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Montage et répétitions ... Quelques images du montage du podium et des répétitions de l'Ecole de danse Aurélie Thill d'Arlon ainsi que Vincent Hubert aux grandes orgues de St-Martin

Spectacle du vendredi 23 mars 2018 -  8 min. Plus de 70 artistes en fête pour célébrer les 10 ans du réseau Eglises Ouvertes à l'église Saint-Martin d'Arlon, les 23 et 24 mars 2018 ! "En Chemin", un spectacle à la fois intime et grandiose, qui rassemble musiciens, danseurs, solistes, acrobates, choristes et pèlerins, d'Arlon et d'ailleurs. Une belle aventure partagée, en l'honneur d'une église particulièrement vivante ! Direction artistique : Sacred Places

Homélie du dimanche 3 novembre 2013 PDF Imprimer Email
Année 2013

Dans la parabole de dimanche dernier, nous avons rencontré un pharisien et un publicain qui étaient montés au Temple pour prier. Aujourd'hui l'évangile nous présente à nouveau un publicain, mais, cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un simple collecteur d'impôt. Là, nous avons à faire directement à Zachée, le chef des collecteurs.

Lui, il n'est pas en train de prier. Et il est bien loin de sentir l'encens du Temple. Ce Temple il a du le quitter il y a bien longtemps. On ne voulais certainement pas de lui dans ce Temple. On a du bien lui faire sentir cela. Qu'est-ce qu'on a pu lui dire pour bien le culpabiliser? Probablement qu'en collaborant avec l'occupant romain il était en train de trahir son peuple; qu'il était une honte pour ses parents et pour toute sa famille; qu'il avais sûrement déçu Dieu; qu'il n'était pas digne d'appartenir au peuple élu, etc! Ce type de jugements à son égard devaient être son pain quotidien.

Pour survivre à tout cela il a du se faire un bonne carapace, bien épaisse. Jusqu'au jour où quelqu'un a su percer cette carapace. «Zachée, descends vite, aujourd'hui il faut que j'aille demeurer dans ta maison»; laisse-moi rentrer dans ta carapace. Il avait apprit à se protéger de tout et de tous, mais à aucun moment, ce jour-là, il imaginait de devoir se protéger de lui, le Christ. Et là, quand il s'y attendait le moins, Christ pénètre dans son château-fort!

La réaction des pharisiens ne s'est pas fait attendre: «Il est allé loger chez un pécheur». Là où ces hommes ne voient Zachée que dans son statut de renégat, de pécheur public, Jésus vois en lui un blessé de la vie, un marginalisé, un exclu.

Et Jésus rentre dans la maison de Zachée. Mais est-ce que les autres ont suivi Jésus, dans la maison de Zachée? Non, ils ne le pouvaient pas: il y a des barreaux qui séparent ces deux catégories de personnes. Mais en réalité, les deux se retrouvent en prisons, derrière les barreaux, aussi bien les publicains que les pharisiens. Les publicains se retrouvent dans la prison sombre et froide de la culpabilité, cette culpabilité que les pharisiens s'empressaient de leur faire ressentir, de leur faire porter. Et les pharisiens se retrouvent dans la prison du jugement. Du haut de cet orgueil spirituel, de ce regard hautain, de cette prison dorée, ils se donnaient le droit de juger et condamner tout le monde, et tout particulièrement les publicains. Mais au fond, ils étaient prisonnier de leur besoin d'auto-justification. Parce que cette auto-justification était la seule capable de les protéger de leur jugement assassin à leur propre égard!


Est-ce que, ce matin, nous nous reconnaissons dans l'une ou l'autre de ces deux catégories?

Bon, il faut savoir que normalement les ''publicains'' quittent tôt ou tard le temple, quittent la religion. Comme dans le cas de Zachée. Parce qu'à un moment donné ça devient trop lourd vivre avec ce regard jugeant posé sur eux, ce sentiment de ne pas être à leur place. Ou ils y restent parfois, mais alors avec ce sentiment qu'ils ne seront jamais à la hauteur, jamais assez bien pour mériter une place devant, comme les autres. Souvent ils s'effacent et ils occupent cette dernière place, dans le fond, comme ce publicain de dimanche dernier. Ce n'est qu'une image, bien entendu. Que les gens aux dernières rangées ne se sentent pas des publicains, comme ceux qui sont aujourd'hui dans les premières rangées, ne se sentent pas plus pour autant de pharisiens. C'est bien plus subtil que ça. Ça ce joue à d'autres niveaux de la personne. Dans des attitudes bien plus intimes. Quoi que... ;-)

Et si nous ne nous reconnaissons pas dans la personne des publicains, comment savoir si nous ne sommes pas plutôt des pharisiens, par hasard ?!

Souvent, nous pouvons nous reconnaître pharisiens à partir d'une ou l'autre attitude de mépris ou de condescendance. Est-ce qu'ils nous arrive assez fréquemment, par exemple, de nous surprendre à avoir des remarques désobligeantes à l'égard des autres? Pas forcément explicites, mais qui nous conditionnent dans le regard qu'on pose sur eux. Est-ce qu'on voit d'abord leur qualités ou plutôt leur défauts?

Il faut se dire que les pharisiens ne sont pas des personnes méchantes. La plus part du temps, derrière une aire distante et la sensation qu'ils savent tout contrôler, qu'ils peuvent tout gérer, ils ont une sensibilité assez prononcée, associée à une grande insécurité de fond. Du coup, ils doivent se sécuriser derrière la règle, la Loi. Et c'est à partir de la règle, qu'ils s'autorisent à mettre des étiquettes sur le front de tout le monde. Ils se protègent de tout, de tous, et ils sont souvent sur la défensive. Mais ils doivent surtout se protéger d'eux-même. Voilà pourquoi beaucoup tombent dans le travers de l'hypocrisie. Dans une forme de dissociation intérieure. Pour se protéger de leur propre regard. Dans une constante auto-justification. Par peur, parce qu'ils ont souvent peur, ils peuvent arriver à s'enfermer psychologiquement, culturellement ou socialement en ghetto, entre eux, dans un certain repli identitaire.

Peur par exemple des personnes divorcées, des homosexuels, des clochards, mais aussi des arrivistes, ou des drogués de travail, des boulimiques de reconnaissance, des narcissiques, etc. Quand est-ce que c'est par exemple la dernière fois que nous avons invité chez nous, dans notre maison, une femme divorcée?! Derrière l'excuse qu'on ne voudrait pas la faire souffrir de lui montrer une belle famille unie, souvent se cache une peur: la peur qu'elle nous pique par exemple notre mari; belle confiance qu'on a dans notre couple bien uni! La peur aussi qu'elle vienne nous fatiguer avec ses plaintes ou son sentiment de vide, et nous faire miroir que peut-être notre sentiment de bonheur ne tiens qu'à un fil, ou que ce n'est qu'un crépis qu'on a mit sur un mur qui s'effrite depuis trop longtemps... Mais est-ce que nous sommes prêt à voir tout cela ; est-ce que nous sommes prêt à nous remettre en question?! Et pour ne pas le voir, nous jugeons les autres; nous nous en protégeons.

Quand est-ce que c'est la dernière fois que nous avons invité dans notre maison un homosexuels?! Je ne parle pas ici de ceux qui vivent de manière ostentatoire leur homosexualité, dans la provocation. Mais ceux qui la subissent, peut-être comme une honte, peut-être dans une recherche de sens, ...je ne sais pas. Et non pas les inviter pour les changer ou pour les convaincre ou pour les plaindre. Pas plus que les inviter pour prendre en modèle ce qu'ils vivent. Non, mais juste pour les accueillir dans ce qu'ils vivent, pour leur faire de la place, pour être tournés vers eux sans perdre de vue ce que nous sommes et ce qui nous motive ou qui nous fait vivre nous.

