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Homélie du dimanche 13 décembre 2009 - 3ème dimanche de l'Avent PDF Imprimer Email
Année 2009

Je pense qu’une des plus riches et des plus complexes figures de ce temps de l’Avent, c’est justement Jean-Baptiste.

 

 

Ce n’est pas très difficile de se l’imaginer là, debout, devant nous, avec sa peau de chameau, ses cheveux au vent et son air menaçant, en train de crier à plein poumons qu’il est temps de se convertir. Un vrai caractère ‘‘d’ours mal léché’’, on dirait par ici.

 

Et pourtant ! Comment rester indifférent, en effet, face à toute cette sensibilité et toute cette délicatesse, presque maternelles, qu’il dégage. Et l’évangile de ce dimanche nous le laisse très bien entrevoir. Si d’un côté, Jean est là pour fixer le cadre, donner les règles pour rentrer dans le Royaume de Dieu, de l’autre, il est aussi le premier qui se presse de tirer sur les bords du cadre, ce cadre que lui-même pourtant a fixé, pour arriver à y faire entrer le plus grand nombre de personnes.

 

Il propose à tous un idéal, celui du partage : « Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même » (Lc.3,11). Mais en même temps, il sait tenir compte de la situation particulière de chacun.

Tendre à l’idéal, oui, mais sans jamais perdre de vue la personne dans son vécu, dans son réel. Un réel qui peut être très différent du nôtre, il faut le savoir. Voilà toute la force et toute l’intelligence d’un Jean-Baptiste. C’est pourquoi à la même question : « Que devons nous faire » (Lc.3,10), il répondra différemment lorsqu’il s’adresse à la foule, ou qu’il s’adresse aux publicains ou aux soldats.

 

Mais comment accepter qu’à certains il demande plus et à d’autres moins ? Pourquoi demande t-il à tous de donner de ce qu’ils ont et aux publicains et aux soldats, par exemple, qui étaient loin d’être pauvres, leur demande t-il simplement de se contenter de ce qu’ils ont ? « N’exigez rien de plus de ce qui vous est fixé », il leur dira et « Contentez-vous de votre solde » (Lc3,13-14). Il demande aux uns de se priver de ce qui leur appartient et aux autres juste de ne pas voler ce qui ne leur appartient pas…

On aurait presque envie de réagir, en disant que ce n’est pas juste ! Je crois qu’on aurait tous les droits de dire que l’attitude de Jean n’est pas ‘‘juste’’, si on prenait comme critère la justice. Et si le critère de Jean-Baptiste n’était pas la ‘‘justice’’ !? Si son critère voulait être plutôt la ‘‘justesse’’ ?!

 

Je m’explique. Nous sommes tous très sensibles à l’injustice. Et Jean le sait très bien aussi. Mais la vraie injustice est-t-elle vraiment de faire différence entre les personnes, adaptant la règle à la réalité et aux possibilités de chacun, ou est-ce plutôt de ne pas savoir respecter les personnes dans leurs différences, en leur imposant une règle identique pour tous ?!

 

Je ne suis pas contre les règles, entendez-moi bien. Mais je trouve que juger une personne avec justice, c’est encore loin, très loin, de l’idéal chrétien de la juger avec justesse. Si dans le premier cas, on juge la personne à partir de la règle, une règle extérieure à la personne, dans le deuxième cas, on juge la personne à partir de ce qu’elle est et de ce qu’elle vit. Là où la justice sacrifierait la personne à la règle générale, la justesse demanderait d’‘‘ajuster’’ la règle générale à chaque personne dans son cas spécifique.

 

C’est ce que Jean fera : il aidera la personne à viser l’idéal, tout en ajustant la règle à la personne, et non pas le contraire. Ce fut le cas avec ces publicains et ces soldats, tout comme un parent le ferait avec ses enfants les plus faibles, les plus fragiles, ceux qui ont le plus besoin d’attention. Il faut aller les chercher là, où ils sont et les prendre par la main !

 

Cela sans rien enlever à l’idéal vers lequel il faut tendre, bien entendu. Dans ce cas, le partage. Mais en acceptant qu’on ne part pas tous du même niveau et qu’on n’arrivera pas tous au même niveau, ou en même temps. Pour Dieu, l’important  n’est pas là où on arrive ou le temps qu’on y mettra pour y arriver, mais le chemin qu’on aura su parcourir pour y arriver. Le but n’est pas d’être les meilleurs, mais de savoir donner le meilleur de nous-mêmes. Voilà toute la nuance entre l’idéal de vouloir aimer à 100%  et notre vocation à chacun d’arriver à aimer à notre 100%.

 

Si seulement nous pouvions imaginer, pour un instant, le nombre de ‘‘publicains’’ et de ‘‘soldats’’ qui vivent près de nous. Ils sont là et ils attendent que nous aussi, comme Jean-Baptiste, nous soyons imprégnés de cette justesse qui le caractérisait. Cela leur permettrait, à eux aussi, de pouvoir, à travers notre propre regard, entrevoir le regard d’amour que Dieu pose sur eux, accéder à ce Royaume de Dieu qui voudrait s’ouvrir par nous devant eux.

 

Alors, que ce temps d’Avent nous aide à devenir des hommes et des femmes de plus en plus justes, de cette justesse qu’habitait Jean-Baptiste.

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin