Homélie du jeudi 15 août 2013 - Assomption PDF Imprimer Email
Année 2013

15 août, fête de l'Assomption de la vierge Marie.

Ce dogme qui veut que Marie a été élevé au ciel âme et corps, est tout récent. Il date d'une soixantaine d'année. Juste un siècle avant, en 1854, il avait été précédé par un autre dogme mariale, celui de l'Immaculée Conception. Et dans la Constitution Apostolique "Munificentissimus Deus", le lien que Pie XII fait entre ces deux dogmes est impressionnant: «Nous proclamons, déclarons et définissons que c'est un dogme divinement révélé que Marie, l'Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste».


Dans ce texte, outre le dogme de l'Immaculée conception et celui de l'Assomption, Pie XII insiste aussi sur la doctrine de la Virginité Perpétuelle de Marie, c'est-à-dire sur l'absence de relations sexuelles entre elle et Joseph, même après la naissance de Jésus. Au départ on ne parlait que de la Conception Virginale de Jésus. Mais dans le monde catholique, on a voulu l'étendre à une ''virginité perpétuelle''!

En écoutant tout cela, c'est vraiment à se demander le pourquoi de ce besoin de mettre tellement l'accent sur la virginité de Marie, sur l'absence de péché originel chez elle, sur la dimension de la pureté physique, etc?! Ce besoin de pureté est-il vraiment une exigence de Dieu ou plutôt un besoin chez l'homme, et plus particulièrement chez ''l'homme religieux'' ?!

Je crois que c'est de la tradition grecque qu'on a hérité cette vision dualiste âme/corps, avec une connotation péjorative du corps. Alors, d'après cette vision péjorative, comment ne pas interpréter comme ''sale'' la sexualité, avec toutes les conséquences qui en dérivent?! Par exemple, vous connaissez tous le nombre interminable de prêtres, religieux et religieuses qui sont reconnus saints. Des milliers! Mais savez-vous combien de couples ont été reconnus saints dans les derniers 2000 ans? Et bien, il faut attendre Jean-Paul II, en 2001, pour que le premier couple marié soit béatifié. Et jusqu'à présent, que je sache, il n'y a pas encore de couple canonisé, c'est-à-dire reconnu saint. Même pas les parents de sainte Thérèse de Lisieux.

Alors, ça laisse réfléchir. Si la vocation de tout croyant est la sainteté, j'ai presque envie de dire qu'il faudrait interdire le mariage si, statistiquement, c'est un obstacle à notre vocation de chrétiens! Je comprends mieux maintenant le pourquoi de l'imposition du célibat aux prêtres ;-)

Tout cela me fait penser à cette dame qui, à la messe, change de file chaque fois qu'il y a un laïc qui donne la communion. Elle vient dans la mienne, pour recevoir l'hostie de mes mains consacrés directement sur sa lange. Mais est-ce que la valeur sacramentelle de l'hostie n'est pas la même, que ce soit moi qui la donne ou un laïc en tant que ministre extraordinaire (en tous cas c'est l'enseignement de l'Eglise)?! Et pourquoi vouloir absolument la recevoir sur la langue, comme si les mains étaient moins digne de recevoir le corps du Christ?!

Là on touche à un autre dogme, celui de la transsubstantiation, et à toutes les dérives liés à une mentalité trop religieuse et puritaine.

Les dogmes sont utiles, je ne dis pas le contraire. Cela à condition qu'ils permettent au croyant de mieux rentrer en relation avec l'immensité de l'amour de Dieu à son égard. Mais combien plus souvent ne se révèlent-ils pas des écrans qui mettent encore plus de distance entre l'homme et Dieu, au lieu de les rapprocher?!

Faisons toujours attention à ne pas nourrir, par une approche étroite des dogmes, l'abîme entre le sacré et le profane. En est le symbole, cette ''barricade'' qui était placé, avant Vatican II, dans les églises entre l'autel et les fidèles. Tout ce qui se trouvait du côté du prêtre, était de l'ordre du sacré et du pur, tandis que du côté des fidèles il s'agissait du profane et du méprisable.

Là on est face à une aberration théologique. La mission du Christianisme est justement d'abattre toute tentation de reléguer le sacré à une sphère bien précise de la vie de l'homme pour introduire le sacré dans tous les espaces de la vie ordinaire de l'homme! Mais cette tentation de «puritanisme» est une tentation majeure chez tout être à la mentalité religieuse. Et en période de crise, quand l'homme se sent menacé dans sa dimension sacrée, voilà qu'on assiste au replis identitaire, avec tous les extrémismes qui en dérivent! Je le répète: veillons à ne pas entretenir chez nous chrétiens une mentalité puritaine et ce replis identitaire qui, à mon avis, sont l'ennemi le plus dangereux de la foi, bien plus que ne l'a été par le passé le Communisme ou que ne l'est aujourd'hui l'Islam.

Revenons au dogme de la Transsubstantiation. L'Église, par ce dogme, a voulu mettre l'accent sur la présence réelle et corporelle du Christ dans l'hostie. Du coup, dans cette recherche du sacré, on est arrivé à imposer de communier à genoux sur le banc de communion, avec un voile sur les mains pour qu'on ne touche pas le saint corps du Christ. On a même terrorisé les fidèles en leur interdisant de toucher avec les dents l'hostie, comme si on pouvait faire du mal à Jésus, ou interdisant de manger avant la communion, de peur que le corps du Christ rentre en contact avec d'autres aliments. Si cela n'est pas un exemple de dérive puritaine totalement en contradiction même avec le récit biblique de la dernière cène...?!

Et si les rites extérieurs avaient remplacé une attitude intérieure et déplacé notre intérêt de ce qui est vraiment central dans notre foi?! Par exemple, je pense à l'habitude de la génuflexion devant le tabernacle qui contient la réserve eucharistique. Je veux bien, mais à condition alors qu'on fasse la même génuflexion devant notre mari ou notre femme, ou notre voisin ou notre enfant, une fois qu'ils reviennent d'avoir été à la messe. Parce qu'une fois qu'on a communié, nous devenons à notre tour «tabernacle», exactement comme l'a été Marie en disant son oui à l'ange et en accueillant ainsi la vie divine en elle!

Je veux même aller plus loin. Je ne sais pas pour vous mais pour moi, par exemple, ce n'est pas ''naturel'' de croire que le Christ soit présent corporellement dans l'hostie. Ce n'est pas ça qui est premier pour moi dans ce dogme de la transsubstantiation. Et ce n'est pas ça qui nourrit ma foi.

Mais ce n'est pas parce que ce n'est pas naturel pour moi d'y croire que je n'y crois pas. J'ai décidé d'y croire, parce que je me dis que si Dieu a su se faire si petit et naître dans une mangeoire, et s'il a su se faire si petit pour mourir sur une croix, alors il sait se faire si petit pour venir habiter de son corps cette hostie. Mais je le répète, ce n'est pas ça qui nourrit ma foi. Pour moi, ce qui est premier dans ce dogme de la transsubstantiation ce n'est pas la présence corporelle du Christ, mais sa présence aimante. C'est ça qui nourrit ma foi: non pas me nourrir d'un corps mais me nourrir d'un cœur, communier à un amour qui, par là, veut me rendre à mon tour aimant.

C'est la même chose par rapport au dogme de l'Immaculée Conception. Ce n'est pas parce que Marie n'avait aucun penchant vers le mal, parce qu'exempte du péché originel, qu'elle était pour cela sainte. En effet il faut se dire qu'elle n'y était pour rien si elle n'avait pas ce penchant pour le mal. Du coup, où son mérite se trouve t-il en tout cela?!

Comme d'ailleurs, ce n'est pas parce qu'elle était pure dans son corps, qu'elle a été élevée au ciel. Et si le dogme de l'Assomption voulait mettre l'accent plus sur ce ciel qui est rentrée en elle, que sur elle qui rentre au ciel?!

C'est-à-dire que Marie peut devenir un modèle pour nous, dans la mesure où elle a quelque chose en commun avec nous. Sinon elle ne fait que renforcer le décalage entre nous et elle, entre sa pureté et notre condition de pécheurs. Et c'est cela que je reproche parfois à une vision trop puritaine des dogmes.

Alors, pour revenir à notre fête d'aujourd'hui, peut-être célébrer l'Assomption de Marie voudrait-il dire célébrer ce qui lui a permis d'accueillir en elle ce ciel: son oui à Dieu ?! Et ce oui a autant de valeur en sachant que dans ce oui, Marie a tout risqué: aussi bien s'attirer les médisances des autres, qu'attirer la honte sur ses parents, que perdre l'amour Joseph, voir même être lapidée!

Si elle a tout gagné, dans cette image du ciel, c'est parce qu'elle a acceptée de tout risquer!

Alors cette fête nous rejoint dans la mesure où nous aussi, dans notre vie de tous les jours, nous sommes constamment confrontés à des choix, petits ou grands. Et surtout ne méprisons pas les petit choix. N'oublions pas que ce sont parfois ces petits oui qui nous préparent aux grands oui de la vie.

Que Marie nous accompagne sur ce chemin ''vers le Ciel''. Ce ciel est bien plus proche que ce que l'on croit. Peut-être juste à quelque ''oui'' de nous!


Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin