Nous avons le plaisir de vous communiquer le lien vers la vidéo du spectacle « En Chemin » à l'église Saint-Martin sur YouTube (version complète - 1h10)
homélie du dimanche 9 mars 2014 - 1er dimanche de Carême PDF Imprimer Email
Année 2014

Chers frères et sœurs dans le livre ‘le petit prince', ce Best-seller que nous connaissons bien, Antoine de saint Exupéry écrivait : « J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence » et il ajoutait « Ce qui embellit le désert c'est qu'il cache un puits quelque part ». Et c'est dans le désert que Jésus va connaître trois tentations. Ce lieu qu'est le désert revêt donc une signification importante : c'est la solitude, le dénuement, le silence et l'austérité, mais paradoxalement c'est le plus beau lieu de rencontre avec soi-même et avec Dieu.

En effet, dans l'Ancien Testament, le désert regorge plusieurs pièges. Il est habité par les démons. C'est le lieu où rôdent le Malin et les bêtes malfaisantes. Ce n'est pas un lieu où l'on désire se retirer, si ce n'est pour affronter ces forces mauvaises qui mettent à l'épreuve celui qui s'y risque. Cette terre désolée s'oppose à la Terre promise, comme la malédiction à la bénédiction. De même le désert écrase les voyageurs qui s'y retrouvent affamés et assoiffés. Pensez au peuple d'Israël avant qu'apparaissent les cailles et la manne. Et pourtant, c'est dans le désert qu'Israël, sauvé de l'Égypte par la main de Dieu, a appris à connaître son Dieu, à lui faire confiance, à se remettre entièrement à lui. Ainsi le désert dans la Bible n'est pas seulement une terre de désolation, c'est aussi et surtout un lieu où s'accomplit l'histoire du salut. Car, si Dieu a voulu faire passer son peuple par cette "terre affreuse", c'est pour le faire entrer dans la Terre Promise. Sur cette lancée, le désert n'apparaît plus comme un lieu hostile, il devient un lieu propice à la rencontre de Dieu. Parce qu'il ramène à l'essentiel. Le dénuement de tout ramène celui qui s'y lance vers lui-même. Il ne peut s'appuyer sur ses moyens habituels. Et ainsi son cœur s'ouvre à l'Autre au-delà de lui-même, à cette dimension intérieure qui parfois était obnubilée par le bruit et les activités de toutes sortes. C'est ce que le peuple d'Israël a vécu. C'est ce que beaucoup de communautés de vie religieuse proposent sous les termes de ‘journée désert'. A la fraternité de Tibériade, par exemple, cette journée a lieu tous les lundis. Cette journée est un temps de solitude pour Dieu, selon ce qui aide davantage à lâcher prise et à se retrouver devant Lui. Ce qui permet de se désaltérer devant des vies trépidantes. Ramené en nous-mêmes, nous nous retrouvons seuls, mais non pas abandonnés. Nous découvrons une Source d'où surgit la vie. Si l'eau fait défaut, la Parole de Dieu, parole de vie, jaillit en abondance.

Chers frères et sœurs chaque année, le premier dimanche du Carême nous présente Jésus qui affronte ce défi de passer au désert. Il en sort mûri et prêt pour une mission qui l'établira, par la mort et la résurrection.  En ce jour, la liturgie de l'Église nous invite à nous tourner vers l'intérieur de nous-mêmes. Ce mouvement vers l'intériorité fait partie de notre passage au désert. Il nous permet d'aller au fond de nous-mêmes, de faire le point, de vivre un abandon à Dieu. C'est dans nos déserts que Dieu se fait pédagogue et maître de vie. Ces déserts prennent diverses formes : insatisfactions, doutes, nuits, tristesse, maladies, solitude, manque, indigences de toutes sortes. Mais comme pour Israël, c'est là que Dieu nous attend.  Ainsi, le temps de carême nous offre de vivre une cure spirituelle, un pèlerinage intérieur car dans nos déserts  se cache un puits ; dans notre intériorité se trouve des forces inestimables.

Abbé Arnaud NGOUÉDI - Vicaire à Saint-Martin