Parking autour de St-Martin

La zone bleue a été étendue tout autour de l'église, rue du Transept et rue J. Koch. N'oubliez pas de mettre votre disque de stationnement !


HOMELIE DU DIMANCHE 16 OCTOBRE 2005 PDF Imprimer Email
Année 2005

2ème lecture : Commencement de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1,1-5b)

Evangile : selon saint Matthieu (22,15-21)

Il y a des simplifications de l’histoire que l’on a du mal à évacuer de nos esprits et des prises de paroles souvent orientées des médias (le nouveau pouvoir de notre époque). Ainsi, en est-il de la prétendue collusion entre le pouvoir politique et la religion. Certes, à bien des époques, la tentation a été forte d’appuyer l’un sur l’autre. On n’y a pas échappé lors des croisades ou du sacre de Napoléon, du « Gott mit uns » ou plus récemment de l’appel à Dieu pour justifier la guerre en Irak.

Mais il ne faut pas oublier les martyrs de toutes les époques, ceux qui ont résisté au nom de leur foi, au 20ème siècle encore, tels Maximilien KOLBE et les victimes des nazis, tels Monseigneur ROMERO et tous ceux qui ont contesté les dictatures et qui ont donné leur vie pour avoir défendu le visage du Christ sous les traits des plus pauvres. Ainsi le sabre et le goupillon peuvent se renvoyer la balle dans un match de longue durée… .

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu, ce qui est à Dieu… » parole devenue célèbre… et qui n’est pas pour Jésus seulement une formule pour échapper au piège hypocrite que les Pharisiens veulent lui tendre. N’est-ce pas plutôt une réponse remarquable de concision qui éclaire d’un mot notre condition de chrétien vivant au cœur du monde ?

Chrétiens, nous sommes, d’une certaine façon, citoyens de deux royaumes. Comme tout un chacun, nous sommes appelés à vivre et à nous situer sur cette terre qui a ses propres lois, que celles-ci soient politiques, économiques, sociales ou culturelles. Mais au nom du Christ que nous avons choisi de suivre et de servir, nous sommes aussi citoyens du Royaume de Dieu, témoins de l’Evangile dans l’aujourd’hui, appelés à en découvrir toute la plénitude dans l’au-delà.

Dieu et César, deux dimensions de notre vie à harmoniser et parfois aussi à vivre en tension. A certaines heures de la vie, Dieu et César peuvent être en opposition. Il faut choisir. Parfois douloureusement, avec héroïsme, même jusqu’au martyr.

Ces deux dimensions de notre vie, politique et spirituelle, sont aussi les deux composantes de la mission de l’Eglise, à toutes les époques, dans tous les continents. Tour à tour, humaniser et évangéliser, travailler au développement de l’homme et à sa sanctification, « lutter et contempler » pour reprendre les mots du bien-aimé frère Roger de Taizé, mort lui aussi martyr pour le Christ et l’Evangile en ce début du vingt et unième siècle.

Hier cette mission d’humanisation s’est incarnée dans des projets d’éducation, de santé, de libération. Ici en Occident comme dans le Tiers-monde nous n’avons pas à rougir – malgré sans doute des ratés inévitables, souvent liés à l’ère du temps – de tout ce que les chrétiens ont réalisés au nom de leur foi pour mettre l’homme debout, pour servir le droit et la justice et apporter la compassion et l’espérance. Et aujourd’hui encore, dans le concert du monde, la voix de l’Eglise reste bien souvent parole de liberté et la présence agissante des chrétiens, espérance en acte. N’en déplaise à certains !

Même si, dans le même temps, nous savons que nous avons encore à nous convertir personnellement (et institutionnellement) pour que l’Evangile soit plus limpide dans nos vies.

Jésus a dérangé tout à la fois le Dieu des Pharisiens et le César des Romains. Il nous invite à évangéliser tout autant notre présence au monde que notre vie spirituelle et à retrouver un nouveau souffle dans notre élan missionnaire pour poursuivre l’œuvre d’humanisation et en même temps offrir une transcendance et un salut à une aventure humaine plus que jamais tentée de sombrer dans un matérialisme débilitant.

L’Eucharistie dominicale, cet espace de vie que nous décidons de nous accorder envers et contre tout, ce temps gratuit pour rendre grâce à Dieu, « pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu », osons croire, mes amis, que c’est une chance formidable pour pouvoir continuer à éclairer et à discerner les choix, parfois complexes, du quotidien, pour garder la tête hors de l’eau, pour rester un homme (ou une femme) libre et debout, citoyen des deux royaumes.

 

Abbé Jean-Marie JADOT – Doyen de Saint-Martin