Homélie du dimanche 18 septembre 2011 PDF Imprimer Email
Année 2011

1ère lecture : du livre d'Isaïe (55,6-9)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (1,20c-24.27a)
Evangile : selon saint Matthieu (20,1-16a)

Une jeune professeure de religion, pleine d'enthousiasme, qui vient d'être engagée dans une école secondaire de notre ville me confiait avant-hier ses premières impressions ! A peine avait-elle prononcé le nom de Jésus, qu'un élève l'a interrompu en lui disant : "Dieu, Jésus, l'Evangile..., madame cela ne sert à rien !"... De fait, à première vue, les jeunes de sa génération sont sans doute nombreux à l'approuver ! Et Dieu sait, si aujourd'hui, on fait tout pour enfoncer le clou ! A une époque si obsédée par la satisfaction immédiate, la rentabilité et la consommation,... dites-moi, à quoi ça sert Dieu ?...

La parabole entendue ce dimanche est un peu comme une provocation ! Les critères du maître du domaine - comprenons les critères de Dieu - pour rémunérer ses ouvrier en font rugir certains : pensez donc, rémunérer de la même façon ceux qui ont travaillé deux heures et ceux qui ont bossé toute la journée ! Il y a deux mille ans, on ne pouvait même pas aller se plaindre au syndicat !

Le Dieu de l'Evangile est déroutant, vous en conviendrez ! Dans notre tête, "tout travail mérite salaire" et "à travail égal salaire égal". Pour Dieu, il y a encore une valeur supérieure à l'équité : c'est l'amour de chaque être humain, même du marginal, de l'handicapé, du plus fragile... de celui qui n'est pas rentable... c'est un amour miséricordieux et gratuit. "Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?"

Frères et sœurs, mes amis, nous avons encore tous à apprendre et à transmettre à la jeune génération la mesure de cette démesure divine ! C'est par une illusion d'optique qu'il nous semble que les travailleurs les plus matinaux sont les dindons de la farce. Tout est une question d'échelle. A l'approche du divin et de l'infini, nos logiques d'apothicaires s'affolent. Il est ridicule et mesquin de spéculer sur les heures de service quand on reçoit en retour une éternité de bonheur. La disproportion rend grotesques nos calculs.

L'amour n'a pas de prix. Il n'y a pas besoin d'être rétribué. Il est lui-même son propre salaire. Se savoir aimé de Dieu et des autres, et croire que ce sera là notre bonheur éternel, non, vraiment, cela n'a pas de prix !

Ne faut-il pas voir dans cette parabole déroutante un vibrant plaidoyer divin pour la gratuité et le bénévolat ? Dieu nous parle d'abord de son cœur. Ce Dieu, fou d'amour gratuit sort de chez lui à toutes les heures du jour pour embaucher des ouvriers qui acceptent eux aussi de témoigner de cet amour gratuit, prêts à faire coexister justice et gratuité, vérité et miséricorde.

En vous parlant en ce moment, je ne puis m'empêcher de penser à ce que j'ai encore eu la joie de vivre à Lourdes, ces derniers jours, avec plusieurs parmi vous lors du pèlerinage diocésain. Le plus beau miracle de Lourdes, c'est la première place faite aux malades et aux handicapés et tous les bénévoles qui sont à leur service ! C'est le miracle de l'amour qui doit de plus en plus questionner notre société !

Dans la vie de nos communautés chrétiennes, tous les bénévoles jeunes et adultes qui donnent un peu - beaucoup ! - de leur temps et d'eux-mêmes pour servir les autres et mettre l'évangile en œuvre ne sont-ils pas les témoins et les ouvriers merveilleux de la vigne du Seigneur !

Encore une fois, merci à vous tous les bénévoles du Royaume de renverser l'ordre des valeurs du monde et de dire, par votre vie, la beauté de l'amour gratuit ! Merci de témoigner de "la différence" de notre Dieu !

Abbé Jean-Marie JADOT - Doyen de Saint-Martin