Des nouvelles du projet  de solidarité avec Lokolama au Congo

C'est en 2007, à l'occasion du centenaire du début de la construction de notre église Saint-Martin, qu'est né, à l'instigation de notre Doyen Jean-Marie JADOT, le projet de solidarité "PARTENARIAT IBANGA" dont l'objectif était de construire un Centre de Santé à Lokolama. Lokolama se trouve en pleine forêt tropicale de la République démocratique du Congo, dans l'actuelle province de Mai-Ndombe, province dont le chef-lieu est Inongo sur le lac Léopold II.

Lire la suite...
Homélie du dimanche 10 avril 2011 - 5ème dimanche de Carême PDF Imprimer Email
Année 2011

1ère lecture : du livre d'Ezéchiel (37,12-14)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (8,8-11)
Evangile : selon saint Jean (11,1-45)

Nous sommes tous confrontés au face à face dramatique entre la vie et la mort. Nous nous rappelons des catastrophes de séisme de 2010 en Haïti, du tsunami de 2004 ou du plus récent au Japon, des cris de détresse des populations dans des pays où les luttes politiques et économiques font oublier la paix et la liberté des simples gens. Face à tout ce qui opprime et avilit la personne humaine (guerres, maladies, famines, chômages, oppressions, traumatismes,...), Jésus nous appelle au combat de la dignité, de la vie, de justice, de la vérité et de la liberté (Michel Scouarnec). Jésus est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Mais la première lecture et l'Evangile vont au-delà de la simple souffrance. Il s'agit d'une réanimation d'un peuple en exil et sans espoir (Ez 37,11-14) et d'une ouverture de la tombe de quelqu'un déjà mort depuis quatre jours (Jn 11,39), Lazare, un ami de Jésus, frère de Marthe et de Marie (Jn 11,1).

Dans l'évangile de ce dimanche, nous voyons Marthe et Marie qui disent successivement à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort » (Jn 11,21 et puis Jn 11,32). Marthe et Marie savent bien que rien n'est impossible à Dieu, Lui qui est capable de recréer et de remettre debout par l'efficacité de sa Parole (Ez 37,14 ; Jn 11,43). Elles savent que Jésus est un ami sur qui elles peuvent toujours compter (Jn 11,22.27) et lui exprimer cette grande douleur. Jésus a toujours été fort sensible à toute détresse humaine, plus particulièrement à la maladie et à la mort. Il a « pitié » des deux sœurs. Toutefois, il est bon de s'arrêter un peu sur « la plainte » de Marthe et Marie (cfr v. 21 & 32) et qui ressemble à beaucoup d'autres dans la Bible, en particulier dans les psaumes... Une sorte de révolte ou de colère envers Dieu, je dirais même de « reproche » à Dieu, de son silence et son absence. Dans un monde qui souffre de toutes sortes de bouleversements et de catastrophes dramatiques, nous nous posons la question : « Où est-t-il notre Dieu ? Que fait-t-il ? Si Dieu avait été là ... » !  Ce cri de révolte c'est déjà une prise de conscience, mieux encore - en tout cas dans la Bible, ce cri (Rinnah) est une prière. Ce mot hébreu « Rinnah » peut donc signifier « cri » de joie (quand tout va bien) ou  « cri » de supplication (au moment de détresse). Mais chaque fois, c'est soit une prière de demande de secours de Dieu, soit une prière de louange et d'allégresse, à l'exemple des cris de joie de la femme sauvée en Haïti après une semaine sous les décombres du séisme, sans boire ni manger, sans aucun contact avec les vivants.

Notre Dieu n'est jamais lointain, il est « un ami » vers qui nous pouvons crier notre souffrance. Quand tout va mal, nous pouvons toujours nous adresser à lui : « Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur, Seigneur écoute mon appel ; que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière (Ps 129). D'ailleurs le nom de Lazare assez courant à l'époque (forme abrégée de Eléazar) signifie  « Dieu vient en [mon] aide », ou « secours de Dieu ». A Béthanie, un village sur le versant Est du mont des Oliviers, c'est l'actuel village de El Azariyah (lieu de Lazare). Nous y voyons toute la maison plongée dans le deuil. Arrivé devant le tombeau, Jésus « pleure » ! Il est bouleversé d'une émotion profonde. Comme nous, il ressent douloureusement la mort d'un ami. Mais à travers Lazare, c'est aussi la détresse de toute l'humanité qu'il voit. Ce sont nos propres interrogations (et elles sont nombreuses) face à la souffrance et à la mort. Pour les milieux hospitaliers, cela fait parti de leurs préoccupations quotidiennes. Nous aussi, en ce jour nous nous tournons vers Jésus, Lui qui est « la Résurrection et la Vie » (Jn 11,25).

Le quatrième Evangile nous présente ce geste de Jésus comme un signe. Au-delà du désespoir (dans le deuil de la famille de Lazare), il nous parle de nous, il veut jaillir en nous l'esprit de compassion, pour « tenir debout »dans la foi et aider les autres à tenir debout. Le message qu'il nous adresse est un message d'espérance. En lui, c'est le Dieu des vivants qui se révèle au monde. Lazare est finalement « une figure du peuple en marche et qui cherche à se libérer de l'oppression » (Victor Hugo). Cette promesse d'une vie nouvelle, ce n'est pas seulement pour après la vie sur terre, mais pour aujourd'hui (Il n'y a que 12 heures dans la journée). C'est aujourd'hui, quand c'est encore possible (pendant la journée), avant qu'il ne soit tard, que Lazare est réveillé par celui qui est la « Lumière du monde » et son ami Lazare va reprendre vie avec les autres.

Le Seigneur compte sur tous les « Lazaristes » de bonne volonté, pour enlever les pierres de souffrance. Ce message de « vie nouvelle » et de « Bonne Nouvelle » pour la qualité de la vie (Léonard Santedi), s'adresse non seulement à la « Congrégation de la Mission » (les Lazaristes) de St Vincent de Paul (1581-1660), mais aussi à tous « les justes » (Rm 8,10) habités par « l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus des morts » (Rm 8,11). En effet, l'action sociale de tous les « Lazaristes » nous rappelle qu'il est possible de sauver nos frères et sœurs qui sont dans le pétrin et qui se retrouvent donc devant le mur de la mort. La pierre du tombeau est tout ce qui nous ferme à Dieu et aux autres.

Aujourd'hui encore, hic et nunc, Jésus nous recommande « d'enlever la pierre ». C'est même un impératif (Jn 11,39). Oui, en plein désespoir, en pleine brutalité même, quelques hommes et femmes de bonne volonté sont capables de conserver leur humanité. « Et cette petite flamme a permis » et permet la résilience (Cyrulnik, 2011). Ne désespérons pas, même pas de l'homme. C'était la force de Jésus le soir du jeudi saint, sachant qu'il allait mourir... ! L'histoire a montré que même dans des pays ruinés par la guerre, les catastrophes, les famines et la pauvreté, des hommes veulent reconstruire la vie, la paix et la réconciliation. Ils veulent réapprendre à vivre, ensemble. Ils veulent réaliser des actions qui les aident à sortir de leur situation de misère. D'où le message prophétique du temps de l'exil à Babylone.

Le Christ compte sur nous pour participer à son œuvre de libération. Avec la foi de Marthe et Marie, nous croyons que le Seigneur peut ouvrir ces tombeaux-là. Le même Seigneur est toujours présent au milieu de nous. Il veut nous remettre debout chaque jour. Il vient faire sauter toutes nos bandelettes, celles de la peur, du désespoir et de la discorde. Il est le Dieu libérateur. Avec lui, nous sommes entrés dans l'ère de la résurrection. Et c'est St Paul qui le confirme : nous sommes déjà ressuscités. Jésus est venu pour que « tous les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance » (Jn 10,10). Désormais, il nous fait partager sa vie. C'est pour cela qu'il est venu dans le monde et qu'il se donne à nous à travers le pain partagé et dans sa Parole. Mais nous savons aussi que sa parole et son action passent par nos engagements, pour participer ainsi à la construction d'une société plus juste et plus solidaire. A travers notre geste de partage, nous voulons participer à l'œuvre de Dieu qui appelle toute personne à vivre (Michel Scouarnec).


Abbé Joseph SAGAHUTU - Vicaire à Saint -Martin