Quand est-ce que c'est la dernière fois que nous avons invité chez nous un clochard?! Il y a très longtemps que je ne l'ai plus fait. Entre temps je me suis bien embourgeoisé! Et on se donne milles bonnes excuses pour ne pas le faire. L'auto-justification. ''Qui sait qu'il ne soit pas un toxico? Sûrement, d'ailleurs, il sont tous alcoolo!''. Et voilà qu'on garde la porte de chez nous bien fermée. Je ne suis pas en train de nous juger. Juste porter à votre attention que nous sommes constamment sur la défensive. On a peur par exemple pour nos enfants, ou que ce clochard nous vole quelque chose. Peut-être de cher. Si seulement nous étions en vie, durant la lecture de notre testament et le partage entre nos enfants des biens qu'on a accumulé pendant toute une vie, parfois nous en mourions. Combien de familles se déchirent pour questions d'héritage! Mais pour ne pas le voir, parfois nous nous protégeons de l'extérieur, pour nous rassurer. Et nous jugeons de paresseux, de profiteurs, d'assistés. Je ne suis pas là pour dire le contraire. Mais juste peut-être d'être plus honnête vis-à-vis de nous-même et regarder en face tout ce que ces personnes nous renvoient de nous que nous ne voulons pas voir. Mais peut-être nous ne sommes pas encore prêt à cela. Mais qu'est-ce qu'on met en place pour devenir de plus en plus conscients sur nous-mêmes au lieu de passer notre temps à juger les autres?!


Comme vous le voyez, les deux profiles, publicains et pharisiens, sont renfermés chacun dans sa propre prison. De l'extérieur, apparemment plus inconfortable pour les premiers et mieux aménagé pour les deuxièmes. Mais ça reste tout de même une prison. Publicains ou pharisiens, ne sont au final que les deux facette de la même médaille, de la même problématique, liée à une grande fragilité intérieure.

Qu'on soit publicains ou pharisiens, ce n'est pas ça qui compte vraiment aujourd'hui. Toute la question est de savoir, publicains ou pharisiens, si notre porte, la porte de notre chez nous est ouverte au Christ!

Quand Jésus à dit: «le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu» il ne s'adressait pas uniquement à Zachée, le publicain. Cette phrase était une interpellation, une provocation adressée à tous, publicains ou pharisiens. Par contre, si c'est vrai que Zachée se laisse rencontrer, il se laisse sauver, est-ce qu'on peut dire autant des pharisiens qui sont resté à l'extérieure de sa maison?! Comme d'ailleurs, si c'est vrai que dimanche dernier le publicain est repartit justifié, est-ce qu'on a pu dire autant du pharisien assit dans la première rangée?!


N'ayons pas peur, ce matin de nous reconnaître pharisiens ou publicains. Ce qui est important, c'est de laisser le Christ nous rejoindre dans notre prison et de nous laisser aimer. Parce que ce ne sont pas les bon principes qui sauvent mais l'amour. Seul l'amour sauve! Jésus n'a rien demandé à Zachée. Il ne lui a pas fait la morale! Il s'est juste invité chez lui, à l'intérieure de sa carapace, là où sans probablement plus le savoir Zachée vivait en prisonnier. Et c'est tout l'amour qui a dégagé du Christ qui a fait sortir Zachée de cette prison. «Zachée, descends vite, aujourd'hui il faut que j'aille demeurer dans ta maison». C'est cet amour qui à fait sauter tous les barreaux!

Mais il faut encore se savoir en prison pour demander à en sortir. Alors, ne nous défendons pas face à cet évangile. Il ne vient pas nous juger, nous renfermer dans la culpabilité. Justement, il vient nous arracher à nos enfermements et à toutes ces prisons sombres dans lesquelles on nous a enfermé ou dorées dans lesquelles nous nous sommes renfermés, pour avoir l'impression d'être en sécurité, que rien pouvait nous arriver.

Laissons aujourd'hui le Christ nous libérer, et cela qu'on se reconnaissent publicains ou pharisiens!

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin