Homélie du dimanche 28 juillet 2013 PDF Imprimer Email
Année 2013

Des parents me racontaient qu'ils se levaient à 5 heures du matin pour réciter leurs prières. Alors tout y passait, les « Notre Père », les « Je vous salue Marie », les prières à Saint Joseph... Tout cela faisait partie de la routine de début de journée. Pourtant leur exemple ne s'est pas transmis à leurs enfants. On pourrait se demander: Est-ce que toutes ces prières étaient au fond inutile? Pourquoi prier ? Quand faut-il prier ? Comment prier ? Voilà la problématique majeure que posent les disciples à Jésus dans l'évangile selon  St Luc. En effet, voir Jésus en prière et voir l'efficacité de sa prière donnait envie de prier ; et la demande que lui fait ce jour-là l'un de ses disciples, beaucoup d'autres sans doute auraient aimé la lui adresser, même vous et moi : « Apprends-nous à prier, à prier comme tu pries!» Essayons donc de comprendre le message de cet Évangile.

Tout d'abord, le texte de Luc nous signale en commençant que "Jésus était quelque part en prière" et que, "quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda" d'apprendre à prier comme lui. Arrêtons-nous un instant ici. Jésus s'est donc mis en prière "quelque part" et au bout d'un moment, "il a terminé". "Quelque part", c'est-à-dire n'importe où. Nous pouvons faire notre prière personnelle n'importe où.  C'est l'évangile de Matthieu qui le dit : "Toi, quand tu pries, entre dans ta cellule, ferme ta porte et prie ton Père qui est dans le secret". Ne cherchons donc pas des échappatoires pour justifier la rareté dans notre vie de prière personnelle. Développons la seconde et petite remarque anodine "Quand il eut terminé". Jésus ne prie pas toujours. De temps en temps, il s'arrête pour prier puis il fait autre chose. Il exerce son métier de charpentier, il parle avec ses amis... Tout ça pour dire que la vie, la vie ordinaire, dans sa banalité quotidienne, a de l'importance.  Notre prière doit nous conduire à l'action. On peut reprendre ici la parole du Pape François dans l'homélie du dimanche passé, interprétant la phrase de saint Benoit (Ora et Labora), il disait : Prie et agis. Moi, j'ajoute : agis et prie.

Ensuite, analysons un peu la demande du disciple. Tout d'abord, une remarque de vocabulaire français: on traduit très souvent ici δίδαξον ἡμᾶς par "apprends-nous", ce qui est une erreur à la fois sémantique et syntaxique. En effet, le verbe "apprendre" désigne l'action de l'élève, du disciple.  Le seul verbe correct ici est "enseigner", qui désigne l'action du maître, "j'enseigne à mes disciples comment prier". L'essentiel n'est donc pas une "technique" de prière, mais la connaissance du Dieu auquel on s'adresse. Mais il est surprenant d'entendre des Juifs pieux, qui priaient donc régulièrement, poser une telle question. C'est qu'ils devaient discerner, dans la prière de Jésus, un secret qu'ils désiraient connaître, et que Jésus révèle peut-être en introduisant la prière qu'il va leur enseigner par "Notre Père". Notre" indique que cette prière est communautaire, ou exprime le nécessaire besoin de solidarité dans la foi qui doit lier ceux qui, même seuls, prient leur Père commun et unique. Ceci est d'autant plus évident que trois demandes (nous concernant) sont formulées à la première personne du pluriel : "donne-nous, pardonne-nous, ne nous soumets pas". Ce n'est donc pas mon petit moi, qui suis au centre, c'est le nous. Si Dieu peut être appelé père, c'est que nous sommes tous frères. Et c'est ce que nous exprimons quand nous chantons le Notre Père et que nous nous donnons la main. Bien que pratiquement toutes les lignes du Notre Père se retrouvent dans des prières juives existantes déjà avant Jésus. L'originalité, la marque de Jésus est dans le mot : Père. Ou plutôt, pour être plus précis : Papa. C'est le seul cas chez les  Juifs où un croyant s'adresse à Dieu en l'appelant Papa. Jésus semble nous dire : que nous trouvons que c'est difficile de prier, il nous comprend. Nous allons chercher beaucoup trop loin ce que nous avons à dire à Dieu. Parlons-lui donc le plus simplement du monde comme un enfant parle à son père. L'enfant ne cherche pas ses mots, il ne fait pas de belles phrases, il laisse son cœur s'exprimer, et le père est ravi.  Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons expérimenter les paroles de l'Évangile qui nous invite à persévérer et à croire en Dieu car "si donc, nous dit l'Évangile, vous  qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent?"

Abbé Arnaud NGOUÉDI - Vicaire à Saint-Martin