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3 Dimanches gratuits

Homélie du dimanche 29 mars 2009 - 5ème dimanche de Carême PDF Imprimer Email
Année 2009

1ère lecture : du livre de Jérémie (31,31-34)
2ème lecture : de la lettre aux Hébreux (5,7-9)
Evangile : selon saint Jean (12,20-33)

 

Dans l’Évangile que nous avons écouté, Jésus vient de rentrer à Jérusalem, pour la Pâques, où il est accueilli par la population, qui l’acclame comme Messie, le roi qui va délivrer Israël, peut-être de l’occupation romaine. Certains Grecs, alors, qui se trouvent à Jérusalem pour la fête, veulent connaître ce Messie, tellement attendu, et demandent aux apôtres de voir Jésus. Jésus comprend alors qu’arrive le moment de se manifester au monde, de montrer sa gloire. Et il va expliquer comment il va être glorifié, d’une façon étonnante et inattendue : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie, la perd ; celui qui s’en détache en ce monde, la garde pour la vie éternelle ». De manière surprenante, Jésus annonce sa passion et mort, qui se passera à la Pâques, et à travers laquelle Dieu manifestera sa gloire.

 

 

 

Cela nous est décrit par la deuxième lecture, tirée de l’épître aux Hébreux : ayant présenté, avec violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort,…tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance. Le Christ n’a pas voulu se sauver de la mort tout seul, mais, comme un grain de blé jeté en terre, il a accepté de se faire broyer, détruire, ensevelir, pour nous. Bien que Fils de Dieu, comme un homme, il a supplié son Père de la sauver de la mort, et il a été exaucé : il a été ressuscité, devenant ainsi pour tous ceux qui lui obéissent, principe de salut éternel.

 

Cela nous dit que, de même que pour le Grecs, le seul moyen de voir Jésus aujourd’hui, d’assister à sa gloire comme Messie dans notre vie, en cette fête de Pâques, c’est de le voir ainsi, dans cette réalité de grain de blé tombé en terre qui meurt. De conséquence, la question pour nous, ce dimanche, c’est : es-tu ce grain de blé tombé en terre ? Car, autrement, nous risquons de passer à côté de la Parole, et elle ne nous concerne pas : nous ne nous retrouvons pas dedans, et elle ne nous sauve pas. De même que la terre est l’image de l’humilité, de notre réalité, qu’est-ce qu’aujourd’hui est en train de te jeter à terre, comme un grain de blé ? Qui, ou quelle situation concrète, est en train de t’humilier, de t’ensevelir, de t’enterrer, comme un grain de blé ? Car le grain ne se jette pas à terre tout seul, normalement : il faut que quelqu’un le sème, qu’il le piétine, éventuellement, pour mieux le faire pénétrer dans la terre, qu’il l’enterre, donc, afin que ce grain ne pousse des racines à l’air, et que ça sèche, sans donner du fruit.

 

De même, nous ne choisissons pas d’avoir une souffrance, une épreuve, qui nous humilie ; c’est toujours quelqu’un qui s’en charge. Mais lorsque l’épreuve arrive, nous pouvons accepter d’y rentrer ou pas, de mourir ou pas, exactement comme ce grain de blé. Cette réalité, Jésus l’explique en ajoutant que « celui qui aime sa vie, la perd ; celui qui s’en détache en ce monde, la garde pour la vie éternelle ». La vie c’est tout ce qui constitue notre existence, tout ce qui nous appartient, notre intelligence, notre raison, notre conception du bonheur, de notre réalisation, tout ce qui concerne notre idéal ou projet par rapport à la santé, à l’argent, à la famille, au travail : bref, notre intellect, qui nous dicte que le bonheur est absence de problèmes, de souffrances, d’épreuves. Le Christ, au contraire, tout en étant Dieu, n’a pas regardé à la dignité de sa condition, et il s’en est détaché : il n’a pas vacille dans la souffrance, et il a haï, en quelque sorte, comme il est écrit dans le texte, sa propre vie, justement en se laissant enterrer comme un grain de blé.

 

La Parole dit qu’il apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance : or, obéir veut dire écouter, et faire appel à un autre dont on reconnaît l’autorité, un autre qui peut sauver. Sommes-nous en train d’apprendre l’obéissance, de ce que nous souffrons ? C'est-à-dire, apprendre à supplier Dieu de rentrer dans la mort et d’être sauvés par Lui. Parce que, on peut souffrir, mais toujours chercher de s’en sortir avec ses propres forces ; et si nous nous adressons à Dieu, souvent, lorsqu’on est vraiment à bout, c’est facilement pour le supplier de nous sortir de la souffrance, plutôt que de demander de pouvoir mourir. Jésus Christ, le seul qui a accepté de se faire broyer par nous, a donné beaucoup de fruit : ce fruit c’est cette Eucharistie, c’est nous qui sommes là. Car, dire « Amen » à cette Eucharistie, c’est dire « Amen » à cet amour, à ce grain de blé jeté en terre qui meurt, de sorte à pouvoir devenir, nous-aussi, des grains de blé qui meurent, qui se laissent ensevelir par les autres, dans l’épreuve, dans les faits de mort, et donner du fruit : fruit d’amour, de pardon, de réconciliation, de ne pas se faire justice, principe de salut éternel pour ceux qui nous jettent à terre et nous ensevelissent. Cet amour va se réaliser ici, maintenant : le Christ donne du fruit, grain de blé qui devient pain, qui s’offre, se rompt et se donne à manger à nous, pour que nous puissions devenir des pains qui se donnent à manger aux autres. En son temps, avec beaucoup de patience…

 

Ciro PARTITI – Diacre et séminariste stagiaire à Saint-Martin