Homélie du dimanche 6 décembre 2015 - 2ème dimanche de l'Avent Imprimer
Année 2015

Dans l'Évangile de Luc, l'entrée historique de Dieu dans l'histoire des hommes est annoncée avec fanfare et trompettes comme pour précéder la joyeuse entrée d'un futur roi ! Le Seigneur vient, il arrive, il est là !

Commence alors, solennel et grandiose, le défilé des grands : Tibère, l'empereur de Rome ; Ponce Pilate, le gouverneur ; Hérode, le Prince ; les maîtres de tous les peuples jusqu'aux lointains confins de l'Empire romain, jusqu'aux terres païennes de Philippe et de Lysanias. Viennent aussi les chefs religieux Anne et Caïphe. "Toutes les personnalités politiques, militaires et religieuses" comme on écrirait aujourd'hui dans les journaux.

En rupture avec cette suite, loin derrière elle et pas par la même avenue, un petit homme, à l'allure farfelue et misérable qui s'efface devant celui qu'il annonce, Jean, le fils de Zacharie.

Contraste saisissant entre ceux qui avancent fièrement sur les larges avenues des capitales et Jean, le précurseur, sur une piste incertaine, en plein désert. Celui qu'il annonce va venir rencontrer le cœur de l'homme, à condition que celui-ci accepte d'aménager et aplanir les sentiers qui mènent à son cœur.

Le Seigneur vient. Il ne vient pas pour prendre le pouvoir. Il refuse de dominer le monde. Sans exercer un seul des pouvoirs terrestres, il se permet pourtant de les questionner tous. Il rêve de les inspirer tous, de les marquer de son souffle. Il refusera qu'on l'enferme dans une terre, un clan, une civilisation, une culture... et même pas dans une religion !

"Tout homme, annonçait le prophète, verra le salut de Dieu." Tout homme ! Le salut offert est bien universel et Dieu lui-même se présente comme le Seigneur universel, de tous les temps et tous les peuples !

L'accueillir lui, dans sa vie, c'est toujours accueillir l'interpellation dérangeante de l'amour, du pardon et de la justice qui ont leur source au cœur de Dieu.

Lui faire une place dans notre vie, c'est accepter qu'il fasse la lumière sur tout ce que nous préférons maintenir dans l'ombre : nos jalousies, nos magouilles d'argent ou de cœur, nos mensonges, nos infidélités et nos intolérances, nos montagnes d'égoïsme et nos ravins d'indifférence. Il vient, le Seigneur, le Messie, modifier nos paysages et aplanir la route qui conduit au cœur de Dieu.

Notre mission de baptisés, la mission de l'Église aujourd'hui est bien celle de Jean-Baptiste : non pas prendre la place du Christ mais préparer les chemins, passer devant lui : tantôt - quand l'amour le demande - avec exigence et fermeté, bien sûr en respectant la liberté de l'autre. Comme le Baptiste, c'est "une mission de désert". Avec la force de la Parole de Dieu et l'aide de l'Esprit-Saint, il nous faut oser dénoncer les impasses de notre monde : qu'elles soient écologiques, économiques, sociales, relationnelles et aussi le vide spirituel, de plus en plus vertigineux qui dégrade l'humanité. Il s'agit d'appeler à la conversion du cœur, d'interpeller les pouvoirs, de proposer une lumière pour traverser la nuit... et bâtir un monde plus beau !

La grande utopie chrétienne exprimée dans les évangiles et que Jésus appelle "le Royaume de Dieu" pourrait retrouver aujourd'hui un réel attrait et une dynamique de salut pour l'ensemble de la société. "Comme Dieu nous aime, aimons-nous les uns les autres". C'est cela le Royaume de Dieu à annoncer et surtout à vivre.

Frères et sœurs, accueillir le salut de Dieu, c'est toujours un travail sur soi-même, mais le terme de cet effort, c'est la joie. Chaque temps d'Avent est pour nous l'occasion de faire un nouvel accueil dans sa vie de cette proposition que le prophète faisait à Jérusalem : "Quitte ta robe de tristesse et de misère, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu. Dieu veut te conduire dans la joie". A chacun, dans l'intime de son cœur, de refaire ce choix....

Abbé Jean-Marie JADOT - Doyen de Saint-Martin