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Montage et répétitions ... Quelques images du montage du podium et des répétitions de l'Ecole de danse Aurélie Thill d'Arlon ainsi que Vincent Hubert aux grandes orgues de St-Martin

Spectacle du vendredi 23 mars 2018 -  8 min. Plus de 70 artistes en fête pour célébrer les 10 ans du réseau Eglises Ouvertes à l'église Saint-Martin d'Arlon, les 23 et 24 mars 2018 ! "En Chemin", un spectacle à la fois intime et grandiose, qui rassemble musiciens, danseurs, solistes, acrobates, choristes et pèlerins, d'Arlon et d'ailleurs. Une belle aventure partagée, en l'honneur d'une église particulièrement vivante ! Direction artistique : Sacred Places

Homélie du dimanche 25 septembre 2011 PDF Imprimer Email
Année 2011

1ère lecture : du livre d'Ézékiel (18,25-28)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (1-2,1-11)
Evangile : selon saint Matthieu (21,28-32)

Des grands prêtres, des scribes, des pharisiens. C'est toute la crème de l'Institution religieuse juive qui est réunie là, dans le Temple de Jérusalem, autour de Jésus. Les gens l'acclament. Ils voient en cet homme une promesse, un signe d'espérance. Eux, par contre, n'y voit qu'une menace.

Surprenant, n'est-ce pas ?! Et pourtant n'étaient-ce pas eux qui au fil des siècles avaient mis en place et développé cette gigantesque machine institutionnelle, avec tous ses rites et ses préceptes, pour préparer soi-disant la venue du messie de Dieu ?! Et au final, ce sont eux, les premiers, qui n'ont pas su reconnaître en Jésus ce messie tant attendu.

Mais, au fond... ‘‘attendu'' par qui ?! Est-ce qu'ils attendaient vraiment le messie ?! Est-ce qu'ils n'avaient pas plutôt plus à perdre qu'à gagner de sa venue ?! Perdre du pouvoir, bien entendu ! Tandis que, si le petit peuple, avec ses publicains et ses prostitués, a pu le reconnaitre et l'accueillir, c'est parce qu'ils n'avaient rien à perdre, rien à défendre, eux !

Nous comprenons mieux alors pourquoi le Christ interpelle tellement vivement, dans ces personnes que sont les grands prêtres, les scribes et les pharisiens, tout pouvoir religieux institutionnel. Et cela que ce soit il y a 2000 ans ou encore aujourd'hui. Le Christ n'est venu porter que de l'amour. Et l'amour est de l'ordre du service aux autres. Tandis que le pouvoir est justement son contraire : il ne se construit qu'en se servant lui-même. C'est-à-dire que quand on est inspiré par une logique d'amour, on se donne ; quand on est enfermé dans un système de pouvoir, on se protège, ...même de l'amour !

Alors, la question qui s'impose à nous aujourd'hui, en tant qu'institution religieuse, c'est de savoir quel lien nous entretenons avec le pouvoir. Est-ce que nous savons échapper à la tentation de vouloir contrôler les autres, de vouloir manipuler les consciences, de culpabiliser, de ne défendre que nos intérêts, de nourrir un culte de notre propre personne, d'éviter toute remise en question... ? Est-ce que nous savons faire réellement du pouvoir un lieu de service ? Parce que, entendons-nous bien, ce n'est pas les publicains et les prostitués que le Christ vise dans l'évangile de ce matin quand il parle de l'enfant qui, tout en disant ‘‘oui, oui'' au père, ne fait au final que sa propre volonté, et pas celle du père. C'est bien à l'institution religieuse qu'il s'adresse. Et dimanche prochain, il ira encore plus loin en désignant ‘‘vignerons homicides'', précisément les grands prêtres, les scribes et les pharisiens.

Si Jésus Christ a fait preuve d'amour à leur égard, en les remettant en question sur une situation d'abus de pouvoir, pourquoi ne serait-ce pas de l'amour de notre part que d'interpeller notre Eglise sur d'éventuels abus ou d'éventuelles incohérences par rapport au message dont elle est porteuse ?!

Il n'y a même pas 50 ans, par exemple, avant le Concile, l'Eglise interdisait de célébrer une messe de funérailles pour une personne qui s'était suicidée. Il y a toujours moins de 50 ans, il était encore impensable d'imaginer de voir un catholique avoir le droit de se marier à l'église avec quelqu'un de non-baptisé. Depuis, l'Eglise a évoluée sur ces points, et sur bien d'autres, qu'à l'époque on n'aurait jamais cru possible de remettre en question.

Mais entre temps, combien de personnes ont été pointées du doigt, avant que leur ‘‘innocence'' soit reconnue ?! Combien de familles, en plus de la souffrance de perdre un être cher, se sont vu ajouter à cette souffrance, et la honte de voir refuser une sépulture chrétienne pour leur défunt mais aussi le désespoir qu'il reçoive le pardon de Dieu?! Combien d'amoureux n'ont pas pu vivre l'amour, ou le vivre soi-disant sans la bénédiction de Dieu, du fait que l'un des deux n'était pas baptisé ?!

Combien d'autres personnes nous autoriserons-nous encore à pointer du doigt en toute impunité et en plus avec la bénédiction de l'Institution ?! Et jusqu'à quand ?! Jusqu'au prochain Concile ?! Mais à ce moment-là, pour toutes ces personnes, il sera peut-être déjà trop tard !

Imaginez un instant, dans votre entourage cette personne que vous connaissez, peut-être bien votre frère, peut-être votre voisine, un collègue de travail ou encore votre nièce..., dont le mariage était valide mais qui à un moment donné a été quitté par son conjoint. Non seulement cette personne, du fait d'avoir été refusée par son conjoint, portera en elle une profonde blessure d'abandon ; mais en plus, si elle a le ‘‘malheur'' de ré-ouvrir son cœur à l'amour, elle se verra interdire et la communion eucharistique et le sacrement du pardon. Par contre, si cette personne décide de tuer son conjoint et de ne se remarier que par la suite, là alors il n'y a absolument aucun problème à ce qu'elle reçoive le pardon des péchés et qu'elle continue à communier autant qu'elle le souhaite ! (Bon, que cet exemple ne vous donne pas de mauvaises idées... !)

Croyez-vous que c'est une caricature ce que je viens de vous dire ? En tant qu'aumônier de prison, je vous parle là de situations bien réelles, croyez-moi. Alors, je me dis que si notre bonne théologie arrive à justifier de tels cas, je crois qu'il est urgent que le Christ revienne rapidement mettre de l'ordre. Qu'il nous apprenne, une bonne fois pour toutes, à faire la différence entre la religion et la foi, entre la théologie et la révélation. Rappelons-nous, en effet, que la théologie n'est que parole d'homme, ...balbutiement sur Dieu ; seule la révélation est parole de Dieu sur lui-même et sur l'homme!

Mais pourquoi ne pas questionner la vision théologique actuelle aussi sur d'autres thèmes ?!

Est-ce que, par exemple, les méthodes naturelles de régulation des naissances n'entretiennent pas, chez grand nombre de croyants, outre beaucoup de stress et d'angoisses, une mentalité aussi ‘‘contraceptive'' que les autres méthodes ?! Et si la paternité et la maternité responsable étaient plutôt d'un autre ordre ?!

Ensuite, comment rester encore crédible en parlant de la gratuité de l'amour de Dieu, si après les Conférences Episcopales de chaque pays imposent des ‘‘tarifs'' pour qu'une messe puisse être célébrée à l'intention d'un défunt ?! Et si les pauvres avaient autant le droit que les riches qu'on prie pour leurs morts ?!

Et par rapport à la question du célibat des prêtres, qui a été initialement suggéré par l'Eglise catholique à ceux qui le souhaitaient et seulement par la suite imposé à tous indistinctement, est-ce que le mariage des prêtres serait vraiment en contradiction avec la vocation de tout homme à aimer Dieu et son prochain ?! Est-ce que nous sommes vraiment certains que des couples mariés aimeraient Dieu moins profondément et d'une manière moins féconde que des personnes qui choisiraient le célibat ?!

Rappelons-nous alors que le Christ n'a pas hésité un seul instant à interpeller très sérieusement, par amour, l'Institution religieuse de son temps. Entre autre, sur une vision trop rigide et enfermante du repos du sabbat ; mais aussi sur une vision inhumaine de la lapidation en cas d'adultère ou encore sur l'exclusion à tous niveaux de personnes jugés ‘‘impures'', telles que les lépreux par exemple... Il a été jusqu'à affirmer que les publicains et les prostitués précéderont les grands prêtres, les scribes et les pharisiens au Royaume des cieux ! Et pourtant, il n'est écrit nulle part que ces publicains et ces prostitués, convertis par l'annonce de Jean le baptiste, ont repris une vie religieuse exemplaire, en allant à la synagogue toutes les semaines ou en se pliant à tous les 613 préceptes imposés par les théologiens de l'époque.

Si ces hommes et ces femmes, blessés par leur péché et enfermés par le regard culpabilisant de leur religion, ont une place toute privilégiée dans le cœur de Dieu, je crois que c'est parce qu'ils ne se sont pas contentés de chercher leur propre justification dans une pratique religieuse, parfois désincarnée. Cette justification, ils l'ont trouvée et enracinée directement dans l'amour, envers Dieu et envers leur prochain.

Est-ce qu'on peut dire la même chose de nous ? Est-ce que notre pratique religieuse nous rend plus aimants ? Ou est-ce que nous nous cachons derrière le respect de la règle pour mieux s'autoriser à juger et à condamner tous ceux qui sont en dehors de cette règle ? Si c'est le cas, je nous souhaite alors à tous, de ne jamais nous retrouver en dehors de la règle, parce que je ne sais pas si nous arriverions à survivre à notre propre jugement vis-à-vis de nous-mêmes.

Que ce soit l'amour, vrai et responsable, le critère ultime de la règle ; non pas l'inverse. La règle protège et sécurise ; mais seul l'amour libère et fait grandir !

Alors méfions-nous de juger trop rapidement, avec les lunettes de notre pratique religieuse d'ici et de maintenant, la vie de foi de tant de personnes que nous côtoyons chaque jour. Ne prenons pas le risque de leur fermer trop rapidement des portes sur le nez, par notre théologie, là où le Christ est venu leur en ouvrir, par son sang !

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin