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Homélie du dimanche 23 octobre 2016 PDF Imprimer Email
Année 2016

Lorsqu'on est invité à une fête d'anniversaire, c'est souvent un casse-tête : que pourrait-on bien offrir comme cadeau à quelqu'un qui a tout ? C'est le cas du pharisien de la parabole... et son drame : il est certainement parfait puisque lui-même le dit et personne ne peut rien lui donner. Pas même Dieu !

A priori, le pharisien est un saint homme, respectueux de la loi, généreux, ascète. On le donnerait en exemple. Les publicains, chargés de collecter les taxes, plutôt collabos avec l'occupant, eux, n'avaient pas bonne réputation. On les disait peu scrupuleux. L'honnêteté ne les étouffait pas ! Or, c'est l'un deux que Jésus déclare juste.

Au temple, le pharisien de la parabole occupe un siège rembourré des premières places et le publicain se tient debout dans le fond avec ceux qui ne sont pas trop droits dans leurs bottes et qui n'osent pas monter plus haut !

En m'interrogeant sur le sens de l'actualité que peut garder pour nous cette évocation du pharisien et du publicain, j'en suis arrivé à la réflexion suivante : parmi tous les chrétiens de ma connaissance qui se rassemblent dans les premiers rangs de nos assemblées, je ne trouve pas la réplique du pharisien de la parabole ! Faites vous-mêmes le test ! Même en cherchant bien, même en transposant les allusions au jeûne et à la dîme... les pharisiens modernes semblent s'être réfugiés ailleurs !

Ceux qui pourraient se flatter ouvertement d'observer l'obligation dominicale, de déposer une offrande qui ne fait pas de bruit dans le plateau de la collecte ou encore d'obéir scrupuleusement aux consignes vaticanes et qui, de ce fait, "méprisent les autres", sont pour le moins une espèce en voie de disparition !

Qu'est-ce à dire ? La parabole de ce dimanche aurait-elle perdu de sa pertinence ? Ce serait bien étonnant ! Ce que Jésus dénonce ici est universel : l'orgueil et la suffisance religieuse. Sa critique s'adresse à ceux qui se croient justes et qui méprisent les autres... et tout compte fait Dieu lui-même !

La suffisance religieuse... dans notre monde actuel... n'est-ce pas celle de celui qui déclare haut et fort - pour s'excuser ou pour se justifier - qu'il n'a pas besoin des autres pour trouver Dieu et son salut, ni de l'Église, ne des sacrements, ni d'une communauté, ni de frères... ni du Christ lui-même ! Il a "sa" religion, à sa mesure, celle qui ne le dérange pas... et surtout ne le remet pas en question. Dieu lui-même est à sa mesure ! J'ai envie de dire "à son image".

Ce pharisaïsme-là... il est bien de notre temps ! Il est partout... et sans doute parfois aussi dans nos églises... souvent prêt à prendre la porte ! Ce pharisaïsme-là est peut-être bien un des chancres de notre époque... et je dois toujours m'interroger pour voir s'il ne menace pas mon propre cœur. C'est le péché d'autojustification.

Le publicain, dit Jésus, c'est celui qui "s'abaisse" à avoir besoin de l'autre, celui qui est en manque... et à qui on encore le plaisir d'offrir un cadeau. Pour cet homme-là, Dieu lui-même a encore le bonheur d'être un cadeau... et de lui dire "Je t'aime !".


Abbé Jean-Marie JADOT - Doyen de Saint-Martin