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Homélie du samedi 14 février 2009 - clôture des 24 heures de l'Amour PDF Imprimer Email
Année 2009

Première lecture : 1Co 13, 1-8

Evangile : Jn 13, 1-15 + 15,12-13

 

Nous venons d'accueillir le récit de la dernière cène, du dernier repas au cours duquel le Seigneur Jésus a institué l'Eucharistie.  Surprise quand on se reporte au chapitre 13 de l'évangile de Jean : Jean ne fait pas état de l'institution de l'Eucharistie, au contraire de Paul, Marc, Matthieu et Luc.  Jean aurait-il oublié ?  Ce serait à peine croyable, lui qui, seul, au chapitre 6 de son évangile, rapporte le long discours sur le pain de vie, à la teneur nettement eucharistique : "Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous" (Jn 6,53).  Comment expliquer son silence ?

 

 

 

 

Un prêtre du diocèse de Liège est l'auteur de quatorze linogravures illustrant le chemin de la croix.  Sur l'une d'elles, on voit Jésus condamné, avec en arrière-fond le Palais de Justice de Liège et la Prison de Lantin.  La scène est bien plus suggestive que si son auteur avait placé Jésus devant le Prétoire de Pilate.  Elle exprime par exemple que, dans l'aujourd'hui, Jésus continue à être condamné, ou encore, qu'entre le détenu et Jésus existe une solidarité vécue : "J'étais en prison, et vous êtes venus à moi" (Mt 25,36).

 

C'est le propre de l'artiste, qui voit profond, de ne pas s'arrêter au déroulement extérieur.  Le quatrième évangéliste, au regard d'aigle et qui recourt volontiers au symbole, ne donne pas semblablement un compte rendu complet du dernier repas pris par Jésus avec ses disciples.  Curieusement, il tait l'institution de l'Eucharistie.  Par contre, seul il relate le lavement des pieds.  Il n'est pas interdit de penser que tout cela soit intentionnel.

 

Que laisse entendre saint Jean au chapitre 13, où l'on attendait les paroles institutionnelles et où on a, à la place, le lavement des pieds ?  Sans doute qu'il y a un rapport étroit entre l'Eucharistie et le lavement des pieds.  Que chaque fois qu'est célébrée une messe, Jésus, lui "le Seigneur et le Maître", tombe à nos pieds, passe devant chacun de nous avec un bassin et un linge et prend le rôle du serviteur, de l'esclave, et même un peu plus : on sait qu'en Palestine au temps de Jésus, un maître ne pouvait contraindre un esclave juif à laver les pieds.

 

Nous savions par Paul mais aussi par Marc, Matthieu et Luc que, chaque fois qu'est célébrée une messe, le Seigneur se donne à nous : "Ceci est mon corps…ceci est mon sang".  Soucieux d'amener plus loin, dans leur pratique sacramentelle, les participants au repas eucharistique, saint Jean précise en quel sens.  La nuit où il fut livré et s'est dessaisi de sa vie, Jésus a pris le rôle humiliant de l'esclave.  Quand Jésus se donne, il se fait le dernier, il se donne en pauvre.  "Sous l'habit du mendiant, j'ai frappé à ta porte, ô mon peuple…"

 

C'est un exemple qu'il nous a donné afin que nous fassions comme lui.  "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jn 15,12).  Que la mesure de votre amour soit la démesure de mon amour !

 

Dans son hymne à l'amour, saint Paul dit : "…l'amour rend service…il ne plastronne pas … il ne cherche pas son intérêt… il endure tout".  Dans son merveilleux chant à l'amour, saint Paul dit encore : "Amour avant tout".  Pourquoi dit-il : "Par-dessus tout qu'il y ait l'amour" ?  Il s'en explique ainsi :

 

"Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges, s'il me manque l'amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante.  Quand j'aurais le don de prophétie, la connaissance de tous les mystères et de toute la science, quand j'aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien.  Quand je distribuerais mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s'il me manque l'amour, je n'y gagne rien."

 

Ces versets, nous pouvons les traduire ainsi dans notre aujourd'hui :

 

-       Quand bien même j'aurais fait, de mes deux garçons, un ingénieur et un notaire, et, de ma fille, une pharmacienne, si je n'ai pas mis l'amour dans leur cœur, cela ne sert à rien.

-       Quand bien même je serais bardé de diplômes ou pourri de qualités, quand bien même j'aurais beaucoup de cordes à mon arc, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'une cloche, un gros zéro.

-       Quand bien même je serais éloquent, bon prédicateur dans les trois langues nationales, s'il me manque l'amour, vaine, tout à fait vaine est ma facilité de parole.

-       Quand bien même j'aurais raison, mille fois raison, si je deviens blessant, tout à fait vaine est ma justesse de pensée.

-       Quand bien même je serais un pratiquant fidèle, si je ne pratique pas l'amour, c'est comme si je ne pratiquais pas.

-       Quand bien même, en rédigeant ma déclaration pour les contributions, j'aurais, chaque année, des libéralités et des libéralités à déduire, si mon cœur n'est pas bon, c'est comme si mon compte bancaire n'avait rien débité.

-       Quand bien même je serais capable de débarquer non seulement sur la lune mais encore sur la plus lointaine Mars, si en voyant mon frère qui souffre je n'ai pas mal, c'est comme si je n'avais pas progressé d'un pouce.

 

Par-dessus tout, qu'il y ait l'amour !  Saint Jean de la Croix disait, lui : "Le plus petit mouvement de pur amour est plus utile (…) que toutes les œuvres réunies".

 

Une tasse d'eau bouillante suffit pour faire cuire un œuf, tandis qu'un océan d'eau tiède n'y arrivera jamais.  J'en conclus qu'un petit curé qui aime fait ce que ne peut pas faire un grand curé dont l'amour n'est pas si brûlant, ou encore, que quelqu'un sans nom qui aime fait ce que ne peut pas faire un autre grandement engagé certes, mais dont l'amour n'est pas si brûlant.

 

L'amour : voilà ce qui est vraiment fécond, voilà ce qui porte du fruit qui demeure, voilà ce qui a valeur d'éternité.  Dans l'hymne à l'amour, saint Paul dit des charismes si prisés à Corinthe qu'ils passeront.  Mais de l'amour il dit : "L'amour ne disparaît jamais" (1 Co 13,8).

 

L'amour surpasse tout.  L'amour fait des merveilles.  Ecoutez ceci.

 

Cela s'est passé, il n'y a pas si longtemps, aux Olympiades de Seattle aux USA.

 

Neuf athlètes, tous handicapés mentaux, sont sur la ligne de départ pour la course du 100 mètres.  Fiers de participer à la finale, ils se sont entraînés longuement.

 

Au signal de départ, ils s'élancent.  Mais à mi-distance, l'un d'eux trébuche, tombe lourdement et se met à pleurer.  Les autres l'entendent, ralentissent et rebroussent chemin…tous !

 

Une jeune fille trisomique s'assied près du malchanceux.  Elle le console et lui demande : "ça va mieux maintenant ?"  Alors les autres le prennent par les bras et ils marchent ensemble vers la ligne d'arrivée.

 

Le stade entier se lève et applaudit.  Les applaudissements ont, paraît-il, duré longtemps, et les personnes qui ont assisté à cette compétition en parlent encore aujourd'hui !

 

 

Monseigneur Pierre Warin – Evêque auxiliaire de namur