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Homélie du mercredi 9 mars 2011 - Mercredi des Cendres PDF Imprimer Email
Année 2011
Pour commencer cette quarantaine qui doit nous acheminer ensemble vers Pâques, nous venons d'entendre l'appel de la Parole de Dieu. Je vous propose de retenir une phrase de chacune des trois lectures :

1.    Dans le livre de Joël : "Revenez à moi de tout votre cœur"

2.    Il y a le cri de l'apôtre Paul : "Laissez-vous réconcilier avec Dieu !"

3.    Et puis, il y a la triple invitation de Jésus à rejoindre Dieu "dans le secret (de son cœur) : partager dans le secret, jeûner dans le secret, prier dans le secret".

En entrant en Carême, nous sommes invités à quitter cette "scène" où nous vivons habituellement, cet espace "de façade" que chacun peut juger de son propre point de vue, un espace où nous sommes "considérés", "en représentation",... comblés, repus, perpétuellement sous tension,... où nous nous laissons si facilement "distraire de l'essentiel", emportés par les vents dominants,... et - osons le reconnaître - souvent absorbés par le superficiel...

Le Carême des chrétiens est un temps pour retourner en soi-même, à ses fondements, en cet espace où l'on ne peut ni tricher, ni se cacher, ni mentir... retourner dans son jardin secret...  et décider de faire un effort sur soi-même, ce qu'on appelle l'ascèse.

L'ascèse chrétienne n'est pas une décision formaliste - purement extérieure - mais une démarche intérieure, décidée, pour surmonter les éléments de mort qui sont mêlés à notre existence, afin de laisser remonter en nous la force de la résurrection, la joie de retrouver en soi l'appel au bonheur originel que Dieu nous adresse et que saint Augustin résumait par ces mots : "Aime et fais ce que tu veux !"

Le jeûne est la limitation volontaire des besoins, pas seulement pour retrouver sa forme physique (!) mais bien davantage pour libérer le désir le plus profond : suivre Dieu et son prochain.

En jeûnant, nous combattons en nous les deux "passions-mères" de la vie : l'avidité et l'orgueil qui font que la vie tourne autour de mon ego et provoquent, - à la fois, le vide spirituel et de grandes tensions et injustices sociales.

"Le jeûne - écrit le grand théologien orthodoxe Olivier CLEMENT - doit s'adapter aux formes actuelles de civilisation. Il importe de se situer à l'inverse de la publicité qui tend à investir le désir de l'homme dans la multiplication indéfinie et fantasmatique des besoins, de s'écarter de l'imaginaire préfabriqué, des images et des bruits de la culture médiatisée. Il y a urgence à savoir s'imposer des moments de silence et de solitudes, et prier le Père qui est là, dans le secret."

Enfin et surtout, depuis les premiers siècles du christianisme, le jeûne trouve son application dans le partage. L'expérience, si limitée soit-elle, de la faim, donne la compréhension de la faim des autres, un drame aujourd'hui planétaire.

Pour que, selon la belle expression de saint Jean Chrysostome, le pauvre soit vraiment perçu comme un autre Christ, et pour que nous-mêmes aussi, nous retrouvions toute notre stature humaine et spirituelle, il y a un jeûne à mener intelligemment, un effort de libération à mener contre toutes les idoles de l'économie et de cette société matérialiste où l'homme risque bien de perdre son âme et sa joie, en perdant le sens de Dieu.

Puisse ce Carême nous conduire au secret de nous-mêmes... là où l'Esprit parle à notre esprit !

Abbé Jean-Marie JADOT - Doyen de Saint-Martin