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Homélie du dimanche 27 mars 2011 - 3ème dimanche de Carême PDF Imprimer Email
Année 2011

1ère lecture : du livre de l'Exode (17,3-7)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (5,1-2.5-8)
Evangile : selon saint Jean (4,5-42)

« Il était environ midi » Jn. 4,6. Je crois que ce n'est pas un hasard si Jean est tellement préoccupé de mentionner l'heure à laquelle se produit cette rencontre entre le Christ et la Samaritaine. J'ai envie de voir en ce temps de midi la symbolique du milieu de la vie, avec ses tentations et ses crises, oui, mais aussi avec ses enjeux et ses défis. Et cette femme, cette Samaritaine, est dans son ‘‘midi'', c'est-à-dire quelque part qu'elle est dans sa crise de milieu de vie.

Rappelons-nous que la crise du milieu de vie est le temps où tout peut basculer, très rapidement. C'est très perturbant. Ceux qui parmi nous sont déjà passés par là le savent. Et le Christ le sait, lui aussi. C'est la raison pour laquelle, assis au bord du puit, il attend cette femme. Et il l'attend non pas pour lui éviter cette crise, comme on pourrait le croire. Bien au contraire. C'est justement lui qui déclenche la crise, en lui disant : « Donne-moi à boire » Jn. 4,7. Quelque part, il est en train de lui demander : « Qu'est-ce que tu as à m'offrir ? Qu'est-ce que tu as réalisé jusqu'à présent dans ta vie ? ».

C'est à ce moment là, que la Samaritaine comprend qu'elle ne peut imaginer désaltérer la soif, ni de cet homme assis au bord du puits, ni de celle de personne d'autre, sans avoir d'abord trouver le moyen de désaltérer la sienne avant. Elle réalise, au fond, qu'elle est condamnée à revenir constamment à ce puits, à puiser une eau boueuse, qui ne la désaltère pas vraiment. C'est une prise de conscience amère pour cette femme, mais une prise de conscience profondément libératrice.

Et c'est là que le Christ risque le tout pour le tout, en poussant la crise de cette femme jusqu'au bout : « Va appeler ton mari ! » lui dira t-il. Là, la femme s'effondre : « Je n'ai pas de mari » Jn. 4,17. Elle se rend soudain compte, qu'elle n'a rien construit dans sa vie, ni sur le plan des sécurités matérielles (l'eau boueuse) ni sur le plan affectif (le mari qu'elle a n'est pas son mari).

Ce moment là, c'est son moment de vérité à elle. Et Jésus Christ la prend par la main. Il l'accompagne dans ce voyage à l'intérieur d'elle-même, jusqu'au bout de sa solitude ; cette solitude qui l'a toujours effrayée. En effet, elle n'a jamais su vivre seule : « Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari, -lui dira le Christ- car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari » Jn. 4,16.

On pourrait se demander le pourquoi de tous ses échecs affectifs, au cours d'une seule vie?! Ça paraît bizarre, et pourtant c'est très logique. Le Christ nous révèle, en effet, qu'il n'y a pas de véritable intimité possible avec autrui tant que nous ne savons pas vivre en intimité avec nous-mêmes. Sans cette intimité avec nous-mêmes, au lieu de vivre ‘‘avec l'autre'', nous risquons de ne vivre que ‘‘par l'autre'', dans la fusion, ou ‘‘à côté de l'autre'', dans la peur ou l'indifférence.

Alors Jésus accompagne cette femme dans le silence de sa solitude pour qu'elle puisse entendre l'enfant blessé qu'elle porte en elle ; pour qu'elle puisse enfin apprivoiser son cœur d'enfant ; lui faire sa juste place. C'est en effet dans cette solitude que se vit le combat le plus dur qu'on ait à vivre : le combat entre le ‘‘personnage'', soi-disant fort, que nous montrons extérieurement, et la ‘‘personne'', fragile en nous, qui ne demande que la permission de vivre. Autrement dit, la crise du milieu de vie marque souvent le passage du monde de l'avoir et du paraître, paraître... parfait, au monde de l'être, être... imparfait. Il ne peut y avoir de vraie intimité, en effet, qu'entre deux nudités ; de véritable intimité qu'entre deux êtres dans toute leur vérité.

Désormais cette femme, dans sa rencontre avec le Christ, est confrontée à ce qui est la fin de son ‘‘contrat de survie''. Ce contrat de survie, si vous voulez, est représenté par le fait de devoir constamment s'entourer d'hommes afin de fuir sa solitude et de se prouver à elle-même qu'elle vaut la peine d'être aimée. Désormais cette femme sera prête à s'ouvrir vraiment à un homme, de manière libre, parce qu'elle est enfin capable d'assumer sa propre solitude. Elle peut rentrer en relation saine avec son entourage, sans tomber dans le registre du pouvoir de la séduction ou de la peur de l'abandon, car le Christ, en l'accueillant dans ses échecs, sans la juger ou la repousser, l'a réconcilié avec elle-même en lui offrant une nouvelle identité. Elle sait maintenant qui elle est et ce qu'elle vaut aux yeux du Christ. De ce fait, elle n'a plus à se protéger des hommes, parce qu'elle n'a plus besoin de se prouver quoi que ce soit.

N'ayons pas peur alors de nos ‘‘midi'' à nous, de nos crises du milieu de vie, car ils sont les occasions que le Christ nous offre pour nous aider à prendre du recul face à notre vie, pour interroger notre soif intérieure et pour nous aider à réaliser que peut-être notre contrat de survie est arrivé à son terme et que nous sommes enfin prêts à quitter nos carapaces et à laisser vivre cet enfant fragile en nous, cet enfant qui était jusque là en surprotection. C'est à ce moment-là, que nous serons des êtres capable de relation, au sens fort du terme.

Alors, osons aujourd'hui, en présence du Christ, écouter notre soif et questionner notre solitude.

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin