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Dimanche 1er juin 2014 - Homélie de départ de Pietro PDF Imprimer Email
Année 2014
«Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donné. Or, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ » Jn.17,2-3.

Vous le savez déjà, probablement, mais si avant de mourir le Christ insiste tellement sur le mot connaître, c'est probablement parce que « connaître », dans la culture juive, ne fait pas tellement référence à l'idée d'une connaissance intellectuelle. Il renvoie plutôt à une connaissance d'un autre ordre, bien plus profonde. Dès les premières pages de la Bible , le juif croyant sait très bien que quand on parle de connaître, on fait référence à l'intimité des époux. C'est quand Adam « connu » Eve, que sa femme conçut un fils. C'est cette intimité-là que le Christ souhaite pour nous. C'est pour cela qu'il dira avec tellement de conviction: « Or, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ ».

Ce verset me renvoie à mon appel. En effet, si à 19 ans j'ai tout quitté et je suis rentré au séminaire, c'est justement pour vivre cette expérience d'intimité avec le Christ. Et par là, bien entendu, pouvoir arriver à vivre cette intimité avec Dieu lui-même. C'est cette intimité-là que j'ai recherché pour moi-même, dans un premier temps, et qu'ensuite j'ai cherché à communiquer autour de moi, en devenant prêtre.

Aujourd'hui, à 40 ans, si je fais un bilan de ces 10 années vécu en tant que prêtre, je me rends compte que ma manière de concevoir cette intimité avec le Christ, et la manière de la communiquer, est bien différente de celle que l'Eglise me demande de vivre et de communiquer au quotidien. En plus, la fonction de prêtre est vue plus sous une dimension ''religieuse'' (de rites) qu'une dimension ''spirituelle'' (de foi). C'est-à-dire qu'on demande au prêtre d'être l'homme du sacré, le «ministre du culte», le garant de la morale, plus qu'autre chose. Mais être prêtre ce n'est pas que ça, pour moi. Pour moi, être prêtre c'est, avant tout, mettre ses pieds dans les traces du Christ. Suivre le chemin qu'il a pris. Etre à la fois un visionnaire, un libérateur, ...un passeur!

En relisant les évangiles, je ne lis nulle part que le Christ a passé son temps à faire des messes, à célébrer des mariages, à enterrer des gens. C'est justement le contraire! Le Christ est sorti du Temple! Il est sorti de l'espace sacré, cloisonné, pour aller se frotter aux problèmes des gens. Il est allé les libérer de leurs ‘'mutismes'', de leurs ‘'aveuglements'', de leurs ‘'surdités'', de leurs ‘'paralysies'', de leurs ‘'lèpres''. Et non pas des mutismes, des aveuglements, des surdités, des paralysies ou encore de leurs lèpres extérieures, corporelles. Ne restons pas que sur un premier degré de lecture. Jésus Christ est venu combattre toutes nos croyances limitantes et nos préjugés, qui nous ''aveuglent'' et que nous traînons souvent avec nous depuis notre enfance. Sans qu'on le sache, elles nous conditionnent jour après jour dans notre manière de nous positionner dans la vie et de nous positionner devant Dieu et devant les autres. Jésus Christ est venu combattre nos peurs, nos angoisses, qui nous ''paralysent'' et qui nous renferment sur nous-mêmes. C'est ça qu'il est venu combattre. Il est venu combattre tous nos auto-sabotages, nos carapaces, nos blocages intérieurs, nos croyances invalidantes... Il est venu nous guérir sur un plan existentiel. Mais pour nous laisser guérir par lui, il faut encore être conscient de nos blessures. Si seulement nous savions toutes les blessures d'abandon, les blessures d'injustice, d'humiliation que nous traînons avec nous. Et j'en passe...

Voilà toute la différence entre un travail spirituel, de fond, et un travail religieux, de surface.

C'est ce travail spirituel intérieur, en lien direct avec la foi plus qu'avec des rites, que je cherche au plus profond de moi-même. C'est ce Christ là, visionnaire et libérateur, que je cherche à suivre, au cœur de mes doutes, de mes remises en question, de mon travail sur moi-même, de mes tâtonnements. Et je me confronte chaque jour en Eglise, à une force d'inertie qui me castre. Oui, je me sens castré dans ma vraie vocation, qui est celle de porter les gens à une expérience spirituelle intérieure, plus qu'à une pratique religieuse extérieure.

Quelle est la différence pour moi entre le religieux et le spirituel? C'est simple: le religieux c'est comme un ballon qu'on gonfle; on peut en trouver de tous les modèles, de toutes les formes et de toutes les couleurs. Mais ce qui est vraiment important c'est ce qu'on y souffle dedans. Si ce n'est que de l'air, alors il retombera aussi vite. Si c'est de l'hélium gazeux que l'on met dedans, alors il montera vers le ciel.

Pour moi c'est ça le spirituel: non pas la forme qu'on donne à notre pratique, mais l'esprit qu'on met dedans.

Est-ce que notre pratique religieuse, nous rend vraiment plus libres de nos conditionnements? Plus aimants, dans notre vie de tous les jours? La spiritualité rend la personne plus consciente, plus libre et plus responsable de ses choix, là où je crois que les religions en général cherchent à rassurer, retenir, mettre en dépendance, et quelque part à infantiliser. Je me méfie de plus en plus des religions qui ont besoin d'avoir des grands catéchismes et beaucoup de dogmes. De quoi ont-elles besoin de se protéger?

