le peuple exprime son désarroi mais aussi son espérance en un avenir meilleur.  En prison je fais un maximum pour que les personnes privées de liberté nourrissent cette 2° vertu théologale. Les détenus sont aussi informés que des personnes, des communautés à l'extérieur prient ces psaumes en étant en synergie avec eux.  ( Voilà une phrase de ce psaume  « Seigneur, c'est toi que j'espère.  Ils ne triompheront pas ceux qui rient de moi quand je trébuche. »  Le temps me manque pour le relire en entier.  )


*Comme évangile j'ai choisi la merveilleuse parabole du figuier stérile.  Elle met en valeur la patience de Dieu capable de regarder chaque matin ses enfants les plus démunis, avec cette conclusion superbe résumée en quelques mots : «Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir  donnez-lui encore une chance.  Ne le coupez pas!»

Oh oui, j'ai souvent entendu: «Ils n'avaient qu'à prévoir !» ;

«On leur avait bien dit !»;

«Et puis, avec un passé pareil !»
Dur, dur tout ça, si l'histoire du figuier stérile ne faisait surgir au cœur même de ces faits divers une petite musique d'une tout autre tonalité.

Le propriétaire de la vigne voulait donc couper ce figuier qui, depuis trois ans, ne lui rapportait plus aucun fruit : «A quoi bon le laisser épuiser le sol ?»

Dans le même ordre d'idée certains diront aujourd'hui:

"A quoi bon maintenir ces détenus en vie ?

"A quoi bon s'occuper d'eux  de toute façon ils ne seront jamais capables de rien?"

Pourtant le vigneron propose à son collaborateur d'encore un peu patienter, juste une année, «le temps qu'il bêche autour pour y mettre du fumier».

Jésus nous invite, nous aumôniers en prison ou ailleurs, à être patients, à donner une seconde chance, à chercher un peu plus loin notamment au niveau des causes profondes et lointaines de ces drames notamment pour les familles des détenus.


*Ici à Arlon, plusieurs terminent une neuvaine de prière en l'honneur de Marie.  La maman de Jésus est beaucoup sollicitée lors de la prière personnelle des détenus.  De plus, la célébration hebdomadaire est souvent clôturée par un chant ou une prière en l'honneur de Marie.  Sentir la tendresse de la maman de Jésus réconforte celui ou celle qui traverse l'épreuve de privation de liberté, ou qui a subi la carence éducative et le manque d'amour de ses parents.

Nous sommes à quelques jours de l'entrée en carême.  Mercredi, nous entendrons ces paroles lors de l'imposition des cendres : « Convertis-toi et crois en l'Evangile »
Puissions- nous nous convertir en prenant conscience des 4 idées développées dans ce message :
- nous existons aux yeux de Dieu et avons du prix.
- Dieu partage notre souffrance et nous aide à garder l'espérance.
- sa patience envers nous ouvre le chemin de la seconde chance.
- Marie sa mère est un exemple de tendresse nous aidant à traverser le quotidien de nos vies.


Abbé Fernand STRÉBER - Aumônier de prisons