Journée internationale de la Paix

OPÉRATION « SONNONS LES CLOCHES » - 21 SEPT 18H00

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Lundi 10 février 2014 - Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes PDF Imprimer Email
Année 2014

Convertie par sa rencontre avec Jésus, Marie-Madeleine est le premier témoin de la résurrection

Ce soir, je vais donc vous parler de Marie-Madeleine et de sa double conversion !

L’Evangile ne nous dit pas grand-chose de Marie-Madeleine (de Magdala). La 1e fois qu’il la cite, Luc (ch. 8) nous dit que Jésus faisait route à travers villes et villages, que les Douze étaient avec lui et aussi des femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie de Magdala, dont étaient sortis 7 démons, Jeanne, Suzanne et beaucoup d’autres. Ensuite, les évangiles ne la mentionnent plus jusqu’à la crucifixion où elle est présente avec d’autres femmes et assiste à la mise au tombeau. Elles reviennent après le sabbat et trouvent alors la tombe ouverte et vide et vont l’annoncer aux disciples.

Rien ne dit que Marie Madeleine soit la pécheresse venue laver, de ses larmes, les pieds de Jésus au cours du repas chez Simon, ce que relate Luc à la fin du chapitre 7 ! On ne sait donc rien de cette femme avant sa rencontre avec Jésus, ni comment elle l’a rencontré mais juste qu’il l’a libérée de 7 démons !

Quels sont ces 7 démons qui possédaient Marie-Madeleine ? Quelle était sa souffrance ? L’Evangile n’en dit rien non plus mais ce devait être terrible : déjà un démon, ce n’est pas rien alors 7 ! En tout cas, cela doit signifier qu’elle n’était pas libre, pas capable d’aimer vraiment.

Anselm Grün et sa sœur, Linda Jarosch, dans un petit livre présentant 14 figures de femmes de la Bible, présentent Marie Madeleine comme l’amoureuse passionnée, une femme forte très proche de Jésus qui l’a fait accéder à sa véritable capacité d’amour. Elle a voulu demeurer auprès de celui qui lui avait rendu sa dignité et sa vérité profonde, et par là sa force d’aimer. C’est de ce nouvel amour qu’elle a aimé Jésus.

C’est la légende qui l’a identifiée à la pécheresse qui verse ses larmes sur les pieds de Jésus. Luc voit en elle une femme passionnément amoureuse, à ce point touchée par Jésus qu’elle fait fi de toutes les barrières sociales pour se frayer un accès au festin de la maison du pharisien. Elle se moque des préjugés et suit son cœur. Jésus accepte l’amour qu’elle lui témoigne par ses larmes et son parfum et loue cette femme « parce qu’elle a montré tant d’amour ».

Marie de Magdala symbolise la femme qui aime passionnément et de tout son corps. Son péché n’est pas seulement d’ordre moral mais est un échec à la vie, elle a manqué le but de son existence. Et c’est en Jésus, qu’elle va pouvoir réaliser son désir d’aimer passionnément.

Le poète Khalil Gibran, raconte que Marie Madeleine, était comme morte. « J’étais une femme séparée de son âme, lui fait-il dire, j’appartenais à tous les hommes et à aucun. On m’appelait Catin et possédée de 7 démons, j’étais l’objet de malédiction et d’envie. Mais lorsque ses yeux d’aurore se mirèrent dans mes yeux, je suis devenue Miriam, une femme qui était perdue pour le monde qui l’avait connue et qui s’est retrouvée. Je lui dis « Viens chez moi. » Il me regarda et me dit « Miriam, tu as beaucoup d’amants mais il n’y a que moi qui t’aime. Les autres hommes se cherchent en t’aimant. Moi, je t’aime pour toi-même … Moi seul, j’aime ce qui est en toi et ce que l’on ne voit pas. »

Dans sa rencontre avec Jésus, Marie fait l’expérience de l’acceptation dans l’amour. Jésus n’exige rien d’elle, ne lui pose aucune condition, ne revendique aucune possession : il l’aime telle quelle est. Elle découvre l’amour véritable et peut enfin aimer ce qui existe en elle. C’est ainsi qu’elle s’affranchit. Elle est délivrée de sa peur de n’être pas suffisamment aimée, ce qui la libère de sa souffrance et lui révèle de quel amour elle est capable. Elle peut donner libre cours à ce qui est en elle et elle peut accueillir autrui avec amour. Elle peut aimer avec passion.

Et voilà en quoi la conversion de Marie Madeleine peut nous parler aujourd’hui. Pour être en mesure d’aimer vraiment, on a besoin en premier lieu de s’aimer soi. Cela implique de se manifester un intérêt bienveillant et de se traiter avec sollicitude, d’accueillir nos sentiments, nos émotions, nos spécificités et nos limites, bref tout ce qui fait ce que nous sommes… et c’est une véritable conversion pour beaucoup de personnes qui se jugent avec sévérité, se condamne intérieurement bien souvent !

Beaucoup de femmes (d’hommes aussi peut-être) aiment un homme /une femme pour être aimés eux-mêmes. Mais s’ils ne s’aiment pas eux-mêmes, leur amour est insatiable et souvent aussi, accablant pour l’autre…Nous portons notre regard sur ce qui manque chez les autres et avons du mal à accepter leur différence. Nous avons des attentes sur ce qu’ils devraient être, faisons sans cesse allusion à ce qu’ils n’ont pas fait, relevons leurs insuffisances et projetons sur eux nos propres problèmes !

Mais pour pouvoir s’aimer soi-même, on a besoin d’avoir été aimé et de se sentir aimé, reconnu dans ce qu’on est vraiment. Pour s’aimer soi-même, il nous faut vivre la conversion de Marie Madeleine, se laisser regarder par le Christ avec amour et tendresse, se laisser guérir par son amour.

Quel regard portez-vous sur vous-mêmes ? Avez-vous suffisamment de bienveillance ou doutez-vous de vous, vous faites-vous sans cesse des reproches, vous trouvez-vous nuls ? Si c’est souvent le cas ou même parfois, croyez-vous vraiment que Dieu vous aime tels que vous êtes ?ou la Foi n’est-elle que de belles convictions sans influence sur votre être profond ? Accueillir l’amour bienveillant de Dieu pour soi n’est pas si facile ! Cela demande de se mettre sous son regard chaque jour, et quand nous nous condamnons de l’écouter nous dire son amour bienveillant « Quand les montagnes s'éloigneraient, quand les collines chancelleraient, mon amour ne s'éloignera point de toi, et mon alliance de paix ne chancellera point, dit l'Éternel, qui a compassion de toi! » ou encore comme le dit Saint Jean dans sa 1e épître : « Si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. »

Enfin, si vous pensez que c’est égoïste de s’aimer soi-même, voici une réflexion de Louis Evely : « Comment se reconnaître assez habité de Dieu, imprégné de Dieu pour se supporter soi, pour s’estimer soi-même ? Tu n’as pas plus d’amour et de respect pour Dieu que tu n’en as pour toi, car tu es la 1e image de Dieu. Comment aimer l’original si tu n’aimes pas la copie ? Tu es le premier don de Dieu à toi. Comment aimer le donateur si tu déprécies le don ? Tu le méprises en te méprisant, tu le fuis en te fuyant. Tu es le premier prochain que Dieu te confie, et tu le traites avec une froideur, une rigueur, une désinvolture que tu n’oserais exercer sur personne d’autre.

Mais en réalité, tu aimes tes frères comme toi-même ! Si tu n’es pas parvenu à t’aimer et à te respecter toi, à vivre la présence et l’amour de Dieu en toi, comment leur porterais-tu témoignage que Dieu habite en eux et les aime ? Tu n’as pas plus d’amour et de respect pour les autres que tu n’en as pour toi. »

La 2e conversion de Marie Madeleine, c’est celle que Saint Jean nous relate le matin de Pâques.

Elle se lève de bon matin et court au tombeau à la recherche de celui que son cœur aime. Ne le trouvant pas, elle est perdue. Par trois fois, elle exprime sa déception d’abord aux apôtres puis aux anges : « On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis ». La 3e fois, elle se tourne vers celui qu’elle prend pour le jardinier et lui dit : « Si c’est toi qui l’a emporté, dis-moi où tu l’as mis et j’irai le prendre. » Elle est braquée sur la recherche du corps de Jésus et encore plus malheureuse de sa disparition physique. Il faut que Jésus l’appelle par son prénom pour qu’elle le reconnaisse : elle se retourne, une 2e fois ! (elle venait de le faire du tombeau vers Jésus) et maintenant encore une fois mais intérieurement : elle se convertit, ses yeux, ses oreilles, son cœur s’ouvrent au Seigneur ressuscité. Elle l’appelle Rabbouni, un nom mêlant respect et affection. Mais son amour est encore possessif, elle veut l’enlacer et Jésus lui demande de ne pas le retenir mais d’aller l’annoncer aux disciples. Elle vit une transformation de son amour, elle ne peut le retenir, il appartient à son Père. Cet amour qui les unit survit à la mort qui ne peut le détruire mais le transforme. Un tel amour ne retient pas mais libère ; c’est un amour qui sait le mystère de l’autre.

Et c’est là l’étape suivante de la conversion, une fois que l’on a accueilli l’amour du Christ au plus profond de notre être, nous n’avons pas à le garder précieusement rien que pour nous. ‘Le Seigneur et moi dans une bouteille’, quelle paix ! quelle sécurité ! Ce n’est pas cela qu’il attend de nous ! Oui nous pouvons passer des heures en adoration, communier le plus souvent possible (et c’est nécessaire pour accueillir l’amour gratuit de Dieu) mais cela ne suffit pas pour être chrétiens ! Comme à Marie Madeleine, Jésus nous dit : ne me retiens pas pour toi mais va trouver mes frères pour leur annoncer la bonne nouvelle, pour leur dire que Dieu est notre Père, pour leur partager son amour bienveillant.

Karine BURNOTTE - Assistante paroissiale