Laurent Voulzy sera en  concert à St-Martin le jeudi 18 octobre (complet) et  le jeudi  8 novembre à 20h30.

Les billets sont en vente sur internet à la Fnac et   au Parc Music rue de la Poste à Arlon

Homélie du 27 décembre 2009 - Fête de la Sainte Famille PDF Imprimer Email
Année 2009

« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! » Lc.2,48

 

 

 

Un enfant qui fugue, en désobéissant à ses parents ; un père silencieux, presque absent de la scène ; une mère angoissée, qui ne comprend rien à ce qui se passe. Pas très différent de ce qui se vit parfois entre les murs de nos maisons, n’est-ce pas ?! Et pourtant, en ce dimanche de la ‘‘Sainte Famille’’, c’est bien cette famille-là que l’Eglise nous présente comme modèle idéal !

 

Pourquoi ? Peut-être justement parce qu’il n’y a rien d’‘‘idéal’’ dans cette page d’évangile.

Ce que je veux dire par là, c’est que la famille idéale n’existe pas. ‘‘La Petite Maison dans la prairie’’ n’est qu’un mythe ; ton mari n’est pas Charles Ingalls, et ta fille n’est pas la petite Laura, avec sa jupe jusqu’aux chevilles et ses longues tresses au vent. Bien loin de là, peut-être. Mais ce n’est pas pour autant que ton couple est obligé de divorcer ou que tes enfants sont condamnés à trainer dans la rue avec des drogués, à devenir des voyous et se retrouver un jour en prison.

 

Dans la théorie, toutes ces choses nous les savons très bien. N’empêche, n’es-tu pas déjà en crise ne fut-ce qu’à l’idée que ton fils puisse rentrer un jour à la maison avec une boucle d’oreille dans le nez et un piercing sur le bout de la langue ?! Ou que ta fille commence à s’habiller en gothique, avec les ongles et les lèvres noires ?! C’est vraiment son image qui t’inquiètes le plus, ou c’est plutôt la tienne, devant les autres parents, devant tes amies et collègues, devant le reste de la famille ?!

Et quand il ose te répondre, te tenir tête, un peu comme Jésus devant ses parents, est-ce que c’est l’éventualité d’un abus de pouvoir de ta part qui t’inquiète le plus ou c’est plutôt au nom de ton orgueil blessé que tu réagis avec violence ?!

 

Qu’est-ce qu’il peut y avoir comme hypocrisie dans nos beaux discours sur ce à quoi devrait ressembler une famille ‘‘normale’’ ou sur le respect des valeurs ‘‘traditionnelles’’ ! Qu’est-ce qu’on peut se faire mal en courant derrière un rêve de famille qui ne tient pas compte de la singularité, des limites ou des choix de chacun !

 

Voilà pourquoi Dieu, en nous présentant la famille de Nazareth, ne nous a pas donné un modèle à reproduire tel quel, mais une leçon à apprendre. Joseph n’est probablement pas cet homme idéal dont toute femme rêve ; tout simplement parce qu’un tel homme… n’existe pas ! Lui aussi avait ses silences, ses doutes, ses peurs. Tout comme Marie. Ce n’est pas parce qu’elle a été conçue sans péchés, qu’elle n’avait pas ses traits de caractère, ses inquiétudes, ses fragilités, ses oublis, ses maladresses…. Qu’en sait-on ?! Le contraire serait extrêmement étonnant.

 

Une chose est certaine : même si Joseph n’était surement pas ‘‘l’idéal de l’homme’’, ce qui est vraiment important c’est que Dieu a voulu qu’il soit ‘‘l’homme idéal’’ pour Marie et le ‘‘père idéal’’ pour Jésus. Mais qu’est-ce que c’est difficile de comprendre cette distinction lorsque nous avons confondu pendant des années sainteté et perfection. On cherche parfois la perfection, là où Dieu ne nous demande que la sainteté !

 

Quelle est la différence ? Rappelez-vous la distinction qu’on a faite il y a deux semaines entre justice et justesse. Comme la ‘‘justice’’, la ‘‘perfection’’ relève d’un critère extérieur à la personne, tandis que la ‘‘sainteté’’, comme la ‘‘justesse’’, tient compte de la personne dans toute son unicité.

Mais pour faire le choix de la justesse et de la sainteté, il faut faire preuve de beaucoup plus d’ouverture, d’élasticité et d’originalité, qu’en choisissant la justice et la perfection, parce que la sainteté n’est pas un modèle à reproduire, mais un chemin à inventer, avec ce que nous sommes et dans les temps et la société qui sont les nôtres. Un saint François d’Assise n’existera jamais plus dans l’histoire ; un saint Joseph non plus. Ils sont uniques dans leur genre, comme nous sommes uniques.

 

C’est pourquoi, fêter la Sainte Famille ce dimanche, c’est fêter toutes ces familles qui se frottent au quotidien, et qui acceptent de se remettre en question, dans leur couple comme dans leur relation entre parents et enfants, en essayant de s’ajuster les uns aux autres, pour inventer chaque jour des liens d’amour, de dialogue et de tolérance qui tiennent compte et qui respectent l’unicité de chacun, dans sa diversité.

Et ce travail, c’est un travail de chaque jour, parce que non seulement nous sommes uniques, mais nous sommes uniques à chaque instant ; demain en effet nous ne serons pas les mêmes qu’aujourd’hui.

 

Alors bonne fête à toutes ces familles qui, parmi nous, font au quotidien ce long et patient travail d’écoute de l’autre, de respect, d’ajustement à ce qu’il est et à ce qu’il vit ; parce que la sainteté n’est pas une ligne à franchir mais un chemin à tracer, avec ses pentes et ses obstacles.

Félicitation alors, et merci d’être ce que vous êtes, là où vous en êtes, parce qu’avec Joseph, Marie et l’enfant Jésus c’est vous que nous fêtons aujourd’hui!

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin