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Homélie du dimanche 17 novembre 2013 PDF Imprimer Email
Année 2013

Carpe diem, carpe momentum. Il faut saisir l'instant présent, ,,mangeons et buvons car demain nous mourrons'', disait certains philosophes. Ces derniers pensaient les choses qu'à partir d'eux-mêmes et ils croient que leur propre mort sera la fin de tout. La fin du monde reste bien un cauchemar de l'humanité. Périodiquement, surtout à certaines dates, calculées bizarrement à partir des chiffres énigmatiques du livre de Daniel ou de l'Apocalypse, des sectes annoncent clairement l'imminence du retour du Christ ou de la fin du monde. Nous savons que cette attente est souvent déçue. Nous n'avons qu'à compter le nombre de fois qu'on nous a dit que la fin du monde est proche.

Dimanche passé, nous entendions les saducéens poser à Jésus une question sur la résurrection des morts ; aujourd'hui Jésus lui-même amorce un discours sur la fin des temps. Ainsi, la fin de l'année liturgique nous fait méditer sur les fins dernières. Dans l'Evangile, Jésus proclame que "Des jours viendront où il n'en restera plus pierre sur pierre : tout sera détruit...". Il n'est pas étonnant que ce genre d'évangile provoque chez certains une réaction de sauve-qui-peut. On peut réduire le texte à un "genre littéraire" : cet évangile est l'expression d'une tendance "apocalyptique". Dans ce cas, ces images ne sont pas à prendre au pied de la lettre. On peut aussi invoquer l'argument historique : Jésus parlait il y a deux mille ans ! Le propos pessimiste du Christ semble donc quelque peu dépassé. Rien de tout cela n'est tout à fait faux. Dès lors, revenons au texte.

Jésus parle d'abord du Temple dont tout sera détruit. Ensuite, il met en garde contre certains meneurs car il y eut, entre 63 et 70, plusieurs fractions, avec, à leur tête, des meneurs qui prétendront être le messie. Conscient du risque des dérives, Jésus avertit d'emblée : ‘prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : ‘c'est moi', ou encore : ‘le moment est tout proche'. Ne marchez pas derrière eux. Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d'abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin'. Quelle que soit l'époque où résonnent ses paroles, elles se vérifient dans l'actualité du moment. En effet, des pays sont en guerre, des maladies et des épidémies font rage, bien des catastrophes météorologiques et écologiques d'ampleur mondiale menacent les populations. Il ne faut pas donc demeurer statique, mais il faut vivre à chaque moment sous le regard du Christ. Pour ce faire, Jésus nous invite à adopter une attitude : la persévérance car « c'est par votre persévérance, dit l'Evangile, que vous obtiendrez la vie. » En effet, la persévérance, en grec, est le choix de rester en arrière, le refus de se compromettre. Elle est aussi le choix de demeurer et d'attendre : de demeurer dans le cœur en Dieu et d'espérer. Il ne s'agit pas nécessairement d'une attente passive car, en grec, le verbe signifie également «avoir la hardiesse de, oser». Il nous faut avoir la hardiesse de contrer le mal par le bien, le mensonge par la vérité, etc. Dans  les moments les plus dramatiques de notre histoire, ce n'est pas notre désir de survie qui doit être la force qui nous anime, mais la vision selon laquelle le monde est entraînée par Dieu. La certitude de la résurrection nous aide à regarder dans la seule direction qui apporte vie et espérance, même si notre vie est menacée, car au de-là de la vie, n'y a-t-il pas la vie ? Dès lors, il nous est demandé de vivre chaque instant comme s'il était le dernier, c'est-à-dire comme si ce que nous pensions ou faisions pouvait s'inscrire dans l'éternité. Ce n'est pas effrayant. C'est simplement exigeant.

Pour ce faire, la première et la deuxième lecture, nous livrent deux messages importants. Dans la première lecture, le prophète secoue la torpeur de ses concitoyens et les invite à porter le regard vers l'avenir, vers le jour du Seigneur. Ces paroles nous sont adressées aujourd'hui, sortons de notre torpeur et regardons vers l'avenir, vers le jour du Seigneur. Quant à la deuxième lecture tirée de la deuxième lettre de Paul aux Thessaloniciens saint Paul s'adresse aux Thessaloniciens car certains ne travaillent pas et ne font tout simplement rien. Ils se sont laissé envahir par la peur et la paralysie face à l'avenir. Ils ont littéralement laissé tomber et ils se sont occupés de préoccupations inutiles! Paul les invite à changer leur manière d'être. Nous  aussi nous devons changer notre manière d'être dès maintenant et non demain, nous devons saisir l'instant présent non pour manger et boire comme ces philosophes, mais pour poser des actes qui ont du sens pour l'éternité. Carpe diem, carpe momentum.

Abbé Arnaud NGOUÉDI - Vicaire à Saint-Martin