La Fête de Sainte Faustine avec la Conférence sur la Miséricorde Divine et la Miséricorde à travers la libération

VENDREDI 5 ET SAMEDI 6 OCTOBRE 2018

CONFÉRENCE GUIDÉE PAR LE PÈRE PAUL MARIE DE MAUROY,

Père Paul Marie de Mauroyest frère de la Communauté StJean, philosophe et théologien,ayant exercé diverses responsabilités dans l'Eglise (surtout de prédication). Il est actuellement exorciste des Diocèses de Modène (Italie) et de Beauvais(France).

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Homélie du jour de Noël 2008 PDF Imprimer Email
Année 2008

1ère lecture : du livre d'Isaïe (52,7-10)
2ème lecture : Commencement de la lettre aux Hébreux (1,1-6)
Evangile : Commencement de l'Evangile selon saint Jean (1,1-18)

 

La naissance d’un enfant est toujours un événement qui marque. Ils en savent quelque chose ceux et celles qui sont devenus ‘‘papa’’ ou ‘‘maman’’ cette année, pour la première fois. Quel changement dans votre vie !

Un tout petit enfant peut permettre à des époux, de devenir parents ; à un couple de devenir famille. Ce même petit enfant peut permettre à d’autres de devenir frère, sœur, grands-parents, parrains, marraines… Et un jour, probablement, ce petit bout permettra à une femme de devenir épouse, ou à un homme de devenir mari.

Tout un monde qui change autour d’un enfant qui naît !

 

 

 

Et il y a des changements qui peuvent même atteindre des dimensions très profondes en nous : notre manière de nous concevoir, par exemple, ou de concevoir la relation aux autres, de concevoir la vie, de concevoir Dieu…

Regardez ce petit bout, dans la crèche. Ne fut-ce que par sa naissance il est déjà en train de donner l’occasion à plusieurs personnes de vivre une transformation très sérieuse dans leur vie. Et cela avec tout le combat qu’entraîne de laisser ses propres sécurités pour s’ouvrir à l’inconnu.

 

C’est une forme de ‘‘deuil’’ si vous voulez, au sens large. Un deuil, oui, mais avec toute cette joie profonde, cette joie qui suit la prise de conscience qu’une re-naissance est en train de se faire ! Parce que la joie de Noël, c’est bien plus que de la simple allégresse ou de l’euphorie passagère. La joie, pour nous les chrétiens, a un lien bien plus étroit avec la notion d’effort et de responsabilité qu’avec celle de plaisir ou d’insouciance.

 

Pour mieux comprendre ce concept de joie authentique, prenons l’évangile d’aujourd’hui, avec les figures de Joseph, de Marie et des bergers.

 

Quel est ce travail de deuil que doit vivre Joseph, par exemple, pour arriver à rentrer dans la joie véritable ? Eh bien, il s’agit là, tout d’abord, d’un deuil du ‘‘corps’’, pour naître à une relation nouvelle avec l’autre. Dans son cas, c'est pour naître à une relation nouvelle avec sa femme et avec l’enfant.

 

Jusqu’à présent, il avait son rêve à lui Joseph, de couple et de famille. Dieu maintenant, par l’histoire et les événements auxquels il confronte Joseph, lui présente une manière nouvelle de vivre son rêve. Il pourra aimer une femme, oui, mais d’un amour chaste. Et il pourra avoir une famille, bien sur, mais sans jamais savoir ce que signifie vraiment découvrir en son fils qui grandit son propre regard, ses propres traits de caractère, ses propres qualités, voir même ses propres défauts.

Dès lors, Joseph est confronté à un choix : rentrer dans cette nouvelle histoire, et aller de l’avant, en s’ouvrant à  une autre manière de vivre son rêve, ou quitter Marie et poursuivre son ancienne façon de concevoir son bonheur.

La pire des choses qui pourrait arriver à Joseph ? C’est d’accepter de rentrer dans cette nouvelle étape de vie, mais sans pour autant avoir fait le deuil de la précédente. Le prix à payer ? La tristesse, la mélancolie et une forme de tiédeur intérieure qui parfois peut évoluer en déprime ou, voir même, en cynisme.

 

Et si à un moment donné de notre vie on découvre que l'on ressent tout cela ? C’est peut-être, alors, qu’il y a un choix qui nous attend, un choix qu’on est en train de reporter depuis trop longtemps. Le choix de ‘‘partir’’, et d’en assumer les conséquences, avec l’éventualité qu’on pourrait se tromper, ou le choix de ‘‘rester’’, mais alors, cette fois-ci, dans une vraie intégration et dans un engagement renouvelé.

 

Et Marie ? Quel est ce travail de deuil qui s’ouvre à elle pour qu’elle puisse goûter, elle aussi, à la joie profonde ? Probablement un deuil du ‘‘cœur’’. Cette fois-ci pour naître à une relation nouvelle avec Dieu.

 

Regardez. Elle a dû recevoir l’éducation religieuse de son époque. Elle a du attendre probablement, elle aussi, un Dieu Tout-puissant qui viendrait libérer le peuple élu de la main des païens. Et au cœur de cette crèche, froide et sombre, elle a du faire le deuil de ce Dieu Tout-puissant pour accueillir un Dieu dont la puissance était toute autre.

Elle aussi a été confrontée à un choix, comme Joseph : c'est-à-dire, de ‘‘rentrer dans cette crèche’’ et laisser Dieu être Dieu à sa manière, en se donnant le temps d’apprendre à le découvrir vraiment, ou ‘‘forcer toutes ces portes qui se sont refermées sur son nez’’, et défendre ainsi sa propre projection de Dieu, sa propre projection de puissance.

Le prix à payer, dans ce dernier cas ? La colère, qu’elle soit extériorisée ou pas, le sentiment d’injustice et une forme de râlement intérieur constant.

 

Et si face aux événements qui se présentent à nous, nous prenons conscience que notre première réaction est souvent celle-ci, alors peut-être que ce n’est pas contre l’histoire que nous sommes en train de râler, mais contre Dieu, qui permet tous ces événements. Consciemment ou pas, c’est avec lui qu’on est en train de faire un bras de fer.

Alors, continuer à tout gérer par nous-mêmes ou apprendre à lâcher prise et à faire confiance ?!

 

Et les bergers, eux aussi sont appelés à vivre un deuil. Cette fois-ci, le deuil du ‘‘regard’’, pour naître à une relation nouvelle avec eux-mêmes.

 

C’est vrai que nous avons l’habitude de voir dans les bergers des gens humbles et simples, mais il faut savoir qu’à l’époque les bergers étaient des gens relégués au bas de l’échelle sociale et que l’on méprisait. Et ils en étaient conscients. Ils étaient tellement imbibés de ces regards méprisants que, quelque part, ils avaient dû apprendre à vivre de ces regards.

Dieu, en leur envoyant à eux -et non pas aux notables de la ville- les anges pour annoncer la bonne nouvelle, les oblige, d’une certaine manière, à se confronter à un autre regard sur eux-mêmes. Le sien ! Par ces anges, Dieu est en train de leur offrir une chance inouïe : la chance de se débarrasser de cette ancienne étiquette qu’on leur avait collé sur le dos, pour renaître à une nouvelle identité, une nouvelle vie.

Eux aussi sont confrontés à un choix très sérieux : apprendre à s’aimer et à se respecter, sans plus être prisonniers du regard des autres, ou continuer quelque part à se cacher derrière ces regards, trouver leur conte derrière l’une ou l’autre étiquette.

Mais là aussi il y a un prix à payer, si le deuil du regard des autres ne se vit pas correctement. Ce prix est le mépris de soi, la sous-estimation de ses propres capacités et une forme d’auto sabotage.

 

Et si on se reconnaît dans cette figure des bergers, alors c’est qu’à un certain moment, on a donné au regard d’une personne bien précise une importance que peut-être elle ne méritait pas. Il est temps, je crois, de reconnaître tous les anges que le Seigneur a envoyés depuis sur notre route pour nous révéler une autre image de nous-mêmes !

 

Finalement, chacun d’entre nous cette année a été confronté à des deuils, peut-être très durs à vivre, devant lesquels ce n’est pas toujours évident de rebondir. Mais avons-nous vraiment accepté de les vivre, de les habiter, de les intégrer et d’en faire un tremplin pour un nouveau départ ? Qu’il soit un deuil du corps, du cœur ou du regard, vis-à-vis de soi-même, des autres ou de Dieu, ce deuil est la clé qui nous est offerte pour entrer dans une dimension nouvelle, celle d’une joie authentique et responsable.

Courage, nombreuses sont les personnes qui nous aiment et qui attendent que par ce deuil nous renaissions de nos cendres, plus forts et plus grands. Dieu le premier ! Et la vraie joie, celle sereine et profonde, sera témoin de l’authenticité de notre renaissance. C’est cette joie que je souhaite à vous et à moi ce Noël 2008. ‘‘Joyeux’’ Noël !

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin