Homélie du dimanche 16 juin 2013 PDF Imprimer Email
Année 2013

« Pèche, mais crois plus fortement encore ». Rassurez-vous cette phrase n'est pas de moi mais de Luther, mais elle  peut nous aider à comprendre l'Evangile d'aujourd'hui. En effet, dans l'Évangile, on voit un pharisien heureux de recevoir Jésus chez lui. Il se disait qu'il pourrait étudier de près le comportement de Jésus, et surtout parler avec lui de Yahvé, de Moïse, de David... Il parlerait de la loi, que tout juif se devait d'observer.

Ainsi, notre pharisien attendait beaucoup de cette rencontre. Mais, ce qu'il n'attendait pas, c'est l'arrivée d'une femme bien connue par sa présence dans les quartiers chauds de la ville. Cette arrivée, allait bouleverser  tous ses plans car la vedette de la journée ne serait pas lui-même, mais cette pécheresse indigne. On devine la tête du pharisien, quand cette femme, sans frapper pénètre chez lui, et sans tenir compte de sa présence, va se jeter aux pieds de Jésus. Le pharisien se voit obligé de penser comme ses amis pharisiens qui critiquaient Jésus. Il n'y a pas de doute : si Jésus était vraiment un prophète, il saurait, en premier lieu, que cette femme est une pècheresse. En second lieu, il ne la laisserait pas le toucher, car elle est ‘impure', selon la loi de Moïse. Or il n'applique pas la loi divine. Donc, il n'est pas l'envoyé de Dieu. Mais, Jésus par son habilité détourne ces mauvaises pensées, en inventant une petite parabole qui ne va pas manquer de piéger la réflexion du pharisien : « Un créancier avait deux débiteurs : l'un lui devait 500 pièces d'argent, l'autre 50 pièces. Comme ils étaient tous deux insolvables, il leur remit leur dette à tous deux, alors lequel des deux l'aimera davantage? » Simon répondit : « celui à qui il a remis davantage ». Et sa réponse l'invite à approuver, malgré lui, l'attitude miséricordieuse de Jésus.

On pourrait sourire puisque le pharisien est habillement confondu mais, ne sourions pas trop vite car ce récit nous concerne tous. Quel regard portons-nous sur la prostituée que nous rencontrons sur notre route ? Quel regard portons-nous sur le drogué qui vit dans notre quartier ? Quel regard portons-nous sur le pédophile que nous regardons à la télévision? Comment regardons-nous, du haut piédestal de notre vertu, les pécheurs? N'avons-nous pas rongé un peu vite certains de nos proches dans la catégorie des ‘non fréquentables' ?

Tandis qu'il fait une subtile mais vigoureuse leçon au pharisien, Jésus fait à l'inverse l'éloge de la pècheresse.  Il en parle avec un respect infini. Il la met en valeur. Il souligne tout ce qu'elle a fait de bien. Un vase de parfum, des larmes sincères de contrition, des gestes très forts d'une respectueuse affection. Comment Jésus ne serait-il pas touché et prêt à pardonner ? Comme dit le psalmiste : « d'un cœur brisé, broyé, Dieu n'a pas de mépris». Jésus ne fait pas, bien sûr, l'éloge du péché, mais l'éloge de l'amour qui est le contrepoison du péché : « Je te le dis, Simon : si ses nombreux péchés sont pardonnés, c'est à cause de son grand amour ». Ce n'est pas la grandeur du vase de parfum qui a obtenu le pardon de la pècheresse, mais l'amour contrit dont elle fait montre. Ce ne sont pas les sommes que nous allons déposer dans la quête d'aujourd'hui qui nous obtiennent le pardon de Dieu, bien que cet argent soit important pour le fonctionnement de l'Eglise, mais l'amour que nous mettons dans nos gestes, l'amour de Dieu et du prochain, l'amour de Dieu pour les Hommes. Ainsi, il aura suffi d'un regard d'amour du larron sur la croix, pour qu'une vie entière de truand soit pardonnée. « Pèche, mais crois plus fortement encore » ou « Pèche, mais aime plus fortement encore ». C'est l'amour qui fait découvrir la gravité du péché et qui ouvre donc au repentir. David l'adultère, David le meurtrier d'Uri peut alors devenir ‘le saint roi David'. Charles de Foucault, à la jeunesse tapageuse, peut devenir l'ermite du Sahara.

La conclusion de la parabole que nous avons écoutée peut se résumer en cette phrase : plus on est pardonné et plus on aime.... Tandis que le Christ, en parlant de la pécheresse, dit qu'elle a été pardonnée parce qu'elle a beaucoup aimé. Alors est-ce l'amour qui obtient le pardon ou le pardon qui fait jaillir l'amour ?  Les deux propositions sont justes et se fortifient : Aimer plus pour être pardonnés, goûter le pardon pour aimer toujours plus.

Abbé Arnaud Ngouédi - Vicaire à Saint -Martin