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Homélie du dimanche 22 mars 2009 - 4ème dimanche de Carême PDF Imprimer Email
Année 2009

1ère lecture : du second livre des Chroniques (36,14-16.19-23)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens (2,4-10)
Evangile : selon saint Jean (3,14-21)

           

 

« De même que le serpent de bronze fut élevé par Moise dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle » Jn.3,14

 

Dans l’évangile de ce dimanche, il est question de la vie éternelle. Si Dieu, en Jésus-Christ, a risqué tout ce qu’il avait de plus cher, c’est « pour que nous ayons la vie, et que nous l’ayons en abondance », nous dira saint Jean, un peu plus loin. Et nous savons que cette vie éternelle commence, pour chacun d’entre nous, déjà dès ici-bas. Les saints sont là pour en témoigner.

 

 

 

C’est pourquoi ce matin,  il est très important que nous ayons le courage de nous demander: « Est-ce que dans ma vie, à un moment donné, j’ai déjà ressenti au plus profond de moi-même un début d’accomplissement, cet avant-goût de la vie éternelle? Aujourd’hui, dans mon couple, dans ma relation avec mes enfants, mes petits enfants, avec mes frères et sœurs, dans le travail, ou tout simplement face à moi-même, est-ce que j’arrive encore à ressentir cette sensation de plénitude ? Et si pas encore, ou moins qu’avant, à cause de quoi, …à cause de qui ?! »

 

Parce  que je remarque que souvent, nous attribuons notre mélancolie, notre insatisfaction, ou voire même notre tristesse, notre colère, notre malheur à ces mêmes personnes qui, auparavant, ont été, selon  nous, à l’origine de notre bonheur ; ou du moins qui auraient pu, ou qui auraient dû l’être.

Reconnaissons-le : les personnes qui ont le pouvoir de nous faire le plus de mal, ce sont celles à qui nous avions confié, consciemment ou inconsciemment, la responsabilité de nous rendre heureux/heureuses. Elles ont ce pouvoir sur nous parce qu’à un moment donné, nous leur avons donné ce pouvoir.

 

Mais alors qu’est ce qu’il faut faire pour se protéger, et pour ne plus avoir mal ?

Faut-il que j’arrête d’être en demande face à l’autre, parce que cela me rend hypersensible et donc vulnérable face à un éventuel refus de sa part ? Faut-il que j’arrête enfin de chercher à être reconnu par mon père, à travers mes bulletins extra ou à travers mon salaire luxembourgeois ? Faut-il que j’arrête désormais de chercher à être reconnue par mon mari, à travers les petites attentions que je lui porte au quotidien, ou par mes enfants, à travers les services que je leur rends à la maison ? Ou encore, peut-être que je devrais arrêter de constamment chercher à exister aux yeux de mon patron et de mes collègues, à travers les heures supplémentaires que je fais et que j’enlève à ma famille, ou aux yeux de mes paroissiens, à travers ma disponibilité, ou aux yeux de mes amis, à travers mes blagues et mon humour… ?

 

Mais, pour avoir moins mal, est-ce qu’il n’y a pas d’autre solution que de me fermer ?!

 

Oui, et la foi nous révèle qu’il y a trois étapes à franchir pour arriver non seulement à avoir moins mal, mais pour arriver à goûter déjà cette plénitude de vie dès maintenant. La première étape, nous pourrions l’appeler l’étape de l’Exode ; la deuxième, l’étape de Pâques ; et la troisième, l’étape de Pentecôte.

 

La première étape, c’est de reconnaître que la plus grande partie de responsabilité dans mon ressenti m’appartient. Nous l’avons déjà dit tant de fois, mais c’est important de nous le répéter : l’autre est responsable des actes qu’il pose envers moi mais pas des sentiments que ces actes éveillent en moi. Il suffit de confronter deux personnes à la même situation : elles peuvent réagir très différemment.

 

C’est pourquoi l’évangile de ce dimanche nous rappelle ce serpent de bronze, que Moïse avait du élever sur un bois.

Je ne sais pas si vous vous rappelez cet épisode de l’Exode. On voit ce peuple qui, durant la traversé du désert, confronté à des épreuves comme la soif, la faim, le risque de mourir, oublie d’avoir choisi de quitter l’esclavage en Egypte et qui jette toute la responsabilité de ses malheurs sur Moïse et sur Dieu.

C’est pourquoi Dieu leur envoie des serpents venimeux. Non pas comme une punition, mais pour qu’ils réalisent que ce qui empoisonne vraiment leur vie, leur marche vers la terre promise, ce n’est ni la chaleur, ni Moïse, mais leur péché, leur jugement, leur colère, leur rancune... Voilà pourquoi, une fois piqué par ces serpents, Dieu offre comme moyen de guérison, de tout simplement regarder ce serpent de bronze élevé sur ce bois. C’est-à-dire que sont guéris, tous ceux qui acceptent de reconnaître l’origine de leur amertume dans leur propre péché, symbolisé par ce serpent de bronze et par tout ce qu’il représente.

Voilà la première étape.

 

Ensuite, Jésus-Christ nous ouvre l’accès à une deuxième étape vers ce bonheur céleste. C’est l’étape de Pâques. Cette étape est celle d’apprendre à nous laisser aimer. Et cela nous est possible en contemplant un autre bois, celui de la croix.

Ce n’est plus un serpent venimeux qui est cloué dessus, mais le Christ lui-même.

C'est-à-dire que dans la pédagogie de Dieu, le tout n’est pas seulement de reconnaître son propre péché. Nous avons besoin aussi de savoir que nous pouvons être aimés pour nous-mêmes, indépendamment de ce péché. Et voir, même, que nous pouvons être aimés, au cœur de la blessure produite par notre péché.

 

Voilà pourquoi le Christ en croix a le pouvoir de nous réconcilier avec la partie la plus sombre et la plus honteuse de nous-mêmes.

Mais comment croiser son regard aimant ?! Tout simplement en acceptant de croiser son propre regard dans celui de tant de personnes qui se sont laissées clouer à cette croix par notre jalousie, par notre avarice, par notre mépris, par notre violence, par notre orgueil, par notre luxure, sans répondre à notre mal par le mal… Et bien, c’était le Christ, qui en elles, était en train de nous témoigner de son amour !

 

Mais combien de personnes devront encore verser leur ‘‘sang’’ avant que tu acceptes d’être aimé de cet amour inconditionnel ?! Combien de personnes devront encore prendre sur elle tes révoltes, tes complexes, tes peurs, tes péchés, avant que tu ouvres les yeux sur le fait que tu es aimé de Dieu ?! Mais non pas aimé d’un amour qui t’infantilise, aimé plutôt d’un amour qui te responsabilise et qui t’ouvre sur une troisième étape : celle de Pentecôte.

 

Comme la Pentecôte, si vous voulez, a été pour les disciples le moment de « se rencontrer » avec le Christ ressuscité et de recevoir de lui son esprit vivifiant, cette victoire sur toutes les forces de mort qui nous habitent, ainsi cette troisième étape sera l’étape où, à notre tour, nous pourrons choisir de répondre à l’appel de Dieu et d’incarner cet amour gratuit de Dieu. Le vrai bonheur sera, en fait, de recevoir de Dieu son Esprit Saint, sa grâce, pour être son visage aimant devant tant d’hommes et de femmes blessés et en manque d’amour. C’est là, la vraie sainteté.

 

N’attendons pas alors le calendrier liturgique pour franchir ces dernières étapes, celle de Pâques et de Pentecôte. Dieu, c’est aujourd’hui qu’il veut nous séduire à l’amour. Reconnaissons alors, des trois, l’étape qui nous correspond aujourd’hui et vivons-là pleinement en avançant vers la suivante.

Ce sont ces étapes qui  nous donnent accès au véritable bonheur et qui feront de nous des hommes et des femmes accomplis !

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin