Grande récolte de dictionnaires français et anglais
et de manuels de sciences, physique, chimie, biologie, menuiserie et électricité.

À déposer à la librairie du CDD, rue de Bastogne 46 (Arlon)

Ils seront redistribués aux élèves de Lokolama (Congo).

Merci pour eux !

Homélie du dimanche 7 décembre 2008 - 2ème dimanche de l'Avent PDF Imprimer Email
Année 2008

1ère lecture : du livre d'Isaïe (40,1-5.9-11)
2ème lecture : de la deuxième lettre de saint Pierre Apôtre (3,8-14)
Evangile : selon saint Marc (1,1-8)

 

Nous voici entrés dans la deuxième semaine de l’Avent. Cette semaine est marquée par une figure mystérieuse et fascinante ; la figure de Jean le Baptiste. Qui est cet homme ? C’est quelqu’un qu’on pourra rencontrer un jour, dans notre vie, nous aussi. Mais à condition de quitter d’abord nos ‘‘villes’’, avec tous leurs bruits, toutes leurs distractions, toutes leurs fausses obligations, pour nous rendre au désert.

 

 

 

Nous savons tous très bien combien il est difficile, dans le contexte de la grande ville, de faire silence et de retrouver une certaine intériorité. C’est difficile aussi dans ce rythme frénétique de la ville, de s’arrêter pour prendre le temps de se poser les justes questions. Et encore plus difficile, terriblement difficile, d’assumer des réponses qu’on n’a pas nécessairement envie d’entendre. Et si on se rendait compte un jour, par exemple, qu’on s’est mariés par peur de la solitude ou pour fuir l’emprise des parents ?! Et si on découvrait qu’on a été des enfants de ‘‘remplacement’’ ?! Et si on réalisait qu’on avait choisi ces études ou ce mari pour montrer à notre père ou à notre mère que nous ne sommes pas des ratés, comme il nous l’a laissé souvent entendre ?! Et si…, et si…, et si…

Bien plus facile de courir toute la journée après les enfants, avec toutes leurs activités, ou de partir tôt au travail et de rentrer tard le soir, en se plaignant constamment qu’on n’a pas assez de temps. Au moins on évite ainsi de devoir affronter les vrais problèmes.

 

Vous savez, la vraie réponse à beaucoup de nos problèmes relationnels, aussi bien avec les autres qu’avec nous-même, se trouve justement là où nous n’avons surtout pas envie d’aller. Et nous le savons bien. C’est la raison pour laquelle on fait semblant de chercher la réponse partout, mais en réalité on se donne beaucoup de peine pour aller la chercher loin de là où nous risquons de la trouver.

Pourquoi ? Parce qu’après, il nous faudra vivre avec cette réponse. Après nous ne pourrons plus nous cacher derrière la faute de quelqu’un d’autre. Après nous ne pourrons plus nous plaindre de subir le cours de la vie pour justifier nos lâchetés, nos échecs. Après nous serons obligés de ‘‘vivre’’, et nous serons à poil, parce que nous serons sortis à la lumière du jour et nous aurons fait vérité avec nous-même.

 

Voilà pourquoi la nécessité d’aller au désert, ce lieu au plus profond de nous-mêmes où on ne peut plus se mentir à soi-même, là où on ne peut plus s’étourdir avec les bruits de la ville. Et quelle est notre ‘‘ville’’ ? On l’a dit. Pour certains, elle peut être le travail, pour d’autres les enfants, pour d’autres encore elle peut être même des œuvres de charité ou des projets humanitaires. Tout, à un moment donné, peut devenir aliénant, assourdissant, évasif. Même les choses les plus belles et les plus nobles.

 

Mais voilà qu’au cœur de nos déserts, si on sait prêter attention, on peut entendre cette voix qui crie : « Convertissez-vous ! ».

 

Et qu’est-ce que ça veut dire ‘‘se convertir’’ ? Tout simplement s’arrêter, prendre du recul et changer de direction, changer de ‘‘sens’’. Se convertir, c’est alors tout d’abord oser se poser les vraies questions, celles qui concernent le sens profond que nous sommes en train de donner à ce que nous faisons et à cet homme ou à cette femme que nous voulons devenir.

 

Ce qui nous ralenti dans cette démarche de conversion, c’est qu’au long de notre vie, nous nous sommes forgé des carapaces, si vous voulez. On a appris à être forts, parce qu’on nous a dit que les garçons ne pleurent pas. On a appris à ne compter que sur nous-mêmes, parce qu’à un moment donné un ami nous a trahi. On a appris à être orgueilleux et rebelles, pour survivre à un père peut-être castrateur, ou faux et menteur pour survivre à une mère trop envahissante, ou encore cynique et blasées, pour tenir bon dans un contexte très dur. On a appris même à être fragiles et sensibles, pour qu’on prenne soin de nous, ou timides et introvertis, pour laisser d’autres assumer des risques à notre place.

 

C’est-à-dire qu’un jour, pour arriver à survivre dans un contexte qui nous semblait nous menacer, peut-être dans notre intégrité physique, morale ou psychologique, nous avons mis en place un système immunitaire très efficace. Il est tellement efficace qu’il nous défend de toute agression extérieure, c’est vrai, mais en même temps, il nous interdit toute évolution, tout changement de l’intérieur. Si c’est vrai qu’à un moment donné il nous ait sauvé la peau, aujourd’hui peut-être qu’il est en train de nous étouffer.

C’est comme la carapace du homard. Si à un moment donné, il ne choisissait pas de quitter la vieille pour en faire une nouvelle, mieux adaptée à sa taille, celle qui l’a sauvée tant de fois des agressions extérieures risque maintenant de le tuer.

 

Pour nous, c’est la même chose. Et Jean-Baptiste est là pour nous aider à nous débarrasser de cette vieille cuirasse d’enfance et devenir des adultes en choisissant ce qui s’adapte le mieux à nos besoins d’aujourd’hui.

 

Qui est alors ce Jean-Baptiste qui nous aidera à vivre cette mue ? Je ne sais pas qui il sera pour vous, mais ce que je sais c’est que quand j’ai posé cette question en prison, avant-hier, un détenu m’a répondu : ‘‘Jean-Baptiste pour moi a été mon fils !’’. Cet homme était un dealer. Ce qui a fendu en deux sa grosse carapace a été la question que son petit lui a posé pendant une visite : « Papa, quand est-ce que tu rentres à la maison ? Tu me manques ». Là il s’est effondré et il a compris que son fils lui offrait une perche pour commencer à devenir libre, tout en restant en prison.

Pour lui, rentrer dans les eaux du Jourdain pour recevoir le pardon des péchés a été symbolisé par ces larmes qui ont coulé sur son visage. Là il y a eu un avant et un après.

 

Jean-Baptiste, dans notre vie, sera alors celui ou celle qui arrivera à nous donner envie de changer, d’être meilleur, de découvrir qui nous sommes réellement, au-dessous de nos carapaces, et de découvrir qui nous sommes aux yeux de Dieu.

 

Arrêtons de subir notre vie. Arrêtons de traîner notre histoire comme un boulet. Nous avons toujours le choix. C’est juste qu’on ne se donne pas toujours le droit.

Et Dieu se chargera de permettre des événements dans notre vie, peut-être même des crises dans le couple, des problèmes avec les enfants, des tensions dans le travail, des soucis de santés, pour nous aider à rentrer dans notre désert, comme la prison l’a été pour ce détenu.

 

Mais le tout n’est pas de se retrouver au désert. L’important, c’est de savoir y reconnaître nos Jean-Baptiste, parce qu’un Jean-Baptiste cache toujours, derrière lui, Jésus-Christ, le Dieu au visage humain. Ouvrons alors grands nos yeux et nos oreilles parce que ce Jean-Baptiste est peut-être déjà là, pas si loin de nous. Sachons le reconnaître. Bon temps d’Avent à tous.

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin