Des nouvelles du projet  de solidarité avec Lokolama au Congo

C'est en 2007, à l'occasion du centenaire du début de la construction de notre église Saint-Martin, qu'est né, à l'instigation de notre Doyen Jean-Marie JADOT, le projet de solidarité "PARTENARIAT IBANGA" dont l'objectif était de construire un Centre de Santé à Lokolama. Lokolama se trouve en pleine forêt tropicale de la République démocratique du Congo, dans l'actuelle province de Mai-Ndombe, province dont le chef-lieu est Inongo sur le lac Léopold II.

Lire la suite...
Homélie du dimanche 23 octobre 2011 PDF Imprimer Email
Année 2011

1ère lecture : du livre de l'Exode (22,20-26)
2ème lecture : de la première lettre  de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1,5c-10)

Evangile : selon saint Matthieu (22,34-40)

Aujourd'hui, c'est à vous les jeunes en préparation à la Profession de Foi et à la Confirmation, que je m'adresse. L'évangile de ce matin nous parlait de l'amour. Et c'est l'amour qui doit rester le critère centrale de notre ‘‘Credo'' à chacun. Guy Gilbert, le prêtre des loubards, un jour à dit: « Ma religion c'est l'amour ». Il en a même fait le titre d'un de ses bouquins. Je partage totalement son point de vue. Mais l'amour ça s'apprend. Et qui mieux que Dieu peut nous apprendre à nous épanouir dans l'amour, lui qui nous a crée par amour et pour aimer ?!

C'est pourquoi, au début de cette nouvelle année de catéchisme qui démarre, j'ai envie de voir avec vous l'importance de mettre Dieu à la première place dans notre vie.

Pour cela je vais utiliser l'image du verre d'eau. Si nous imaginons le cœur de l'homme comme un verre, en effet, la première expérience que l'homme fait venant au monde, c'est celle de se retrouver avec un verre pratiquement vide, qui dépend des autres pour être rempli ; il suffit de penser à un bébé : le bébé n'a rien à offrir, si vous voulez, (il ne travaille pas, il ne gagne pas d'argent) mais dès qu'il pleure, voilà que tout le monde accourt autour de lui, qui pour lui changer sa couche, qui pour lui donner le biberon, qui pour lui faire des grimaces. Il suffit qu'il pleure un coup et tout le monde est à ses pieds. Quel bonheur pour lui ! A ce stade de l'amour tout est magnifique tant que l'enfant est assuré que les autres sont là pour remplir son verre. Mais si l'enfant reste uniquement à ce premier stade de l'amour, sans avancer, dès qu'il ne se sentira pas bien, dès qu'il ne sera pas bien dans sa peau, ou qu'il se sentira malheureux, alors la première réaction qu'il aura pourra être celle d'en vouloir aux personnes qui sont sensées remplir son verre ; pourquoi ? Parce qu'il se dira en lui-même que si son bonheur dépend du fait que les autres l'aiment, alors s'il est malheureux c'est parce que les autres ne l'aiment pas assez ou ne l'aiment pas comme il devrait être aimé. Donc, s'il reste à ce premier stade il risque tôt ou tard d'en vouloir aux personnes qui l'entourent, et plus particulièrement à ses parents. Mais ce n'est pas fini : du moment que malgré tout l'enfant aime ses parents et qu'il dépend d'eux il essayera de les justifier en prenant la faute sur lui : par exemple, il se dira que c'est normal que ses parents ou ses compagnons d'école ne l'aiment pas parce qu'il est moche ou qu'il n'est pas assez intelligent, ou parce qu'il n'est pas assez marrant, ou parce qu'il est maladroit et qu'il casse tout ce qu'il touche, etc. Voilà qu'alors il se culpabilisera lui-même de ne pas être à la hauteur de mériter l'amour des autres, et il s'en voudra terriblement, jusqu'à se mépriser ; deuxième division : envers soi-même.

Mais si l'enfant va plus loin dans son raisonnement, tôt ou tard une question s'imposera à lui : qui est-ce qui est responsable, après tout, de son caractère, de son physique, du fait d'être né dans un pays plutôt que dans un autre, etc.? Et voilà qu'une troisième division s'opère, celle entre l'enfant et Dieu. Dieu aurait pu changer les choses et lui éviter tant de souffrances et il ne l'a pas fait ! Ce premier stade de l'amour, je l'appelle « l'amour enfantin », mais ce n'est pas pour cela qu'il est propre uniquement à l'enfant : nous pouvons avoir 30, 50 voir 70 ans et être encore totalement embourbé dans ce premier stade, comme d'ailleurs nous pouvons être encore très jeune et avoir déjà dépassé ce stade depuis longtemps. Je remarque toujours plus autour de moi, malheureusement, que la maturité physique ne correspond pas forcement à une maturité du cœur....

A ce moment-là cette souffrance, comme elle peut nous replier encore plus sur nous-mêmes elle peut aussi nous aider à passer au deuxième stade de l'amour, l'amour adulte, « l'amour humain ». Ce deuxième stade est le stade ou j'accepte que peut-être mon bonheur ne dépend pas uniquement du fait que les autres remplissent mon verre, à sens unique, mais que mon bonheur est aussi lié à ma capacité de remplir le verre des autres. Suite à cette découverte je peux finalement commencer à arrêter de chercher uniquement à être aimé par les autres pour commencer moi-même à aimer à mon tour. Et voilà qu'on croit avoir trouvé enfin la formule magique. J'ai enfin compris que mon bonheur passe par le fait d'aimer et de remplir le verre des autres et voilà alors que je commence à donner de mon amour à mon conjoint et à mes enfants, de mon affection à mes amis, de mon temps à mes collègues de travail, de mon argent pour les associations caritatives, etc. Tout se passe bien jusqu'au moment où je me rends compte que mon verre commence tout doucement à se... vider. C'est à ce moment là que, pour apaiser ce sentiment de profonde frustration, je commencerai à faire du chantage affectif : « D'accord que je te donne de mon temps, de mon amour, de mon argent, de mon écoute, de mon affection, ...mais toi ? Qu'est-ce que tu me donnes ? ». Combien de fois, quand nous étions fiancés par exemple, nous nous sommes retrouvé à dire à l'autre : « Moi je te mets à la première place dans ma vie, et toi à quelle place tu me mets dans la tienne ? D'abord il y a les copains, après il y a les matchs de foot, la moto, le film à la télé, la sieste dans le fauteuil ; même la promenade avec le chien passe avant moi ! ...Et moi dans tout cela ? ». Et du moment que nous ne pouvons pas supporter de voir notre verre vide, vidé par les autres, alors nous commencerons à donner un prix à nos sentiments, à mettre notre amour pour l'autre sur une balance : « Je te donnes si tu me donnes ! ».

Comment sortir de ce sentiment de frustration et de ce piège du chantage affectif ? Nous avons deux possibilités : où retourner au premier stade, en nous disant que ça fait moins mal de prendre plutôt que de donner, où sinon nous ouvrir au troisième stade de l'amour, celui de l'amour gratuit, inconditionnel : « l'amour divin ». Qu'est-ce que c'est ce stade ? C'est le stade ou je reconnais que vraiment mon bonheur dépend de ma capacité d'aimer, de me donner aux autres, de remplir leur verre, mais tout le secret c'est de puiser cet amour non pas dans notre petit verre, en subissant ce sentiment de frustration, mais directement à la source de l'amour, et cette source intarissable c'est Dieu. Pour vivre les deux premiers stades de l'amour nous n'avions pas besoin d'avoir la foi ; tout homme en effet porte en lui cette intuition que son bonheur passe par le fait de se laisser aimer, d'une part, et d'aimer à son tour, d'autre. Mais maintenant la foi prend tout son sens. Si nous gardons à l'esprit l'image du verre d'eau, alors nous pouvons imaginer Dieu comme cette source d'eau vive qui vient se déverser sur nous, jusqu'à faire déborder notre verre. Voilà tout le secret du bonheur : aimer les autres oui, mais non pas avec notre propre amour tout simplement humain, limité, mais aimer les autres avec tout cet amour qui déborde d'une rencontre personnelle avec ce Dieu qui se dit totalement amoureux de moi. Et si nous portons en nous l'amour de Dieu, nous n'avons plus rien à défendre parce que quand l'autre viendra prendre de notre amour, de notre affection, de notre temps, de notre argent, etc., il ne videra pas notre verre en produisant en nous un sentiment de frustration, mais il prendra uniquement ce qui déborde laissant notre verre plein !

Vous comprenez alors, que si nous mettons Dieu au cœur de notre vie, notre vie restera probablement la même, mais ce qui changera totalement sera notre relation aux autres: nous pourrons enfin connaître ce que c'est que d'aimer « gratuitement », d'une manière libre et inconditionnelle. Je reste persuadé, en effet, que nous ne pouvons pas devenir vraiment et pleinement ‘‘humains'' qu'en laissant le ‘‘divin'' jaillir en nous. Alors, je vous souhaite à tous une année de catéchisme riche et... débordante !

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin