Homélie du dimanche 29 novembre 2009 - 1er dimanche de l'Avent PDF Imprimer Email
Année 2009

1ère lecture : du livre de Jérémie (33,14-16)
2ème lecture : de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (3,12-4,2)
Evangile : selon saint Luc (21,25-28.34-36)

 

 

 

« Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche » Lc.21,28

 

L’évangile de Luc, ce matin, ouvre devant nous ce temps de l’Avent en nous parlant de la fin du monde… Est-ce que vous y croyez, vous, à la fin du monde ?

 

En tous cas, qu’on y croit ou pas, une chose est certaine : le monde, à un moment donné, finira pour tous ; et cela, même si peut-être ça n’arrivera pas pour tous en même temps.

Je pense là au moment de notre mort, à la fin de notre petit monde à nous. Oui, notre propre mort, cette réalité vous savez, qui nous accompagne dès notre naissance et qui se montre très fidèle à notre égard, au point de ne jamais nous lâcher un seul instant. Elle est là, par exemple, en ce moment, à coté de nous, en train de nous tenir la main.

 

Ca vous fait peur ? Pourquoi ?! Qu’est ce qu’il y a de si effrayant, ou d’angoissant en tout cela ?!

Je crois que la raison de cette peur, ou d’un certain malaise à parler de la mort, c’est que trop souvent on s’imagine la mort comme un squelette, habillé tout en noir et terrifiant, qui nous guette avec une grande faucille à la main. Moi, je préfère l’imaginer comme une petite fille, habillée en blanc, avec de grands yeux et un beau sourire. Saint François d’Assise arrivera même à parler d’elle comme d’une ‘’sœur’’.

 

La mort, vous savez, en principe n’est pas là pour nous faire peur. Bien au contraire. Elle est là, paradoxalement, pour nous apprendre à vivre. Elle est une amie, peut-être la seule vraiment honnête que nous ayons ; parce que la mort ne nous ment pas, même quand ce qu’elle a à nous dire fait mal à entendre.

La mort est ce miroir face auquel nous ne pouvons plus nous raconter d'histoires ou jouer un personnage. Face à la mort, nous ne pouvons pas nous cacher derrière nos diplômes, derrière nos carnets d’adresses, derrière nos agendas hyper chargées, nos comptes en banque, nos légumes bio, nos heures de bénévolat ou derrière notre jeune âge. Face à elle, nous sommes tous littéralement ‘’à poil’’. Et heureusement, j’ai envie de dire, parce que c’est là sa force !

 

Et pourtant nous avons peur d’elle, parce que nous ne soupçonnons même pas une minute le service inestimable qu’elle nous rend. En effet, elle est, si vous voulez, ce programme anti-virus, conçu pour nous aider à détecter et corriger des disfonctionnements dans notre manière de vivre. Et ce programme est activé depuis notre plus tendre enfance.

Mais nous avons du mal à le croire parce que ce que nous croyons, en réalité, c’est que le vrai ‘’virus’’ dans notre vie, ce qui nous gâche notre existence, c’est tout ce qui nous contrarie, tout qui nous dérange, qui nous bouscule dans nos habitudes, et qu’on voudrait effacer de notre vie. Ce sont tous les imprévus, toutes les maladresses ou les échecs que nous avons vécu et que nous continuons à vivre au quotidien.

 

Et si nos échecs scolaires ou les humiliations dans le monde du travail étaient là, par exemple, pour nous apprendre l’humilité, en nous délivrant du vrai virus qui est la tentation de nous sentir supérieurs aux autres et par là de mépriser tout le monde ?! Si nos erreurs étaient l’occasion pour apprendre à nous excuser, à demander pardon, plutôt que de rester à moisir dans notre fierté mal placée ?! Et si nos problèmes de santé étaient là comme une délivrance face à cette fâcheuse tendance que nous avons tous de vouloir toujours tout maîtriser, tout porter sur nos seules forces ?! Quand arrêterons nous, enfin, de voir notre corps comme un obstacle plutôt que de le voir comme un allié qui nous aide à nous fixer des limites raisonnables ?! Et, encore, si les rides étaient un secours au piège de tomber dans le mythe de l’éternelle jeunesse, ou la vieillesse une aide pour nous délivrer de la tentation de s’enfermer dans une forme d’autosuffisance froide et cynique ?!

Quand on parle de mort on pense tout de suite à la mort ‘’physique’’. Mais la mort ‘’physique’’ n’est que la dernière mort, le dernier pas que cette fillette aux habits blancs nous aide à franchir ; avant celui-ci, elle n’a pas arrêté de nous tenir la main, tout au long de notre vie, en nous aidant à franchir des centaines d’autres petites morts.

 

Alors, sommes-nous encore si certains que quand Jésus parlait de sa venue à la fin du monde, il parlait forcement de la ‘’dernière’’ fin du monde ? Et s’il imaginait aussi, par là, toutes nos petites fins du monde, toutes les fois où notre monde à nous semble s’écrouler sous nos pieds, suite à un échec amoureux, au premier ‘’non’’ prononcé par notre petit ange d’enfant, aux premiers cheveux blancs sur notre tête… ?!

C’est quelque part ce que nous dit Luc « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ». Si vous voulez, un ancien proverbe arabe dira cela avec d’autres mots ; il dira :  « Rappelles-toi que quand tu trébuches tu as le choix entre tomber ou… faire un bond en avant ! ».

 

Le temps de l’Avent, c’est un peu ça ; c’est faire ce bond en avant, vers Noël, vers cette renaissance.

Ca n’a rien à voir avec une attente passive et infantilisante. Bien au contraire. Rentrer dans ce temps de l’Avent, c’est plutôt, quelque part, arrêter d’attendre : arrêter d’attendre d’avoir mal pour décider d’aller mieux ; arrêter d’attendre que ça soit trop tard pour choisir de vivre, de prendre le temps d’aimer !

Parce que Noël, c’est déjà aujourd’hui pour ceux qui auront le courage de ne pas se laisser tomber mais de faire ce bond en ‘’Avent’’.

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-martin