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Homélie du dimanche 8 décembre 2013 - 2ème dimanche de l'Avent PDF Imprimer Email
Année 2013

«Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : '' Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n'allez pas dire en vous-mêmes : ''Nous avons Abraham pour père''» Mt.3

Qui sont les pharisiens ? Qui sont les sadducéens? Bon, on pourrait les définir comme des ''consommateurs de culte'', des consommateurs de rites.

Autant les uns que les autres trouvaient leur satisfaction à respecter toute une série de règles liées à leur pratique religieuse. Mais cela sans vraiment y engager leur cœur. Ce qu'ils cherchaient dans la religion ce n'était pas vraiment le moyen de grandir dans l'amour, d'évoluer, d'être meilleur, plus ouvert, plus aimant... Ils voulaient plutôt, par là, satisfaire leur besoin de perfectionnisme, leur souci de se savoir en règle, irréprochables. Ils cherchaient à être justes, mais pas forcement à être bons. Ce qui devait les déranger le plus, c'était que quelqu'un puisse leur faire des remarques, des reproches, ou les surprendre en porte-à-faux. La religion leur servait pour se rassurer.

C'est un peu ce que je vous partageais il y a un mois, quant il était question de l'évangile de Zachée.

Je vous disais que les pharisiens, à mon avis, n'étaient pas des personnes méchantes. Loin de là. La plus part du temps, derrière un air distant et la sensation qu'ils savaient tout contrôler, qu'ils pouvaient tout gérer, ils avaient une sensibilité assez prononcée, associée à une grande insécurité de fond. Ils devaient se sécuriser derrière la règle, la Loi. Et c'est à partir de la règle, qu'ils s'autorisaient à mettre des étiquettes sur le front de tout le monde, en jugeant tout ce qui s'écartait de cette règle. Ils se protégeaient de tout et de tous, dans une attitude d'attaque ou de défensive constante. Mais ils devaient surtout se protéger d'eux-même, de leur propre regard sur eux-mêmes. Voilà pourquoi beaucoup tombaient dans le travers de l'hypocrisie, dans une forme de dissociation intérieure terrible. Dans une constante auto-justification. Tirée à l'extrême, cette attitude peux conduire la personne à un certain enfermement psychologique, culturel ou social, en se retrouvant à vivre en ghetto, dans un certain repli identitaire, et en envoyant leurs enfants dans les mêmes écoles.

Alors, la question, ce matin, c'est de savoir si nous reconnaissons en nous, dans notre manière d'être chrétiens mais sans arriver peut-être à ces cas extrêmes, si on reconnait en nous des aspects de ces pharisiens et de ces sadducéens, qui ont besoin de toujours se sécuriser derrière la règle, derrière la loi ? Au fond, et je crois que c'est la seule question à laquelle on doit essayer de pouvoir répondre devant Dieu, devant nous mêmes, c'est de savoir si notre pratique religieuse nous rend vraiment meilleurs dans le fond, ou si elle ajoute sur nous juste une belle couche de faux-semblant ? Un faux-semblant chrétien. Est-ce que notre pratique religieuse nous rend plus aimants? Ou est-ce qu'au contraire elle ne nous rend pas plus légalistes, accrochés à nos principes avec une intransigeance pas possible ? Comment ils nous perçoivent les autres, ceux qui vivent avec nous? Qu'est-ce que votre femme répondrait si je lui demandais si votre pratique religieuse vous rendait vraiment plus aimant à son égard, à l'égard de vos enfants ?! Qu'est-ce que vos frères et sœurs répondraient à cette question ? Qu'est-ce qu'il répondrait mon voisin, mon beau-fils, ma nièce, mon collègue de travail ?!

Est-ce que vous vous souvenez de ce publicain et de ce pharisien assis au temple ? Tandis que le premier n'osait même pas lever la tête, le pharisien, lui, remerciait Dieu de ne pas être comme ce publicain, et il aimait s'encenser, il aimait s'entendre dire tout ce qu'il faisait de bon au nom de sa foi. Et bien, vous allez peut-être ne pas me croire mais une fois j'étais en déplacement dans une paroisse du diocèse, pour remplacer un prêtre, et j'ai vu une femme, dans la septantaine, un vrai pilier d'église, qui passait de heures d'adoration devant le saint sacrement. Un jour je l'interroge, admiratif, pour savoir ce qu'elle demandait à Dieu avec autant de ferveur et d'assiduité. Elle m'a répondu qu'elle priait pour que Dieu reprenne son mari. Du coup je lui ai demandé si ça faisait longtemps qu'il était malade ? Elle m'a répondu que justement il se portait très bien mais qu'il était insupportable à vivre, et qu'elle rêvait d'être veuve ! Bon, vous comprenez alors qu'on peut passer des heures d'adoration, mais avec un esprit totalement mal tourné. Du coup je lui ai dit qu'il s'agissait là d'une prière, certainement, mais que je n'étais pas vraiment sûr qu'il s'agissait d'une prière chrétienne. Elle n'a jamais pu l'entendre; elle m'en veut toujours. Et quand ça m'arrive de retourner dans cette paroisse, je la vois toujours là, devant le saint sacrement, très ''pieuse''. J'espère juste qu'elle ne ''prie'' pas pour moi;-)

Je vous propose un petit test pour savoir si nous ne sommes un peu pharisiens sur les bords. Combien d'entre nous ne se sont pas surpris en train de penser, durant cette homélie: «Combien je suis triste que mon mari ne soit pas là pour entendre ça, parce que dans la description que le curé a donné des pharisiens c'est lui tout craché». Bon, je crois que je ne dois pas détailler beaucoup plus ce petit test, n'est-ce pas ?

Bon, si je dis tout cela ce n'est pas pour nous décourager ou pour nous en vouloir si on se reconnaît dans ces consommateurs de rites qui étaient les pharisiens et les sadducéens, parfois plus papistes que le pape. Il s'agit simplement d'en prendre acte et de laisser cette prise de conscience faire son petit bout de chemin en nous. Ce n'est que quand on reconnait avoir besoin du médecin que peut commencer pour nous le travail de guérison.

Une prière qu'on peut se répéter intérieurement, pour attaquer ces dimensions pharisiennes en nous est celle-ci: Seigneur, aide-moi à réaliser que si tu m'as appelé dans l'église ce n'est pas parce que tu voulais que je donne l'exemple aux autres, mais tout d'abord pour me reconnaître malade moi-même et que tu voulais que je me donne les moyens de me soigner.

Et bien, je vous assure que si on croyait vraiment à cette phrase, moi le premier, on ne s'autoriserait plus à juger les autres. Tant que nous nous positionnons en juge, en position supérieure, nous restons des consommateurs de rites. Et c'est triste à dire mais nous risquons de passer à côté de cette fête de Noël, la naissance de Jésus, parce qu'en hébreu le nom Jésus veut dire «Dieu sauve».

Maintenant on sait de quoi il doit nous sauver. Du coup, maintenant on peut vivre ce temps d'Avent avec une attitude nouvelle, plus consciente.

Abbé Pietro CATRONOVO - Vicaire à Saint-Martin