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Homélie du dimanche 8 septembre 2013 PDF Imprimer Email
Année 2013

Les paroles du Christ dans l'Evangile de ce jour sont d'une audace infinie. De quel droit Jésus peut-il bien afficher une telle exigence : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » Et pourtant, nous remarquons un certain engagement idolâtrique de tant de nos contemporains pour les stars et pour d'autres choses. Certains jeunes disent qu'ils ont pour Dieu : Johnny Hallyday. Mon dieu, c'est Johnny »; d'autres personnes c'est l'ordinateur, combien des couples ont des problèmes conjugaux parce que l'un des conjoints est toujours collé à son ordinateur?

Jésus par cette exigence  nous invite à mettre l'amour à sa juste place. En effet, l'amour préférentiel pour Jésus n'exclut pas pour autant l'amour de nos proches : le Christ ne nous demande pas de les haïr. Mais il nous demande de placer cet amour à sa juste place car Jésus connait bien la tentation de l'affectivité humaine, d'idéaliser l'objet aimé. C'est le cas de l'enfant, incapable de couper le cordon ombilical pour quitter un jour la famille afin de réaliser sa vie et construire un couple autonome; c'est le cas du parent qui ne vit que pour ses enfants, qui ne se réserve aucune plage personnelle dans sa vie et souffrira terriblement au départ inévitable de ses enfants de la maison parentale. C'est le cas de tout amoureux qui fait de l'être aimé sa seule raison de vivre : il donne à l'être aimé le pouvoir de le faire exister, si bien que s'il décède ou s'il s'éloigne, c'est l'effondrement total.

Chers frères et sœurs, les idoles ont des pieds fragiles : un jour, elles chancellent, vacillent et s'écroulent. Elles déçoivent inévitablement car elles ne sont pas Dieu.  Aimer son prochain, ce n'est pas laisser son amour s'arrêter à sa personne, mais voir, au-delà, ce Dieu qui appelle à travers lui. Autrement dit : ne soyons pas étonné si on est déçu, c'est normal. Mais cette déception aura un avantage, elle n'occultera pas pour nous le seul qui peut nous combler : Dieu. Ainsi, en relativisant les amours humains, le Christ nous aide à accepter l'inévitable imperfection de l'être aimé. Si ceux qui s'aiment ont bien réalisé que l'être aimé n'est que l'image de Dieu à leurs côtés, celui-ci deviendra pour eux, chemin lumineux vers la découverte de l'Infini. Si bien qu'en aimant Dieu avant tout, on n'en aimera pas moins nos proches, mais on les aimera tellement mieux.

Par ailleurs, le texte ne parle pas seulement de l'amour. Cet amour est mis en relation avec la personne du disciple « Si quelqu'un vient à moi... » dit l'Évangile et à trois reprises, Jésus souligne qu'il s'agit bien d'être « son disciple ». En plus, il y a deux paraboles consécutives dans l'évangile où il est question du prix à payer pour suivre Jésus. Ces paraboles nous montrent que Jésus ne préconisait pas l'abandon des responsabilités familiales, ni le rejet de nos proches. Jésus précise simplement la rigueur des engagements contenus dans son invitation aux hommes de le suivre car il arrive souvent que le salut soit prêché comme s'il s'agissait d'une distribution de friandises. Le salut se trouve dans une personne. Le Seigneur Jésus ne veut pas de disciples qui s'engagent avec l'enthousiasme éphémère d'une première émotion religieuse. Il ne veut pas d'individus qui répondent ‘oui' sans savoir ce qu'ils disent. Chacun doit le savoir et y réfléchir car jusque-là, suivre Jésus, ressemblait à une partie de spectacle de magie. On se promène à travers toute la Galilée. On assiste à des miracles, des guérisons. On fait des pique-niques où il y a à manger pour tout le monde. Le risque est de croire que la vie chrétienne  ne se résume qu'à cela.

Voilà pourquoi, Jésus nous donne, aujourd'hui, ces paroles qu'on pourrait résumer en trois enseignements utiles pour notre vie de tous les jours: l'apprentissage inlassable d'un bon discernement des priorités, la nécessaire réflexion avant d'entreprendre un projet,  et le renoncement à tout, c'est-à-dire la sage capacité de placer au cœur de sa vie la confiance en Dieu.

Abbé Arnaud NGOUÉDI - Vicaire à Saint-Martin