La Fête de Sainte Faustine avec la Conférence sur la Miséricorde Divine et la Miséricorde à travers la libération

VENDREDI 5 ET SAMEDI 6 OCTOBRE 2018

CONFÉRENCE GUIDÉE PAR LE PÈRE PAUL MARIE DE MAUROY,

Père Paul Marie de Mauroyest frère de la Communauté StJean, philosophe et théologien,ayant exercé diverses responsabilités dans l'Eglise (surtout de prédication). Il est actuellement exorciste des Diocèses de Modène (Italie) et de Beauvais(France).

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Homélie du dimanche 6 novembre 2011 PDF Imprimer Email
Année 2011

1ère lecture : du livre de la Sagesse (6,12-16)
2ème lecture : de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (4,13-18)
Evangile : selon saint Matthieu (25,1-13)

« Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas » Mt.25,13

Je dois vous avouer que la première fois que j'ai entendu ce texte, je suis resté choqué de la violence de ces mots. Comment imaginer le Christ rester de l'autre côté de la porte, insensible aux cris de ces vierges ?

Si aujourd'hui je peux entendre autrement ces mots, sans prêter au Christ des propos qui ne sont sûrement pas les siens, c'est grâce à l'expérience que j'ai faite en prison. Parfois, voyez-vous, on me demande combien de détenus il y a dans la prison d'Arlon. Je devrais répondre autour de 140. Mais en réalité, je sais clairement que les ‘‘prisonniers'' qui sont à l'intérieur de la prison sont bien moins nombreux que ceux qui sont à l'extérieur ! En effet, pour chaque personne qui est en prison de l'autre côté des barreaux, combien plus nombreux sont ceux qui, en tant que famille et amis, sont de ce côté de ces mêmes barreaux ?!

Et s'il est déjà assez dur d'assumer la conséquence de ses propres actes, combien il est plus dur encore d'assumer la conséquence des actes d'autrui. La famille, les amis et les collègues de ces détenus n'ont rien demandé, eux, mais voilà que cette distance, cette séparation, cette absence, leur est imposée à eux aussi! C'est toute une famille qu'on met en prison lorsqu'on arrête quelqu'un. C'est toute une famille qu'on condamne lorsqu'on condamne un de ses membres.

C'est comme cela que j'entends l'évangile de ce dimanche : d'un côté, il y a ces vierges ‘‘insensées'', qui se plaignent, peut-être pas encore vraiment conscientes de ce qui leur arrive ; de l'autre, il y a le Christ que je veux croire déchiré, en larme, parce qu'il se rend à l'évidence de cette distance.

N'entendons pas alors ce « Je ne vous connais pas » comme un reniement de sa part. C'est justement l'inverse. C'est plutôt un cri de désarroi de la part du Christ face à une sorte de trahison subie : « Je croyais te connaître ! Je croyais que nous étions proches, tandis que je réalise la distance qu'il y a entre nous ; je réalise la distance que tu mets entre nous, par tes choix ! ». Et ce « Je ne vous connais pas » est encore plus fort dans la mesure où nous savons que dans la tradition juive ‘‘connaître quelqu'un'' est plus de l'ordre de l'intimité conjugale que simplement une question d'amitié. « Connaître », dans la bible, sous-entend vivre un engagement, une relation amoureuse.

Aujourd'hui, à travers cette parabole des dix vierges, le Christ nous demande, quelque part : « Me connais-tu vraiment ? Es-tu vraiment habité par cet amour à mon égard, autant que, moi, je le suis à ton égard ? Et cet amour, est-il une flamme assez puissante, capable de t'arracher à ta nuit, à ta solitude? ». Si nous sommes vraiment honnêtes envers nous-mêmes, peut-être que nous nous rendons compte de l'enfer, de la prison à laquelle nous condamnons le Christ, en lui imposant cette distance !

Mais peut-être que seuls ceux qui ont déjà expérimenté, au moins une fois dans leur vie, un amour intense mais ‘‘à sens unique'', peuvent vraiment comprendre l'ampleur de cette souffrance du Christ. Dans une relation en effet, et à plus forte raison dans une relation de couple, celui des deux qui risque de souffrir le plus, c'est toujours celui qui se donne le plus. Pour ne pas souffrir, du coup, nous pouvons choisir de ne pas nous donner, ne pas aimer; mais est-ce que c'est vraiment la meilleure solution ?! Le Christ nous propose autre chose ce dimanche, si vous voulez.

Si nous réalisons ce matin que la flamme de nos lampes, c'est-à-dire l'amour que nous mettons dans nos relations (que ça soit en famille, dans le travail ou en amitié) et qui éclaire et réchauffe notre vie, est là, mais de plus en plus faible ; si nous réalisons qu'elle a de moins en moins la force de nous arracher à notre sommeil, à notre solitude, à tout ce qui nous renferme sur nous-mêmes, il est peut-être temps de faire des réserves d'huile avant qu'il ne soit trop tard, avant que la nuit ne tombe vraiment sur nous dans toute son obscurité. Rappelons-nous l'homélie d'il y a deux semaines sur les trois stades de l'amour: remplaçons l'image du verre qui ‘‘déborde d'eau'' avec celle de la lampe qui a de ‘‘l'huile en réserve''. Nous comprendrons alors que nous sommes ces vierges insensées chaque fois que nous nous contentons d'aimer juste avec notre propre cœur ; tandis que nous sommes les vierges prévoyantes lorsque nous nous laissons aimer par Dieu à tel point d'avoir de l'huile en réserve, jusqu'à déborder. C'est à ce moment-là que nous pourrons aimer autour de nous avec le cœur de Dieu. Et cette intimité avec le Christ, cette huile qui nous permettra de briller d'amour, nous pouvons la puiser largement par exemple dans les sacrements, dans la parole de Dieu, dans la prière... en toutes ses formes !

Ne soyons pas insensés, alors. Cette parabole nous montre tout le sérieux de la vie humaine et tous les enjeux qu'il y a derrière. Pourquoi attendre d'aller mal pour décider d'aller mieux ?! Pourquoi attendre d'avoir notre lampe vide avant de prendre le temps de la remplir et d'avoir de l'huile en réserve ?! Que la phrase de François Mauriac nous encourage dans cette démarche : "Le jour où vous ne brûlerez plus d'amour, beaucoup autour de vous mourront de froid" !

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin