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Homélie du 25 décembre 2011 - Noël PDF Imprimer Email
Année 2011

Je dois vous avouer que j'ai toujours un peu de mal avec la fête de Noël.

Paradoxalement, ce n'est pas tellement la dimension commerciale de cette fête qui me dérange le plus. C'est plutôt le regard trop souvent superficiel, émotionnel et parfois immature que nous posons sur cet enfant de la crèche qui me met mal à l'aise.

Comprenons que le fait de fêter Noël ne signifie pas simplement fêter le souvenir de quelque chose qui s'est passé il y a deux milles ans. Notre présence dans cette église, ce 25 décembre 2011, nous engage tous à mettre au monde, comme Marie, encore aujourd'hui, le fils de Dieu !

Cela veut dire que, comme Dieu s'est dit un jour au monde entier par Marie dans la personne du Christ, Dieu voudrait se dire et se manifester encore aujourd'hui au monde qui nous entoure... à travers nous ! Mais ce n'est plus de Jésus Christ qu'on doit accoucher, bien sûr ; ce sont ses attitudes divines qu'on s'engage à ‘‘accoucher'' par notre présence ce matin ! Et nous saurons regarder le monde avec le regard du Christ, le jour où nous saurons faire la différence entre tout simplement regarder et... voir ! Nous saurons entendre le monde qui nous entoure avec l'ouïe du Christ, le jour où nous saurons faire la différence entre entendre et... écouter ! Nous saurons nous adresser au monde avec les mots du Christ, le jour où nous saurons faire la différence entre parler et... communiquer ! Nous saurons vivre dans le monde comme y vivait le Christ, le jour où nous saurons faire la différence entre vivre et... exister ! C'est ce jour-là que sera pour nous, et pour les personnes qui nous entourent, vraiment Noël !

Mais qu'est-ce que ça veut dire apprendre à voir, à écouter, à communiquer, à exister ? Je répondrais à cette question par une autre série de questions. Combien de fois avons-nous regardé un collègue de travail, une voisine, un frère, une amie, au fil des jours, au fil des mois, au fil des années, sans jamais vraiment le/la voir, sans jamais en voir sa beauté intérieure, sa richesse d'âme, sa valeur humaine, son épaisseur spirituelle... ?! Rappelons-nous ce que disait Antoine de Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu'avec le cœur », parce que « l'essentiel est invisible pour les yeux », c'est-à-dire à un regard trop souvent superficiel, qui effleure au lieu d'habiter.

Combien de fois avons-nous entendu ces personnes nous parler de la pluie et du beau temps, de politique, de sport, des enfants et de leurs bulletins, sans jamais vraiment aller plus loin, sans vraiment écouter leur besoin de reconnaissance, leurs appels au secours, leurs souffrances... leurs silences?!

Combien de fois attendaient-ils qu'on leur fasse confiance en leur disant qui nous sommes vraiment ; et nous nous sommes contentés de jouer un personnage devant eux, en parlant beaucoup mais sans vraiment rien communiquer, sans rien partager de nous, sans nous livrer vraiment... ?!

Combien de fois nous sommes-nous contentés de rêver notre vie, sans vraiment vivre nos rêves ?! De nous laisser vivre, d'une manière machinale et routinière, sans vraiment donner du sens à ce que nous faisions ?! De vivre à côtés des autres, en ''êtres vivants'', sans vraiment exister avec et pour les autres ''en être aimants et signifiants''... (‘‘exister'' au sens étymologique et philosophique, c'est-à-dire sortir d'une certaine torpeur, venir à la vie, quitter l'équilibre pour rentrer dans un nouveau dynamisme...) ?!

Le jour où nous serons répondre à ces questions, c'est alors que nous saurons que désormais il y a une vie divine en nous qui s'éveille et qui veut naître ! Voilà ce que signifie engendrer le Christ en nous. Sans cette prise de conscience, nous risquons de vivre à chaque Noël des ‘‘grossesses nerveuses'', porteuse de rien de vraiment vivant.

L'image de la grossesse nerveuse me fait penser un instant à l'histoire de cette jeune sainte qui un jour demande au Christ de pouvoir contempler le Paradis. Le Seigneur lui a répondu qu'il ne pouvait pas lui montrer réellement le Paradis ; mais ce qu'il pouvait faire c'était lui montrer une image de ce qu'était le Paradis. Et voilà que devant la jeune sainte sont apparues des centaines de bouteilles, voir des milliers. Elles étaient toutes différentes. Ils y en avaient des toutes grandes et à côté des toutes petites, des colorés et des transparentes, des bouteilles avec des formes merveilleuses et d'autres toutes simples... A un moment donné, la jeune devint toute triste. Le Seigneur lui demanda : « Qu'est-ce qui t'arrive ? Pourquoi es-tu toute triste ? ». Elle lui répondit : « Seigneur, je croyais que tu étais un Dieu juste et aimant. Au contraire, ici je vois que tu fais des différences entre les personnes : d'un côté il y a de grandes bouteilles et juste à côté... des petites ; des bouteilles colorés et d'autres tout simplement... transparentes ; des bouteilles de milles formes et d'autres toutes... simples. Je ne comprends pas ». Et le Seigneur lui dit : « Ne t'arrêtes pas à l'apparence, regarde mieux. Tu verras que c'est vrai qu'elles sont toutes différentes. Mais elles ont toutes une chose en commun ». Elle regarda mieux et qu'est-ce qu'elle vit ? Que c'était vrai, en effet, qu'elles étaient toutes différentes. Mais ce qu'elles avaient en commun c'est que, indépendamment de leur forme, de leur taille ou de leur couleur, elles étaient toutes... pleines ! Voilà pourquoi la petite ne pouvait pas être jalouse de la grande ; parce que en tous cas elle ne pouvait pas contenir plus de ce qu'elle ne contenait déjà !

Alors, peut importe notre taille, notre forme ou la couleur de notre peau. Ce qui compte vraiment et qui peut faire de nous des hommes et des femmes épanouis, goûtant à cette joie de Noël, c'est d'être plein d'amour, ‘‘comblés'' de Dieu.

Célébrer Noël alors n'aura tout son sens, pour nous, que quand nous serons prêts à engendrer le Christ: regarder le monde avec le regard du Christ, l'entendre avec l'ouïe du Christ, lui adresser les mots du Christ, vivre dans le monde comme y vivrait le Christ. Je nous souhaite à tous, en ce Noël 2011, de rester ‘‘enceinte'' de Dieu.

Que Marie nous aide à découvrir pleinement le vrai sens de Noël. Joyeux Noël à tous

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin