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Homélie du dimanche 30 mars 2014 - 4ème dimanche de Carême PDF Imprimer Email
Année 2014

«Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents?». Jn. 9,1

L'épreuve! L'épreuve de la maladie, l'épreuve du chômage, l'épreuve d'une séparation... L'épreuve est par définition ce qui nous met en "crise". Et l'évangile de ce matin nous présente les disciples en crise devant cet homme aveugle. Ils ne savent plus quoi penser, ils sont perdus: «Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents? »

Alors, c'est tout leur système de croyance par rapport à la vie, par rapport à Dieu, que Jésus doit remettre en question. Voilà le sens de la fin de l'évangile, où le Christ leur dira: «Je suis venu dans ce monde pour un ''jugement'' (pour "une remise en question", dira la traduction liturgique), pour que ceux qui ne voient point voient et que ceux qui voient deviennent aveugles»

Pour bien comprendre la réponse du Christ face à la crise de ses disciples, il faut se dire que bien que le mot "crise" soit utilisé, de nos jours, pour désigner une grosse difficulté (crise cardiaque, crise économique, crise de la quarantaine, crise des vocations, et j'en passe...), le sens étymologique du mot crise, en grec, signifie justement "jugement", "faire un choix". En plus, j'ai appris récemment la signification du mot crise en chinois : c'est en fait l'association des deux idéogrammes Wei (danger) et Ji (opportunité). Cela montre bien tout le paradoxe de la crise : la crise est une situation difficile, dangereuse, mais qui permet de saisir des opportunités, qui permet de rebondir, autrement. Et c'est là tout l'enjeu de la crise!

Donc, la"crise" est, dans la vie d'un homme, cette chance inouïe qui se présente à lui comme la possibilité d'aller de l'avant, de se dépasser, d'évoluer vers cet accomplissement qui l'attend. Tandis que nous, nous en avons fait une éventualité à éviter, une étape à fuir, un ennemi à abattre. Ce n'est pas du tout ça, s'il vous plaît. La crise correspond à un moment clé dans la vie d'une personne; il s'agit d'un moment charnière, d'un moment où, en quelque sorte, « tout doit se décider ».

D'une certaine façon, la crise c'est « le moment ou jamais »!

Moi je représente la crise avec l'image des escaliers.

En effet, quand on se retrouve devant une contremarche nous avons le choix de continuer à nous cogner le pied dessus, ou nous avons le choix de prendre de la hauteur, de surmonter la contremarche et accéder à la marche supérieure. C'est là que du coup, ce qui était pour nous un mur insurmontable se transforme en un escalier qui nous permet d'accéder au pallier qui suit. Et cela jusqu'à la prochaine crise, qui à nouveau, nous permettra de monter d'un cran, de plus en plus haut, jusqu'à un nouveau niveau de conscience!

Alors, ce matin il y a ceux qui sont arrivé ici, à la messe, probablement en crise.

En crise dans leur couple, peut-être. Tant mieux, j'ai envie de leur dire. Oui, tant mieux, si vous êtes prêt à faire de cette crise l'opportunité de vous remettre en question et d'arriver à vous aimer autrement, au lieu de continuer à vous enliser dans une boucle de reproches et de justifications. Mais rappelez-vous que la crise est un passage, plus ou moins court, et non pas une manière de vivre sa vie de couple! Si vous restez trop longtemps sur une crise, c'est le signe qu'il y a là un dysfonctionnement bien plus sérieux derrière. Et la manière de l'aborder, du coup, sera très différente aussi...

Peut-être d'autres vivent, en ce moment, une crise plutôt sur le plan professionnel. L'épreuve du chômage, par exemple. La aussi, tant mieux j'ai envie de vous dire, si vous arrivez à faire de cette crise professionnelle l'opportunité d'arriver à exister autrement que via votre boulot. Le travail est certainement important dans la vie d'une personne, mais ce n'est pas le travail ou un statut social qui définit notre valeur, qui nous confère notre identité profonde! Ce n'est pas parce que je vis un échec que je suis pour autant un raté, comprenons-le bien!

Quant à la maladie... et si elle pouvait être l'opportunité de voir la vie autrement?! L'opportunité de se recentrer sur l'essentiel en mettant nos priorités ailleurs que là où on les a mises jusqu'à présent?! Je pense à un exemple qui me vient en tête: comme tout bon italien qui se respecte, j'ai la mauvaise habitude d'appuyer un peu trop sur la pédale de l'accélérateur. Une fois, à cause de travaux sur la route, j'ai du diminuer ma vitesse. Et bien, à ma grande surprise je me suis aperçu d'un paysage magnifique autour de moi. Et pourtant, cette route je la faisais tous les jours. Mais ce n'est qu'en diminuant ma vitesse que j'ai pu finalement ouvrir les yeux sur ce paysage qui pourtant m'entourait depuis toujours. J'étais aveugle, sans le savoir! Et on peut être aveugles à tellement de niveaux de notre vie...

Je ne sais pas si j'arrive à me faire comprendre. Ce que je sais, en tous cas, c'est que la crise est devenue ma compagne de route, une fidèle alliée, une bonne amie qui veille sur moi. Dès que je risque de m'installer un peu trop dans mes petites habitudes, dans mes croyances un peu trop étroites, un peu trop limitantes, dans mes pilotages automatiques, la voilà venir me faire signe de la main.

Résister à la crise? C'est le moyen de s'auto-saboter et d'aller droit contre le mur.

La crise a besoin d'être accompagnée. Et cela, dans une attitude d'abandon à Dieu. Mais c'est quoi encore l'abandon? Et bien, c'est un peu comme ce jeune, sur sa planche à voile, qui à un moment donné se retrouve avec le vent contraire. Au début, il va essayer de lutter contre le vent. Sans beaucoup de résultats. Jusqu'au moment où il acceptera au plus profond de lui-même, le fait qu'il ne pourra jamais contrôler le vent. Alors il pourra choisir: se reconnaître vaincu, baisser les bras et laisser tomber la voile; ou choisir, enfin, d'orienter sa voile et de faire du vent son meilleur allié!

Nos crises, celle que le Seigneur permet dans nos vies parce qu'il sait qu'elles ne sont pas plus lourdes que ce qu'on sait porter, sont là peut-être comme l'opportunité d'apprendre à orienter nos voiles, au lieu de continuer à crier contre le vent.

Alors, ce n'est pas "Bon vent" que j'ai envie de vous souhaiter. Et bien non. En ce temps de Carême, ce que j'ai envie de nous souhaiter, à vous comme à moi, c'est plutôt de savoir bien orienter nos voiles! C'est à ce moment là qu'on fera de nos épreuves, de nos crises, non plus des ennemis contre lesquels se battre, mais plutôt des leviers de changement, des opportunités pour prendre de la hauteur.

« Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin