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Homélie du dimanche 10 avril 2016 - 3ème dimanche de Pâques PDF Imprimer Email
Année 2016

Quand Simon-Pierre entendit "le disciple bien-aimé" lui déclarer sur le rivage : "C'est le Seigneur !", vite il passa un vêtement et se jeta à l'eau... "Un rine excité, le mec !" diraient les jeunes !

"Passer un vêtement"... et "se jeter à l'eau" ! Tien, cela nous rappelle un autre moment fort où Pierre était présent et où il avait déjà fait parler de lui en refusant, avec véhémence, que Jésus lui lave les pieds. Cette fois, il passe le vêtement lui aussi, le vêtement de service, indispensable pour suivre Jésus et il se jette dans les eaux du Baptême où il va communier à la Passion de son Maître... et s'entendre proclamé "berger des brebis, premier serviteur des serviteurs du Christ", un titre que le pape porte toujours aujourd'hui, avec courage et enthousiasme.

Déraisonnable aussi cette joie des apôtres dans le livre des Actes, heureux d'avoir subi des humiliations pour le nom de Jésus, et cette pêche inouïe - après une nuit de galère - qui remplit subitement le filet de gros poissons. L'évangéliste a-t-il été jusqu'à les compter ? 153, nombre parfait, comme une annonce de l'univers entier. Et le filet a tenu le coup ! Pour dire la présence du Christ ressuscité, il faut que le cœur soit en fête et la tête à l'envers, tournée vers le haut !

Etonnante question que celle que Jésus pose à Pierre et par-delà à toute son Église : "Est-ce que tu m'aimes plus que les autres ?" Dans la foi, c'est peut-être le "trop" qui fait qu'enfin on sort des convenances et qu'on parle et agit sous l'influence de l'Esprit-Saint. L'amour porte en lui-même "l'excès". Il croit tout, il espère tout. L'amour-passion se dit toujours au superlatif. Quand on est amoureux on aime toujours l'être aimé "plus que les autres". L'amour n'est pas raisonnable. La foi ne devrait pas l'être non plus.

Par trois fois : "Pierre, m'aimes-tu ?" L'allusion est déchirante et remet à vif la plaie de la passion. Avant que le coq n'ai chanté trois fois, ce fut : "Non, je ne connais pas cet homme !" Pierre est un passionné, et c'est bien là le paradoxe que Jésus l'ait surnommé et même institué Pierre ! Les passionnés ne sont pas des modèles de stabilité : ils sont toujours tendus vers l'avenir, mais sans toujours savoir où ils iront. Voilà pourquoi la mort de Jésus a été une passion. "Pierre m'aimes-tu ?" Ce n'est pas un reproche mais le chant d'une passion qui sera réciproque.

Jésus, qui aime Pierre, lui confie ses brebis, pour qu'il les guide, qu'il marche devant elles, qu'ils prennent des risques ensemble. À sa suite, il demande d'être bon pasteur.

Si le Ressuscité est à l'œuvre dans nos vies, comment le reconnaître, sinon au signe de l'abondance et de l'excès ? Dans l'histoire de la foi, la tiédeur et le conformisme religieux n'ont pas laissé beaucoup de traces ! L'excès d'amour, et la surabondance, c'est la marque de Dieu et des saints. Ici, l'abondance des poissons, comme le surcroît d'amour de Pierre est un peu l'aboutissement de tous les signes par lesquels Jésus s'est révélé dans l'évangile de Jean - tous les signes de surcroît, d'un "trop" de Dieu : le vin de Cana, les pains multipliés, l'eau vive jaillissante, l'Esprit promis... C'est le signe de reconnaissance. "C'est le Seigneur !"

Frères et sœurs, ce dimanche, Dieu débarque dans notre Galilée à tous, il s'invite dans cette eucharistie au rivage de nos vies, dans notre quotidien. Il nous demande du poisson, le fruit de notre travail... et il nous donne en retour le Pain de sa Passion... en nous posant à chacun cette question dérangeante et passionnante : "Toi, comme Pierre, est-ce que tu m'aimes plus que les autres ?"

Notre réponse personnelle à cette question à risque est toujours le premier pas d'un engagement, d'une mission, voire d'une vocation. Quelle joie de pouvoir vivre notre foi comme une histoire d'amour !

Abbé Jean-Marie JADOT - Doyen de Saint-Martin