Connaissez-vous la newsletter bimensuelle du diocèse : elle contient des informations sous forme d'un éditorial, de reportages et d'un agenda ?
Pour  vous y inscrire, il suffit des surfer sur  http://www.diocesedenamur.be et de cliquer dans le menu de gauche sur « Newsletter : inscription ».

Homélie du dimanche 19 juin 2011 - Dimanche de la Trinité PDF Imprimer Email
Année 2011

1ère lecture : du livre de l'Exode (34,4b-6.8-9)
2ème lecture : de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (13,11-13)
Evangile : selon saint Jean (3,16-18)

L'autre jour encore, je feuilletais un livre qui est toujours sur ma table de chevet, et cela depuis déjà une bonne dizaine d'années. Il s'agit d'un livre d'un théologien français : François Varillon. Ce livre représente beaucoup pour moi. Je peux affirmer, sans l'ombre d'un doute, que c'est un des livres qui a marqué le plus ma façon de vivre ma foi au quotidien. Ne fut-ce que par son titre qui résume déjà très clairement tout mon parcours spirituel : « Joie de croire, joie de vivre ».

Dans mon cas, en effet, c'est avant tout la rencontre avec le Christ vivant qui m'a arraché dans ma jeunesse, à ma tristesse et à mes enfermements, pour faire de moi un passionné de la vie ! La joie depuis, est un élément indissociable de ma foi. Je dirai même qu'elle en est le rayonnement. Je ne peux pas concevoir, en effet, une foi qui ne soit pas joyeuse ; et cela, au-delà même des épreuves et des souffrances de la vie.

C'est pourquoi, ce matin, à l'occasion de cette fête de la Sainte Trinité, je voudrais interroger notre manière de croire. Est-ce que notre foi en Dieu fait de nous des hommes et des femmes plus heureux, dans notre vie de tous les jours ?! Parce que sinon il est urgent de remettre très sérieusement en question notre ‘‘foi'' !

Je pense aussi à toute l'influence que la théologie a eu, et qu'elle continue d'avoir sur notre manière de penser et de vivre notre foi. Il faut se dire que la ‘‘théologie'' ne trouve sa raison d'être que dans le fait d'être une réflexion sur Dieu, et donc sur l'homme crée à l'image de Dieu, à partir de ce que Dieu a révélé de lui-même. Tout le problème est né quand la théologie a choisi de parler de Dieu à partir de ce qu'est l'homme, plutôt que de parler de l'homme à partir de ce qu'est Dieu. La mission de la théologie, en effet, est d'élever la dignité de l'homme à la taille de Dieu, et non pas de rabaisser Dieu à la taille humaine, en lui prêtant des intentions qui sont les nôtres et pas les siennes.

Je pense là, à toute une théologie parfois mesquine et culpabilisante qui a marqué des générations et des générations d'hommes et de femmes avant le Concile Vatican II. A travers une éducation soi-disant chrétienne, cette théologie a déteint aussi sur beaucoup d'entre nous, qui sommes les enfants du Concile. Cette théologie nous a présenté un Dieu d'abord ‘‘Tout-puissant'' ; cette toute-puissance pesait sur la tête de l'homme d'une manière autoritariste et écrasante. Et pour garder un certain contrôle sur l'homme, Dieu a imposé à l'homme un code à suivre : les Dix Commandements. Tout homme qui transgresse cette Loi Divine est pécheur. Et si nous péchons beaucoup, ou si nous mourons en état de péché mortel, Dieu va nous envoyer en l'Enfer, ...n'est-ce pas ?!

Et bien, je trouve que cette théologie n'a pas grand chose de chrétien. Elle a fondé la foi de milliers de personnes sur la peur et non sur l'amour, sur le contrôle et non sur la responsabilisation, sur l'intimidation et non sur l'encouragement et la confiance ! C'est pourquoi il ne faut pas avoir peur d'évangéliser la théologie.

Le Dieu que j'ai rencontré moi, à travers l'Eglise de l'après-Concile, n'est pas un Dieu simplement ‘‘tout-puissant'' ; il est avant tout un Dieu ‘‘tout-puissant d'amour''. Ce qui, bien souvent, fait de lui un Dieu tout-impuissant ! Car Dieu a choisi l'amour au pouvoir, le respect au contrôle, le risque d'être refusé à la tentation de s'imposer... C'est dans ce sens que l'amour rend Dieu, tout comme l'homme, ‘‘tout-impuissant'' : parce que l'amour, par définition, nous rend vulnérables. Et, heureusement, ça ne pourrait pas être autrement !

Et les Dix Commandements ne sont que l'expression de cet amour. En effet, c'est nous qui les avons appelés ‘‘commandements'', dans notre mentalité juridique et légaliste ; tandis qu'au départ, il s'agissait du « Décalogue », c'est-à-dire des « dix paroles ». La Bible en parle en terme de ‘‘dix paroles de vie'', et elle met dans la bouche de Dieu : « Je mets devant toi la vie et la mort. Mais choisis la vie ! » (Dt.30,19). Donc, les fameux ‘‘Dix Commandements'' ne sont qu'une indication pour que nous trouvions notre chemin de vie !

Voilà pourquoi, le péché n'est pas en premier lieu une transgression à la loi de Dieu, mais une situation qui nous met en port-à-faux face à notre chemin de vie. Si nous tenons en compte que Dieu nous a crée à son image et à sa ressemblance, comme nous le dit le livre de la Genèse au premier chapitre, et si ce qui définit Dieu, c'est justement sa nature communautaire, trinitaire, alors nous pouvons dire que notre chemin de vie, c'est l'amour, la communion. Nous sommes des êtres de relation, intimement fait pour aimer, pour rentrer en communion.

Mais attention : « la comm-union » est bien plus que « l'union ». Je me permets d'ouvrir cette parenthèse parce qu'elle a un lien étroit avec la fête de la Trinité que nous célébrons aujourd'hui. Si nous mettons deux pierres l'une contre l'autre, par exemple, elles sont unies, oui, mais ce n'est pas pour cette raison qu'il y a quelque chose qui se vit entre elles. Tandis que si nous prenons deux aimants, nous pouvons mêmes les éloigner l'un de l'autre, ils continueront à s'attirer, parce qu'il y a une vie énergétique qui les relie. C'est ça qui est de l'ordre de la communion. Non pas juste vivre « à côté » de l'autre, mais vivre « avec » l'autre.

Que cette fête de la Sainte Trinité puisse, entre autre, nous interpeller très sérieusement sur la qualité de nos relations : sont-elles juste de l'ordre de l'union ou plutôt ont-elles le goût de la communion ?

Revenons à nous et analysons l'étymologie hébraïque du mot « péché ». Nous serons surpris de découvrir justement, que la traduction de ce mot signifie « rater le but, manquer la cible ». Et si nous savons que notre but, notre cible, c'est la communion, alors nous comprenons que le péché n'est rien d'autre que de passer à côté de notre chemin de vie, de notre bonheur, de notre épanouissement. En italien, par exemple, nous n'avons qu'un même mot pour dire « péché » et « dommage » ; c'est comme si chaque fois que nous péchions, Dieu se disait en lui-même : « dommage », parce qu'il savait que nous étions en train de nous éloigner de notre propre chemin de vie, de notre appel à la sainteté. Celle-ci, en effet, n'est pas une question de perfectionnisme personnel, comme parfois nous avons tendance à le croire. La sainteté est, elle aussi, de l'ordre de la communion. Elle est l'accomplissement d'un chemin de communion à renouveler sans cesse ; chemin de communion avec Dieu, avec soi-même et avec les autres.

Et pour terminer, nous allons parler de l'enfer. Je peux vous assurer que l'enfer existe vraiment, et vous pouvez le demander à tous ceux qui y sont passés. En effet, l'enfer est la conséquence logique du péché : si le péché est rater son chemin de vie qui est l'amour, l'enfer, c'est réussir son chemin de mort qui est l'isolement. Ce n'est pas un hasard pour moi, par exemple, que le mot « enfer » soit le début du mot « enfermement » ! C'est pourquoi, nous pouvons comprendre que si Dieu, dans la personne de Jésus Christ, a pris le risque de s'incarner et de terminer cloué sur une croix, ce n'est pas pour nous envoyer en l'enfer, mais bien plutôt pour nous arracher à l'enfer ; et plus particulièrement à nos enfer-mements. Arrêtons alors d'imaginer l'enfer comme une punition de Dieu. C'est comme imaginer un père qui donnerait une fessé à son petit enfant qui se blesse en essayant d'apprendre à marcher. C'est absurde ! Au contraire, nous pourrions presque dire que ce n'est pas Dieu qui a imposé l'enfer à l'homme mais l'homme qui l'a imposé à Dieu. En effet, Dieu a pris le risque de souffrir l'enfer lorsqu'il a donné à l'homme la liberté de refuser son amour !

C'est en ce Dieu-ci que je crois ; c'est la foi en ce Dieu ‘‘tout-aimant'' qui me fait vivre et qui fait toute ma joie. Maintenant l'enjeu pour nous tous, ce matin, c'est d'interroger notre propre théologie. Est-ce qu'elle nous sauve de nos enfers et nous communique une joie de vivre, une capacité d'aimer d'un amour inconditionnel et libérateur (pour reprendre le thème de dimanche passé) ? Parce que si notre foi n'est pas déjà aujourd'hui une source de joie, alors peut-être que nous nous sommes trompés de Dieu. En tous cas, le Dieu en qui nous croyons n'est pas le Dieu trinitaire de Jésus Christ.

Du coup, avec les mots chers à François Varillon, ce que je nous souhaite à tous, en cette fête de la Sainte Trinité, c'est la « Joie de croire, joie de vivre » !

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin