Nous avons le plaisir de vous communiquer le lien vers la vidéo du spectacle « En Chemin » à l'église Saint-Martin sur YouTube (version complète - 1h10)
Homélie du dimanche 2 novembre 2008 - Jour des morts PDF Imprimer Email
Année 2008

1ère lecture : du livre de la Sagesse (3,1-8)
2ème lecture : de la lettre aux Romains (8,18-23)
Evangile : selon saint Jean (20,11-18)

 

 

« Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Jn.20,15

Voici les premières paroles que le Christ ressuscité adresse à Marie-Madeleine.

 

 

 

 

Dites-moi une chose. Sincèrement. Est-ce que je suis le seul, ce matin, à ressentir toute la violence qu’il y a dans ces mots ?

Et je m’adresse surtout à vous, qui avez connu au cours de cette année, le départ d’un proche. Comment auriez-vous réagi si on vous demandait : « Pourquoi pleures-tu ? » à vous qui venez peut-être de perdre votre femme ! Ou allez dire : « Qui cherches-tu ? » à cette mère qui angoisse devant la fenêtre en ne voyant pas rentrer son fils un samedi soir, terrorisée à l’idée que le téléphone sonne pour lui annoncer une mauvaise nouvelle !

 

Quelle violence ! Et pourtant quel amour dans ces paroles. Le Christ ressuscité, par ces deux questions déchirantes, est en effet en train d’aider Marie-Madeleine à faire tout un travail sur elle-même. Un travail de deuil.

Il est en train de l’aider à ouvrir son propre tombeau à elle, là où elle s’est enfermée et là où elle a enfermé toutes les personnes qu’elle aimait, pour les protéger, par peur de les perdre.

 

« Qui cherches-tu, Marie-Madeleine ? ». Parce que si tu cherches le Jésus que tu as laissé sur les routes de Galilée, ou aux bords du lac de Tibériade, ou au pied du jardin des Oliviers,… alors il n’est plus là. Il n’existe plus ce Jésus. Il est mort. Et il est mort bien avant d’avoir été tué par les Romains. Il est mort le jour où tu as voulu mettre la main sur lui, sur ce qu’il était pour toi, sur ce qu’il devait être pour les autres.

 

Mais si tu ne sais pas trop bien qui tu viens chercher ce matin de Pâques, et si tu acceptes de ne pas trop savoir qui tu trouveras à l’intérieur de ce tombeau, alors tu peux arrêter de pleurer sur toi-même, parce que Jésus-Christ est vivant, il est ressuscité. C'est-à-dire qu’il est lui-même et tout autre à la fois.

Maintenant tu peux le reconnaître, même dans la personne d’un jardinier !

 

Au seuil de ce tombeau, ce n’est pas forcement le visage du Christ qui a changé, tout en étant un visage transfiguré bien sur. C’est le regard que Marie-Madeleine a posé sur lui qui a changé. Voilà pourquoi elle pourra le reconnaître dans ce jardinier, ainsi que Jean a pu le reconnaître en cet homme devant le feu sur le bord du lac, ou encore que les disciples d’Emmaüs ont pu le reconnaître en ce pèlerin qui faisait route avec eux.

C’est au moment où ils s’ouvrent à le voir autrement que de la manière où ils l’avaient toujours imaginé, qu’ils peuvent désormais le reconnaître.

 

Mais la tentation de reprendre le contrôle est toujours là. C’est pourquoi, à nouveau, le Christ devra dire à Marie-Madeleine : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père » Jn.20,17

Il y a là, à nouveau un deuil à faire. Et peut-être plus dur que le précédent. Parce que c’est quand on retrouve quelqu’un après une longue séparation, que c’est plus dur de le laisser à nouveau. Mais c’est à ce moment-là, qu’on peut savoir si l’on aime quelqu’un pour lui-même ou si, par lui, on est encore toujours en train de se chercher soi-même.

 

Si je vous partage tout ça, c’est pour nous aider à ce que la mort de nos proches ne soit pas vaine, mais qu’au contraire, elle nous aide à changer notre regard, à ouvrir nos tombeaux, pour savoir de quel amour aimer ceux qui restent. Pour savoir les aimer d’un amour qui les ressuscite, qui les fait grandir, et non pas d’un amour qui les ligote à nous et qui les enterre déjà, même si c’est sous une cloche en cristal ou dans un tombeau tout neuf. Et pour cela, qu’on le veuille ou pas, il faudra passer par des étapes de deuil, des étapes de lâcher prise.

 

La vie est là pour nous aider à rentrer dans cette logique de ‘‘lâcher prise’’.

Le premier deuil d’une maman vis-à-vis de son fils par exemple, commence déjà à la naissance de ce dernier, en coupant le cordon ombilical. Je ne sais pas comment ça se passe en salle d’accouchement, mais je trouve que ce serait important que ce soit la mère qui pose cet acte, plutôt que de le subir inconsciemment comme une violence, comme une injustice. Cela afin de se réapproprier par là ce premier deuil si important pour la suite, si important dans toute sa relation à son fils.

 

Et le deuil ne concerne pas uniquement la relation à nos proches. Il est là pour nous aider aussi à mieux vivre la relation à nos rêves et à nos projets. Aussi bien à nos rêves de couple, de famille, d’avenir, qu’à nos projets de maison, nos projets professionnels, nos projets de vie.

On dit par exemple, que saint Ignace de Loyola est parti à la chapelle, suite à la demande du pape de fermer l’ordre religieux, les Jésuites, qu’il avait fondé. Et là, il lui a fallu 15 min devant le saint sacrement pour arriver à en faire le deuil.

C’est par la prière qu’il a pu intégrer une décision si difficile à assumer. Et c’est à ce moment là qu’a commencé pour lui sa vraie paternité spirituelle vis-à-vis de l’ordre, qui sera re-approuvé quelques années plus tard et qui offrira tellement de rayonnement spirituel pour toute l’Eglise. Cet ordre religieux est vraiment né à lui-même, le jour où Ignace a accepté de couper ce cordon, de le laisser vivre - ou ‘‘mourir’’- indépendamment de lui.

 

Vous comprenez alors que la mort, la nôtre, comme celle des personnes que nous aimons, ça ne s’improvise pas. Ça se prépare. C’est le travail de toute une vie. Et ça passe par plusieurs deuils, qui préparent le tout dernier, le définitif.

 

Si dans la relation à l’autre on arrive à cette maturité, si on arrive à l’aimer pour lui-même, vous verrez alors qu’on arrivera aussi à accepter de passer par des deuils, en faisant tout un travail sur nous-mêmes, pour laisser à l’autre le droit de vivre des passages importants dans sa vie, de vivre ses résurrections à lui, qui lui appartiennent.

Et cela, même si parfois elles doivent se faire dans les larmes et les cris. Cela même si parfois on a l’impression de ne plus reconnaître l’autre, qu’on a l’impression de le ‘‘perdre’’. Cela même si à un moment donné, on aura l’impression qu’il meurt. Il ne meurt pas, il est en train de vivre sa dernière résurrection, la définitive, la plus importante. Et si on a su vivre avec lui toute une série de deuils intermédiaires, alors on sera prêts aussi pour l’accompagner à vivre ce dernier passage, celui de la mort, de la meilleure manière possible. A ce moment-là ce sera lui qui nous dira: « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père ».

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin