Laurent Voulzy sera en  concert à St-Martin le jeudi 18 octobre (complet) et  le jeudi  8 novembre à 20h30.

Les billets sont en vente sur internet à la Fnac et   au Parc Music rue de la Poste à Arlon

Homélie du Vendredi Saint 2011 PDF Imprimer Email
Année 2011

Hier, la célébration du Jeudi Saint nous montrait Jésus déterminé à aller jusqu'au bout dans son beau témoignage d'amour pour les siens. « Sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père » (Jn 13,1), il « dépose » son vêtement pour laver les pieds de ses disciples et le lendemain, il « dépose » sa vie (Jean-Marie Sevrin). Par sa mort sur la croix, le Fils de Dieu amène à terme son processus de l'Incarnation, lui qui a partagé toute la condition humaine : l'exil dès sa naissance, la faim et la soif, le deuil, la torture et, au terme de sa vie, il fut « arrêté, jugé et assassiné ». Lui qui dans sa vie publique a attiré les foules, le voilà dans la solitude avec les quelques braves : Marie, sa mère, Marie, femme de Clophas, Marie de Magdala, et le disciple qu'il aimait (Jn 19, 25-27).

Chers amis,

La prise au sérieux de notre vie implique, de facto, la prise au sérieux de notre naissance et de notre mort, bien entendu. Pour nous chrétiens, il est important de prendre la référence de la naissance de Jésus, de sa vie publique et, bien sûr, de sa mort. C'est impressionnant mais vrai, la mort de Jésus est rapportée fidèlement non seulement par les Evangiles et les lettres apostoliques, mais aussi par les historiens de l'époque, notamment Tacite, Philon, et Flavius Josèphe. Tacite présente des raisons politiques dans la mort de Jésus sous Ponce Pilate, alors gouverneur de la province de Palestine et de Phénicie. En effet, au moment du procès il a été déclaré que Jésus causait des troubles (Lc 23,5) et Pilate s'est empressé d'autoriser Hérode à le juger. Ce qui n'était pas requis par la loi romaine. D'ailleurs, Pilate et Hérode devinrent des amis à partir de ce jour alors qu'auparavant ils étaient des ennemis (Lc 23,12). « Certains se levèrent et témoignèrent faussement contre lui (Mc 14,57). Jésus subit ainsi le supplice romain de la crucifixion. La meilleure façon d'obtenir de l'administration romaine une sentence de mort à l'encontre de Jésus, c'était de le présenter comme celui qui convoitait la royauté et donc, ennemi de l'empereur (Jn 19,12). C'est suffisamment clair, on a dû invoquer ici la raison d'état ! Par ailleurs, beaucoup pensaient sans doute qu'il valait mieux la mort d'une seule personne « pour le peuple » (Jn 11,50). C'est en tout cas la proposition de Caïphe.

Dans la première partie du procès de Jésus, nous remarquons également des motifs religieux. Pour certains, les chefs religieux en premier lieu, les prétentions de Jésus leur paraissaient incompatibles avec « la Loi ». Après avoir rapporté la guérison du paralysé, un jour de sabbat, Jean note d'ailleurs très explicitement : « c'est pourquoi les Juifs cherchaient à le (Jésus) faire mourir, car non seulement il violait le repos du sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l'égal de Dieu » (Jn 5,18). D'où l'hostilité grandissante d'une partie de ses compatriotes et qui obtint gain de cause lorsque le Sanhédrin condamna Jésus pour blasphème (Mc 3,6 ; Lc 4,29-30 ; Jn 2,13-22). Toutefois, ceux qui ont tué Jésus n'avaient qu'un seul objectif : faire en sorte que sa mission se solde par un fiasco. C'est l'avis de Juvénal Rutumbu. La Résurrection et le témoignage de ses amis ont produit un effet contraire, fort heureusement ! Les souffrances de sa Passion l'ont conduit à sa perfection, « il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel » (He 5,8-9). Ces témoins de paix et de la non-violence prouvent, à la suite de Jésus, que la mort et la haine n'ont pas le dernier mot (Bruno Eliat). Beaucoup sont encore en vie et témoignent que la mort de Jésus n'a pas été l'anéantissement total annoncé par ses adversaires. Dieu l'a ressuscité.

Cependant, la Passion-Résurrection de Jésus renvoie aux questions les plus radicales du sens de la vie et de la pertinence de la foi chrétienne. Force est de constater que de nos jours encore, certains procès ressemblent à celui de Jésus (Marc Deltour, Augusto D'Angelo, ...). Le cas le plus récent du Père belge Guy Theunis est assez disant. N'est-ce pas que Jésus fut condamné en toute vitesse (Jn 19,42 ; Lc 23,54) pour que sa dépouille mortelle ne trouble pas la fête ? « Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable aux lépreux dont on se détourne (...). Pourtant, c'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé » (Isaïe). Nous ne pouvons pas rester indifférents à la persistance du péché, à la souffrance, dans un monde traversé par le mal, la violence, l'injustice, l'inégalité, le racisme et le totalitarisme, la mort cyclique et pire encore, la mort des innocents. Comme le disait Jean-Claude Brau lors des 24heures de l'espérance, Jésus est là où une souffrance est vaincue, là où une détresse est secourue, là où un exclu est rencontré, là où une mort est surmontée. Si la cérémonie de Pâques dit notre foi en une victoire possible, celle du Vendredi Saint exprime toutes les « passions » de l'histoire. Dans de telles souffrances, rappelons-nous qu'il n'y a pas de Pâques sans Vendredi Saint, même la cloche qui retentit est passée par le feu » (homélie du 20 mars 2011).

On ne saurait oublier que c'est en tant que crucifié que Jésus vivant est reconnu. C'est en effet à la marque des clous (Jn 20,25) qu'il est confessé par Thomas. N'est-ce pas là une indication capitale ? Jésus vivant est là où sa vie est inséparable de son supplice. La parabole de Mt 25 réaffirme cela. Ce texte (Mt 25, 31-46) évoque en effet que Jésus est identifié à tous ceux qui ont faim et soif, aux étrangers, aux pauvres, aux malades, aux prisonniers, ... La Bible relaie ainsi le cri des pauvres, des exclus, de ceux qui sont massacrés et trace, pour eux et avec eux, des chemins d'espérance (Jean-Claude Brau). Une attitude juste est donc possible, celle qui permet de « traverser » les violences et « la souffrance » au grand risque du sacrifice. C'est sous le signe du don de notre vie, de notre fidélité, du service et de l'ouverture à autrui que nous sommes invités à vivre la Passion de Jésus.

Abbé Joseph SAGAHUTU - Vicaire à Saint -Martin