Le 27 septembre, en soirée, la nouvelle cloche destinée à la flèche de croisée de l'église Saint-Martin (campanile) sera coulée sur la place Léopold à Arlon.

Cette cloche, actuellement en cours de préparation à Strasbourg, pèsera plus de 1.800 kilos et mesurera un peu plus de 1 mètre 60 de hauteur.

La coulée de bronze sur la place Léopold, en début de nuit, sera assurément un spectacle impressionnant.

Jean-Marie JADOT en sera le parrain. La cloche portera aussi le blason de la ville d'Arlon et la mention qu' « elle sonnera pour l'éternité ». Son marteau frappera la note SI.

Cette très belle cloche sera hissée au cours de la restauration du campanile après avoir été bénie.



Homélie du mercredi 25 février 2009 - mercredi des Cendres PDF Imprimer Email
Année 2009

1ère lecture : du livre de Joël (2,12-18)
2ème lecture : de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (5,20-6,2)
Evangile : selon saint Matthieu (6,1-6.16-18)

 

Avec cette célébration des cendres, voilà  que s'ouvre à nous le temps du Carême. Mais qu’est-ce que c’est au fond le Carême ?

Non pas ce que c’est pour nous, dans notre vision très moralisante et très janséniste. Non. Qu’est-ce que c’est pour Dieu !

 

 

 

Saint Paul l’exprime très bien dans sa deuxième lettre au Corinthiens: « Frère, nous sommes les ambassadeurs du Christ et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Cor.5,20)

 

Qu’est-ce que c’est alors le Carême ?

Le Carême, c’est ce Dieu qui vient nous implorer de saisir la main qu'il nous tend. C’est ce Père qui vient chercher son enfant qui s’est caché dans sa chambre après avoir fait une grosse bêtise. Et non pas pour le punir, pour l’enfoncer encore plus. Mais pour l’arracher à sa honte, pour l’arracher à sa colère, pour l’arracher à sa folie.

Oui, à sa folie ! Parce que il sait en effet combien nous savons être cohérents et têtus dans notre incohérence, dans notre folie. Il sait très bien, par exemple, que parfois nous nous convainquons d’être allez bien trop loin pour encore espérer pouvoir revenir en arrière ; mais peut-être qu’en réalité ce retour est encore possible. Il sait que parfois nous avons tellement investi dans un projet de travail, dans une situation de vie, dans une relation affective que par peur de perdre ce qu’on a déjà mis sur le tapis jusque là, nous misons alors tout ce qui nous reste, en fermant les yeux, en croisant les doigts et en coupant le souffle. Mais est-ce qu’il n’y a vraiment pas d’autre choix possible à faire ?

 

Le Seigneur sait parfaitement combien il y a plus de peurs que de vraie liberté dans nos choix. Il le sait.

Mais il sait aussi que la liberté est une conquête, de chaque jour. C’est pourquoi il nous propose, dans l’évangile, trois moyens pour acquérir cette vraie liberté intérieure : l’aumône, la prière et le jeûne.

Aussi bien l’aumône, que la prière que le jeûne nous sont offerts par Dieu non pas pour nous humilier ou pour nous culpabiliser, mais en vue de guérir nos peurs en profondeur.

 

L’aumône est là pour guérir cette angoisse, par exemple, que nous avons face à la « précarité économique ».

Elle est là pour guérir, si vous voulez, ce besoin qu’on a de devoir toujours s’assurer l’avenir, à travers l’argent et à travers la sécurité qu’il représente. C’est pourquoi l’aumône ne se réduit pas uniquement à donner deux euros au mendiant ; faire l’aumône c’est accepter au fond de nous-mêmes que nous dépendons des autres, et que les autres dépendent de nous, qu’on le veuille ou pas. Et cela sur tous les plans, et non que sur celui économique. Aussi bien sur le plan affectif, que psychologique, que sociale ou culturel. La vraie solidarité c’est aimer l’homme, aussi bien par ce qu’on peut lui apporter que par ce qu’on peut recevoir de lui. Faire l’aumône c’est aussi savoir accepter de l’autre ce qu’il a à nous donner.

Par cette guérison, Dieu vise à nous rendre une plus grande liberté en ce qui concerne notre relation aux autres, et à la représentation que nous avons de ce qui devrait être la société et l’avenir.

 

Pour ce qui est de la prière, elle est là pour guérir quelque part notre peur de manquer d' « autonomie morale ».

C’est-à-dire qu’elle est là pour guérir cette peur que nous avons qu’une autorité autre que la notre puisse nous imposer de l’extérieur ce qui est bien pour nous, et ce qui ne l’est pas. C’est pourquoi la prière ne se réduit pas uniquement à bénir la table avant le repas ou à dire un Notre Père avant de se coucher ; prier c’est aussi savoir porter un regard lucide sur les événements qui nous arrivent, les positifs comme les négatifs, sachant en assumer la responsabilité quand elle nous appartient, sachant la rendre quand elle nous appartient pas, y compris à Dieu, sans la prendre sur nous.

Par cette deuxième guérison, Dieu vise à nous rendre une liberté de conscience plus mure dans notre relation à lui, et plus en général à toute représentation que nous avons de l’autorité.

 

Et enfin, le jeûne est là pour guérir aussi notre peur de la « souffrance physique ».

Il veut guérir ce besoin constant que nous éprouvons de trouver au moins du plaisir là où peut-être nous n’arrivons pas à donner du sens. C’est pourquoi le jeûne ne se réduit pas uniquement à se priver de viande le vendredi ; jeûner c’est aussi accepter de ne pas avoir toutes les réponses que nous voudrions. C’est sortir de l’esclavage du « tout et tout de suite » ou du plaisir à tout prix.

Par cette guérison, Dieu nous aide à récupérer, ainsi, une plus grande liberté vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis de celle qui est notre représentation du bonheur.

 

Aumône, prière et jeûne agissent sur nos trois dimensions, largeur, hauteur et profondeur, pour donner à nos vies de la consistance, du volume. Suffit que l’une ou l’autre de ces trois dimensions soient absentes ou fort diminuées, et notre vie se réduit à une image, plate, sans relief. Repensons au nombre de fois où nous avons déjà éprouvé cette sensation de superficialité et d’inconsistance !

 

C’est pourquoi Dieu nous offre ce soir ces trois clés : l’aumône, la prière et le jeûne. Chacune de ces clés ouvre une porte, ouvre une de ces trois dimensions.

 

Mais si nous analysons de plus près les trois peurs qui défendent l’accès à ces trois portes, nous verrons qu’elles ont toutes les trois la même racine, la même origine. Les trois relèvent de l’orgueil. L’orgueil de l’avoir, l’orgueil de l’être et l’orgueil du paraître. Si le jeûne vient attaquer toute tentation que nous pourrions avoir de ne vivre que pour nous-mêmes, en fonction de notre plaisir, dans le cas de l’aumône et de la prière, elles viennent attaquer une tentation bien plus subtile : celle de ne vivre que par soi même.

 

L’orgueil, exprimé aussi bien dans l’une que dans l’autre forme, nous donne une sensation de toute puissance tandis que ce n’est qu’un mirage, qui, en réalité, nous prive de toute vraie liberté intérieure. Dieu, si nous l’acceptons, au long de ce Carême, veut se faire notre allié pour déclarer la guerre à cet orgueil pourri qui nous empoisonne la vie : « Frère, nous sommes les ambassadeurs du Christ et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Cor.5,20)

Lui sera là pour nous tendre sa main. Mais c’est à nous de la saisir. Bon Carême à tous.

 

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin