Homélie du 2 août 2015 PDF Imprimer Email
Année 2015

18e dimanche B

1e Lecture : Exode (16, 2-4. 12-15)
2e Lecture : Éphésiens (4, 17. 20-24)
Évangile : Jean (6, 24-35)

Dimanche dernier, rappelez-vous, nous avons entendu, dans l'Évangile de Jean, le récit de la multiplication des pains - signe avant-coureur de l'eucharistie - qui se prolongent aujourd'hui par cette réflexion quelque peu amère de Jésus adressée à la foule qui court après lui : « Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes mais parce que vous avez mangé du pain à satiété. »

Jésus lui-même nous invite à faire le saut de la foi pour passer de la satisfactions des besoins matériels au désir et à la soif de biens spirituels, en fait : la rencontre de Dieu lui-même. Oui, voilà tout le sens de cette longue méditation qui va se poursuivre trois dimanches : Jésus veut raviver en nous un autre désir, plus grand et plus essentiel que nos petits désirs quotidiens : le désir et la faim du Pain de la Vraie Vie qui n'est rien d'autre que la Vie de Dieu proposée à l'homme.

De tout temps, je pense, mais aujourd'hui plus encore que dans les générations passées, qu'est-ce qu'il est difficile d'éveiller le cœur de l'homme à la Vraie Vie, de susciter dans son cœur le désir et la faim de Dieu !

Voilà un horizon que nous connaissons bien : celui d'une société de consommation qui se développe en créant des besoins sans cesse nouveaux... et à fleur de peau. Or, satisfaire des besoins n'est ni exaltant ni compromettant. Il suffit d'organiser rationnellement les circuits industriels et commerciaux. Bien des rites sacrés - baptême, communion, mariage même - sont eux-mêmes devenus pour beaucoup de nos contemporains des objets de consommation, comblant un « besoin » vaguement religieux, un besoin de sacraliser les grands moments d'une vie.

Faire naître en soi et laisser grandir dans sa vie le désir et la faim de Dieu, c'est une exigence d'un autre ordre : il nous faut engager notre foi et notre confiance. Et le croyant qui se lance dans cette quête et cette aventure accepte dès lors le risque d'être confronté et parfois remis en question par la parole du Christ.

C'est Colette Nys-Masure qui a écrit à propos de ce passage d'Évangile : « Cette voix qui crie sans répit dans nos déserts et nos villes, cette voix couverte par les pubs et promos, pourrons-nous la percevoir ? C'est insensé. Le caractère subversif des paroles du Christ nous assaille en plein visage, nous qui cherchons les assurances tous risques, qui ne pouvons imaginer de saut sans élastique. (...) Les chrétiens sont appelés à tout, sauf à devenir des installés. Il nous est demandé en priorité d'adhérer à cette folie : devenir le corps du Christ que nous recevons, et nous laisser à notre tour consommer...»

Toujours davantage aviver en nous le désir de Dieu, la faim de Dieu... pour que sa vie devienne notre vie, pour que sa capacité d'aimer devienne un peu la nôtre...

Chaque fois que nous communions, nous sommes habités ainsi par cette Bonne Nouvelle toujours neuve, infiniment féconde : « Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim. Celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif. »

Abbé Jean-Marie Jadot.