Jésus Christ a eu besoin de ne laisser aucun écrit. Il est venu porter de la foi, la spiritualité, là où il n'y avait qu'une pratique religieuse, celle juive, avec ses rites et ses dogmes. Et nous, qu'avons-nous fait à sa mort? On a réduit la spiritualité du Christ à une nouvelle religion, la religion chrétienne, avec nos rites et nos dogmes à nous! Le pire, c'est qu'on a mis à l'honneur les théologiens, qui ne sont que les scribes et les pharisiens de l'époque du Christ. Les mêmes qui l'ont tué parce qu'il les dérangeait dans leur conception étroite de Dieu et de la religion.

Pourquoi je vous dis cela? Tout simplement pour vous dire, que dans ma recherche de progresser dans mon chemin personnel de foi, je sens le besoin de sortir un peu des chemins battus pour aller chercher à nouveau les traces du Christ ailleurs que sur les grandes autoroutes de la religion institutionnelle.

J'ai besoin de quitter le Temple, pour aller le rencontrer au bord du puit, là où il attend la samaritaine. J'ai besoin d'aller le rencontrer chez Zachée, le publicain. J'ai besoin de le rencontrer à genoux, devant la femme adultère. C'est là que j'ai besoin d'aller le rencontrer, chez toutes ces personnes qui ne mettront probablement jamais les pieds dans une église (ou que, s'ils le feront, ça sera pour aller s'assoire probablement à la dernière rangée, comme le publicain de la parabole) et qui pourtant sont parfois bien plus vraies et authentiques que nous pratiquants dans leur recherche de sens, ...dans leur recherche de Dieu, j'oserais dire.

Peut-être que cela vous semblera paradoxal, mais c'est justement pour rester fidèle à moi même et à l'appel que j'ai reçu de Dieu dans ma jeunesse, d'être un passeur d'âme, que je vous annonce qu'en septembre je quitte la prêtrise. Oui, en septembre je pars 5 mois en Israël, pour développer mon charisme d'accompagnateur et pour développer les Pèlerinages Initiatiques. Parce qu'au départ j'ai crée ces pèlerinages initiatiques comme un cadeau pour l'Eglise.

C'est un tout nouveau concept de voyage intérieur qui rallie la dimension spirituelle à la dimension psychologique et émotionnelle. J'ai lancé cette formule l'année dernière, avec une amie psychothérapeute avec qui je travaille dans le travail d'éveil de conscience qu'on propose en petit groupe. Et j'ai du me résigner au fait que l'Eglise n'a pas voulu de ce cadeau. Alors je vais offrir ce cadeau à toute personne en recherche, qu'il se dise chrétien ou pas. Ensuite, en février, je vais rentrer en Belgique, plus précisément à Liège, pour terminer ma formation en tant que thérapeute systémique et stratégique. Et finalement, une fois le diplôme obtenu, je compte rentrer en Italie pour m'installer comme psychothérapeute spirituel. Je ne me sens plus à ma place dans les rites et les dogmes. Je me sens trahir mon appel initial. Moi je dois accompagner les gens qui sont en recherche de foi et de spirituel plus que faire du religieux.

J'en profite pour rassurer tous ceux qui se sont confiés à moi dans la confession ou simplement dans la discrétion d'un entretien ou d'un accompagnement, que ce que j'ai entendu comme prêtre restera dans tous les cas entre moi et Dieu. Et je vous rassure aussi que tous les sacrements que j'ai donnés ces derniers dix ans et ceux que je donnerai jusqu'à mon départ, restent valides.

Ma décision est ferme. J'en ai déjà parlé à l'évêque. Je pars en septembre. Ne soyez pas triste pour moi. Moi, je ne vis pas mon départ comme un échec. C'est juste la continuation de quelque chose que j'ai commencé il y a 20 ans et qui maintenant je le sens, doit passer à un autre degré. Je dois passer à une autre vitesse. Et je me sens très serein face à cette décision.

Après mon départ, en septembre, je garderai le contact avec tous ceux qui le souhaiteront. Et je voulais en profiter pour remercier tous ceux qui, parmi vous, ont cru en moi, qui m'ont soutenu dans mon évolution et qui par leur courage de se remettre en question eux-mêmes, m'ont aidé à faire de même. C'est spécialement pour vous que j'ai offert ces 10 ans de ma vie ici à Arlon. Merci aussi à tous ceux qui ont su écouter ce que j'avais à dire en homélie plus que simplement s'arrêter sur la longueur de mes homélies. J'arrête là, mais je le répète : ne vivez pas mon départ comme une trahison ou comme une déception. Même s'il y en aura certainement qui prendront ce prétexte pour dire beaucoup de mal sur moi, comme ils l'ont déjà fait ces dernières années. Je ne pars pas pour arrêter quelque chose, en rupture avec ces 10 ans comme prêtre; bien au contraire. Je pars pour intégrer tout ce que je suis devenu et tout ce que j'ai appris ces dernières années à une nouvelle manière d'être témoin de Christ, autrement que comme ministre du culte. Pour moi, ce n'est que le prolongement de ma vocation initiale, mais sous une autre forme et avec une toute autre maturité.

J'espère que malgré le choc de la nouvelle vous saurez m'aimer plus pour ce que je suis que pour simplement ce que je représente. Merci

Abbé Pietro CASTRONOVO