Homélie du dimanche 1er septembre 2013 PDF Imprimer Email
Année 2013

Deux amis sont au restaurant. Tous deux commandent un steak. Le garçon arrive, pose le plateau avec les steaks au milieu de la table et leur souhaite un bon appétit. Et il repart, aussi vite. Un des deux amis se sert, le premier. Il prend le steak le plus gros. Au deuxième, il ne reste qu'à prendre le plus petit.
Ils commencent à manger. A un moment donné, l'ami qui s'est servi en second ne tient plus en place. Il dit au premier : « Excuse-moi, mais tout à l'heure il y a eu quelque chose qui m'a mis fort mal à l'aise ». « Ah bon... -demande l'autre tout étonné - Quoi ? ». « Tu sais, quand le garçon a posé les steaks sur la table, tu t'es servi le premier, et tu as pris le steak le plus gros ». « Oui... ». « Et bien, si je m'étais servi le premier, moi sans doute je t'aurais laissé le steak le plus grand et j'aurais pris le plus petit pour moi ! ». « Mais alors, de quoi te plains-tu -répond l'autre, montrant des yeux l'assiette de l'ami-, tu n'as pas eu ce que tu voulais ?!».


Vous souriez, mais vous savez... le plus ironique, dans cette histoire, c'est que le Seigneur ce matin nous interpelle de la même façon. Il vient nous dire, quelque part : « Tu as voulu la dernière place... alors, de quoi te plains-tu ?! Pourquoi te plains-tu, par exemple, si, du coup, tu es toujours moins bien servi que les autres ?! Pourquoi te plains-tu si personne ne te respecte, si on se donne le droit de te crier dessus, de lever la main sur toi ?! Pourquoi te plains-tu si c'est toujours à toi qu'on demande de faire le ‘‘sale boulot'', ou d'assumer les fautes des autres ?! Pourquoi te plains-tu si c'est toujours toi le ‘‘pigeon'' au boulot, le ‘‘souffre-douleurs'' à l'école, ou ‘‘la bonniche'' à la maison... ?! ».
Là alors, face à tout ça, nous serions tous perdus et nous aurions envie de dire : « Mais comment, Seigneur ?! C'est toi qui m'as demandé de prendre la dernière place. Et maintenant tu me le reproches ?! En plus, je ne peux même pas me plaindre un peu ?! ».
Ce qui nous étonnerait le plus, certainement, c'est que le Seigneur nous répondrait qu'il ne nous a jamais demandé d'être le pigeon de service, le souffre-douleurs ou la bonniche de tout le monde. Il n'a jamais voulu qu'on se rabaisse, qu'on soit humiliés, ou qu'on soit des ratés dans la vie. Jamais !
Quand il nous demande de prendre la dernière place, il faut comprendre cette dernière place comme un point de départ. Jamais comme un but en soi. Voilà pourquoi on ne peut pas comprendre ces mots : « Quand tu es invité, va te mettre à la dernière place » (Lc.14,10a) tant qu'on ne les aura pas lus à la lumière de la deuxième partie du verset : « Mon ami, avance plus haut » (v. 10b).
C'est cette dernière partie qui est la partie centrale. « Avance plus haut ! ».
Le Christ veut nous faire comprendre, par cette parabole, que le vrai bonheur n'est pas d'occuper d'office la dernière place ; pas plus que d'occuper la première. Le vrai bonheur, c'est plutôt d'occuper la place qui nous convient le mieux, celle où je peux donner le meilleur de moi-même, tout en me respectant.
Alors, s'il vous plait, ça suffit de se taper toujours la dernière place ; acceptons aussi d'assumer nos responsabilités. Voilà pourquoi, il se pourrait même, qu'on soit appeler à lutter pour occuper non pas la dernière mais la première place, si nous réalisons que c'est celle que le Christ a préparé pour nous, c'est-à-dire celle qui nous permettra d'aimer le plus et de servir le mieux. Parce que ce sont ces deux critères là qui sont les vrais critères pour savoir si nous sommes à notre place dans la vie, autant pour ce qui concerne la vie affective, que la vie professionnelle. Aimer le plus et servir le mieux ! Aimer par ce que nous sommes devenus, comme résultat de nos rencontres, de nos choix, de notre histoire. Et servir par tout ce que nous portons en nous : nos capacités, nos charismes, nos ‘‘talents''.
Toute la question maintenant, est de savoir quels ont été les critères qui nous ont poussés à choisir le travail que nous faisons ou la personne que nous aimons.
En amour, par exemple, la personne qui m'épaule en fait, est-elle vraiment là à côté de moi pour m'aider à dépasser de plus en plus mes freins, mes peurs, mes résistances, mes carapaces, et du coup par là m'aider à mieux aimer ?! Est-ce que je me sens assez en confiance, dans cette relation, pour pouvoir arriver à mieux aimer l'homme ou la femme que je suis devenu ? Est-ce que je me sens meilleur, au contact de cette personne ?! Ou est-ce que je me rends compte que je m'enlise de plus en plus dans un relation qui trop souvent me demande de me justifier plutôt que de m'aider à m'aimer, c'est-à-dire plutôt que de m'aider à découvrir mes richesses, d'une part, et d'autre part à me pardonner, afin de pouvoir rebondir à partir de mes limites et de mes faiblesses ?!
Pour ce qui est du travail, c'est la même chose. Est-ce que le travail est un lieu où je suis reconnu pour mes compétences, pour mes capacités, ou il n'est qu'un moyen de subvenir à mes besoins ou aux besoins de ma famille ?! Est-ce que je suis bon dans ce que je fais ? Est-ce que ce travail m'aide vraiment à avoir envie de donner le meilleur de moi-même, sachant que c'est à moi tout d'abord que je le dois ?!
Trouver notre vraie place dans la vie. C'est le souhait que le Christ a pour nous, aujourd'hui.
C'est pourquoi, quand il nous parle de « dernière place » il ne parle pas d'un endroit précis à occuper, mais tout d'abord d'une attitude à avoir, celle du service. Comprenons bien alors, que ce n'est pas de l'orgueil d'occuper un poste à responsabilités. L'orgueil serait plutôt de le garder tout en sachant ne pas être à la hauteur de ce poste.
Voilà pourquoi il nous faut ne pas brûler les étapes. Avant d'accepter d'occuper une place à responsabilités, en « haut », il faut tout d'abord apprendre à servir. Sinon, le risque qu'on court est que, tôt ou tard, on pourrait faire de ce lieu de service, en haut, un lieu de pouvoir.
Pas question alors, de baisser les bras et de se contenter de n'importe quelle place. J'ai envie de vous dire, ce matin, au nom du Christ : « Mon ami, il est temps d'avancer plus haut », de prendre enfin ta vraie place dans la vie, celle qui te permettra d'aimer le plus et de servir le mieux !


Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin