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Homélie du jeudi 2 juin 2011 - Ascension PDF Imprimer Email
Année 2011

1ère lecture : Commencement du livre des Actes des Apôtres (1,1-11)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens (1,17-23)
Evangile : selon saint Matthieu (28,16-20)

Alors qu'il est par ailleurs si jaloux de sa liberté et de son autonomie - peut-être encore davantage que ses ancêtres - l'homme contemporain rêve encore souvent d'un dieu qui pourrait intervenir en catastrophe dans sa vie, tel un magicien, un "Deus ex machina" comme disaient nos ancêtres romains, un dieu qui serait là quand on en a besoin, par exemple, quand la science et la médecine ne peuvent plus rien.

L'homme moderne n'échappe pas à cette vision archaïque de la relation que l'humanité a toujours entretenue avec ses dieux. Or, la Bible, dès l'évocation de la création du monde, ne cesse de nous parler d'un Dieu respectueux de l'autonomie de l'homme; le renvoyant à sa responsabilité. C'est à l'homme de soumettre le monde et de le transformer. "Dieu a créé le monde, comme la mer, en se retirant" écrivait joliment la poétesse Sylvie Germain.

Quand Dieu entre dans notre histoire en prenant le visage de l'homme Jésus, il ne s'impose pas davantage. Au lendemain de Pâques, les apparitions du Ressuscité sont de courte durée.

Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus.

Nous parlons peut-être trop de la présence du Christ. Ces jours d'Ascension nous incitent à redécouvrir son absence ! L'Ascension du Seigneur nous a établis dans une foi où l'absence devient le creuset où peut naître une présence nouvelle.

L'Eglise est une veuve ! Nous sommes veufs de celui qui nous a légué ces mots étonnants : "Il est bon pour vous que je m'en aille !" Déjà au matin de Pâques, il disait à Marie dans le jardin : "Ne me retiens pas... va trouver mes frères... !"

L'invitation de Jésus qui nous a été rappelée ces derniers dimanches "Demeurez dans mon amour !" se fait sur fond d'absence. L'amour devient dangereux lorsqu'il fait courir le risque de s'endormir dans la chaleur de l'instant présent : il est quelque fois bon pour les amants de s'éloigner l'un de l'autre. Jésus s'en va pour que nous poursuivions notre route à sa recherche. L'inventer librement. Dans la trame de l'histoire du monde. Et son absence nous engendre à la foi. La présence du Christ est désormais cachée dans son corps qui est l'Eglise : elle est une longue amitié et une fraternité toujours renouvelée à bâtir en son nom avec persévérance et dans l'humble fidélité d'une vie : "Demeurez dans mon amour comme je vous ai aimés, aimez-vous... Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous..."

Il est avec nous jusqu'à la fin du monde parce que le monde avec ses avancées et ses marches en arrière est le lieu où se construit son Corps jusqu'à  sa pleine réalisation dans le Royaume. Il y a des veufs et des veuves qui dans leur fidélité à l'être aimé poursuivent le rayonnement de sa présence et sont lumineux d'un amour. Il y a quelque chose de très fort dans cette fidélité au-delà de la mort.

L'Eglise est veuve de son Seigneur. Sans cesse, nous murmurons les mots appris de lui pour en vivre. Dans ces traits de la veuve, il est donné au monde de retrouver dans des paroles d'amour toujours à inventer le visage du Bien-Aimé.

Abbé Jean-Marie JADOT - Doyen de Saint-Martin