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Samedi 8 février 2014 - Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes PDF Imprimer Email
Année 2014

Charles de Foucauld : un grand témoin converti du 20e siècle

Charles de Foucauld, 1858-1916, un exemple de conversion radicale

L'homme dont je vais vous parler ce soir, Charles de Foucauld, a été successivement officier de l'armée française, explorateur et géographe, moine trappiste, jardinier des Clarisses à Nazareth, prêtre et linguiste au Sahara.

Mon but, ce soir, n'est pas de parcourir avec vous   toute sa biographie, mais de vous esquisser à grands traits   son cheminement spirituel et la spiritualité de Nazareth qui en découle.

Cela commence mal :

A 15 ans - alors qu'il est en classe de rhétorique - Charles commence à s'éloigner de la foi, avant de devenir agnostique.

Il choisit alors de faire une carrière à l'armée.

C'est la période la plus dissolue de sa vie.

Il écrit au sujet de cette tranche de vie : « J'étais moins un homme qu'un porc. »

8 ans plus tard, il démissionnera de l'armée où la vie de garnison l'ennuie.

Il mûrit alors un projet   de grand voyage au Maroc où d'immenses territoires sont peu connus et pratiquement interdits aux Européens. Pendant ce voyage, qu'il fait déguisé en rabbin juif,   Charles est touché tout particulièrement par la piété musulmane.

Ce témoignage de la foi des musulmans réveilla en lui la question de Dieu et il pria : « Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse. »

Il affirmera plus tard : « L'Islam a produit en moi un profond bouleversement. La vue de cette foi,   de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu,   m'a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines. »

Il rentre ensuite en France et loue une chambre près du domicile de sa cousine Marie de Bondy. Il la rencontre régulièrement pour parler « religion ». Sa méfiance vis-à-vis de la foi chrétienne s'estompe progressivement.

« En même temps, - écrit-il - une grâce intérieure extrêmement forte me poussait :   je me mis à aller à l'église,   sans croire,   ne me trouvant bien que là   et y passant de longues heures à répéter cette étrange prière : « Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse ».

Charles de Foucauld cherche alors à rencontrer l'abbé Huvelin, qui officie dans cette paroisse St Augustin de Paris. Il lui exprime sa volonté de retrouver la foi. L'abbé Huvelin lui demande alors de se confesser, ce que Charles fait. Il lui donne ensuite la communion.

C'est, d'après lui, une seconde révélation : « Aussitôt que je crus qu'il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui :   ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi : Dieu est si grand.   Il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n'est pas Lui. »

Cette révélation pousse Charles à vouloir changer radicalement de vie ; il commence à prier. L'abbé Huvelin invite Charles à s'attacher à l'imitation du Christ et la méditation de l'Evangile. Il lui affirme notamment que « Jésus a tellement pris la dernière place que jamais personne n'a pu la lui ravir ». (Cf. Lc 14)

C'est là une nouvelle lumière pour Charles, qui veut dès lors, - je dirais presque passionnément, - imiter le Christ, le « modèle unique » : « Mon Seigneur Jésus, vous avez mis en moi ce tendre et croissant amour pour vous, ce goût de la prière, cette soif de votre Parole, ce sentiment profond du devoir de l'aumône, ce désir de vous imiter, cette soif de vous faire le plus grand sacrifice qu'il me fut possible de vous faire. »

Après des mois de réflexion et de prière, il exprime le désir d'entrer dans un ordre « qui - écrit-il - imite la vie cachée de l'humble et pauvre ouvrier de Nazareth », se sentant indigne d'être prêtre et de prêcher.

Il devient trappiste,   conquis par cette vie de pauvreté, de silence, de travail et de prière.   Il entre d'abord à l'abbaye de Notre-Dame des Neiges, en Ardèche, puis demande de pouvoir rejoindre la trappe d'Akbès en Syrie, espérant pouvoir y vivre plus pauvrement encore.

Il écrit à l'abbé Huvelin : « Vous espérez que j'ai assez de pauvreté. Non. Nous sommes pauvres pour les riches, mais pas comme je l'étais au Maroc, pas pauvre comme Saint François. »

Il lui écrit aussi son intention de créer un nouvel ordre religieux et commence à rédiger une règle pour cet ordre qu'il voudrait fonder. Finalement il quitte la trappe et part pour la Terre sainte.

Charles arrive à Nazareth. Il se présente au monastère Sainte-Claire où il demande à être jardinier, avec pour seul salaire un morceau de pain et l'hébergement dans une petite cabane au fond de leur jardin. « Le bon Dieu m'a fait trouver ce que je cherchais :   l'imitation de ce que fût la vie de Notre Seigneur Jésus dans ce même Nazareth...Dans ma cabane de planches, aux pieds du Tabernacle des Clarisses, dans mes journées de travail et mes nuits de prière, j'ai tellement bien ce que je cherchais   qu'il est visible que le bon Dieu m'avait préparé ce lieu. »

Dans une de ses méditations d'Evangile sur la vie de Jésus, de Marie et de Joseph à Nazareth, il écrit ceci :

« Sainte Vierge, saint Joseph, vous êtes à genoux dans l'ombre   et vous contemplez votre Fils dans son oraison silencieuse,   l'adorant, le regardant, vous fixant en Lui,   pendant qu'Il adore son Père et se perd dans la contemplation de l'océan sans bornes des beautés divines...

Faites-moi,   comme vous,   avec vous,   entre vous,   ne voir que Jésus, ne vivre que pour Jésus, ne pas quitter les pieds de Jésus. »

Ce séjour à Nazareth est une étape très importante de sa vie. Il conçoit alors sa vocation comme celle de « crier l'Evangile sur les toits, non par ta parole mais par ta vie. »

La Supérieure des Clarisses de Jérusalem l'encourage au sacerdoce et à la fondation d'un ordre religieux. Il finit par accepter l'idée de devenir prêtre.

« J'ai tenu à composer une règle très simple, propre à donner à quelques âmes pieuses une vie de famille autour de la Sainte Hostie. Ma règle est si étroitement liée au culte de la Sainte Eucharistie qu'il est impossible qu'elle soit observée par plusieurs sans qu'ils aient un prêtre et un tabernacle ;   ce n'est que lorsque je serai prêtre   et qu'il y aura un oratoire autour duquel on puisse se serrer   que je pourrai avoir quelques compagnons. »

Une fois ordonné au grand séminaire de Viviers (en Ardèche), il part pour le désert du Sahara. Il écrit à Gabriel Tourdes, un ami d'enfance, : « Prêtre depuis le mois de juin dernier, je me suis senti appelé aussitôt à aller aux « brebis perdues », aux âmes les plus abandonnées, les plus délaissées, afin d'accomplir envers elles ce devoir de l'amour...Sachant par expérience que nul peuple n'était plus abandonné que les musulmans du Maroc,(et) du Sahara algérien,   j'ai demandé et obtenu la permission de venir à Béni Abbès, petite oasis du Sahara algérien sur les confins du Maroc.

Je suis heureux, très heureux, bien que je ne cherche en rien le bonheur. »

A Béni Abbès sa vie s'organise autour d'une règle stricte : cinq heures de sommeil, six heures de travail manuel entrecoupé de temps de prières.

Mais à chaque instant on frappe à la porte. « De 4h30 du matin à 8h30 du soir, je ne cesse de parler, de voir du monde : des esclaves, des pauvres, des malades, des soldats, des voyageurs, des curieux... car Charles est pétri par cette parole de Jésus, « Tout ce que vous faites à l'un de ces petits, c'est à moi que vous le faites. »

Un heureux concours de circonstances lui permet de descendre vers le Hoggar et de s'installer à Tamanrasset, parmi ses frères Touaregs.

Comme a Béni-Abbès, il s'y construit un très modeste logement où il installe un petit autel pour exposer le Saint sacrement. Il accueille les populations qu'il rencontre et continue à distribuer médicaments et aliments obtenus de l'armée.

Il se construit également un ermitage à l'Assekrem, car là, en altitude, les Touaregs trouvent des pâturages pour leur bétail et c'est eux d'abord qu'il cherche à y rencontrer.

Charles a désormais pour objectif de mieux connaître la culture touarègue : « Mon temps qui n'est pas employé à marcher ou à prier, est occupé à étudier leur langue. Je viens de finir la traduction des Sts Evangiles en langue touarègue. Ce m'est une grande consolation que leur premier livre soit les Saints Evangiles. »

Conscient de la pauvreté immense de ces populations qui sont en dehors des priorités de la puissance coloniale, il se reformule le sens de sa présence : « Ma présence fait-elle quelque bien ici ? Si elle n'en fait pas, la présence du Très Saint Sacrement en fait certainement beaucoup...Mon apostolat doit être l'apostolat de la bonté. »

Depuis deux ans, la guerre déchire l'Europe. La situation dans le sud algérien est grave. Des bandes armées arrivent du Maroc pour piller les campements, les postes militaires ou les caravanes.

Tamanrasset n'y échappe pas. Charles est fait prisonnier et est abattu dans un moment de panique par le jeune pillard chargé de le garder.

Il meurt seul, sans disciples de son vivant.

Vous me direz : « C'est bien beau tout cela, mais nous aujourd'hui qu'en fait-on ? »

En guise de conclusion, je voudrais vous traduire, en mots d'aujourd'hui et avec des exemples d'aujourd'hui, cette spiritualité de Nazareth que Charles de Foucauld a conçue et vécue, et qui inspire actuellement des milliers de chrétiens, insérés au cœur des masses à travers le monde entier.

Je vous la résume en trois petits points :

1.Nazareth, c'est donner du sens à ce qui est quotidien, répétitif, monotone, sans grand intérêt ;   c'est donner du sens à la vie sans relief de monsieur ou madame tout-le-monde : Comment ?   En faisant tout, avec Jésus, par amour pour Lui et avec la force de son propre amour.

Oser dire dans la foi et du fond du cœur par exemple : « Viens Jésus, allons ensemble pendre la lessive, préparer le repas, faire les courses, visiter cette personne âgée ou malade, donner le bain aux enfants, aller au container, etc. ».

2.Nazareth, c'est aussi avoir des relations bienveillantes, respectueuses, attentives à l'autre, à tout autre, que ce soit dans nos foyers, dans nos milieux de travail, dans les divers lieux que nous fréquentons, n'importe où. C'est être disponible, prêt à prendre le temps d'écouter, par exemple celui qui nous tombe dessus à l'improviste alors qu'on pensait faire tout autre chose.

C'est faire comprendre à l'autre, à chacun, qui qu'il soit, quels que soient sa fonction, son métier, son âge, qu'il est respectable, « aimable », : pensez, par exemple, à la caissière du magasin, à la technicienne de surface dans une clinique ou dans un hôtel, au conducteur de bus, au facteur, au mendiant, à l'étranger, au marchand de journaux, à vos voisins, etc.

Tout est dans le regard, dans un sourire ! Tout est dans le petit mot gentil !

3.Ces deux types de comportement sont humainement impossibles à vivre de manière constante, s'ils ne sont fondés sur une vie de prière quasi continue. Comprenons-nous bien. Je ne parle pas ici de pratiquer régulièrement, tout au long de la journée, diverses dévotions, par ailleurs toutes respectables ; mais plutôt d'un « état de prière »   qui nait dans le silence intérieur,   quand on se laisse regarder par le Seigneur   dans un humble face à face, seul, à l'abri de tous les regards.

Et cela s'apprend, au jour le jour !

Tel est, à mes yeux, l'essentiel de cette spiritualité   que le petit frère Charles de Jésus s'est forgée progressivement   et nous laisse en héritage, à chacun d'entre nous.

Michel DE SCHREVEL - paroissien de Saint-Martin

Largement inspiré de :

-       Mgr Boulanger, Le chemin de Nazareth, une spiritualité au quotidien, DDB, 2002, 371p.

-       Google, Charles de Foucauld, Wikipédia, 72p.

-       Google, Charles de Foucauld, Biographie

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