Grande récolte de dictionnaires français et anglais
et de manuels de sciences, physique, chimie, biologie, menuiserie et électricité.

À déposer à la librairie du CDD, rue de Bastogne 46 (Arlon)

Ils seront redistribués aux élèves de Lokolama (Congo).

Merci pour eux !

Homélie du 1er novembre 2008 - Toussaint PDF Imprimer Email
Année 2008

1ère lecture : de l'Apocalypse de saint Jean (7,2-4.9-14)
2ème lecture : de la première lettre de saint Jean (3,1-3)
Evangile : selon saint Matthieu (5,1-12a)

 

Cela semble aujourd'hui une évidence : notre société a les moyens de tout commercialiser : nos joies, nos peines, nos souvenirs, nos amours, nos travaux, nos temps de fête… tout y passe du premier janvier au 31 décembre ! Tout est bon pour faire des sous ! Même la peur est passée à la trappe ! Eh ! Oui, notre dernière invention est la fête des citrouilles vides et des sorcières grimaçantes ! Une fête pour faire peur !

Certains y soupçonnent des intentions malveillantes pour supplanter les célébrations chrétiennes de Toussaint et du jour des morts, un événement annuel de la tradition chrétienne qui semblait avoir assez bien résisté à la sécularisation et à la laïcisation de la société ! La coïncidence du calendrier a, de fait, quelque chose de troublant !

Frères et sœurs dans le Christ, ne tombons pas trop vite dans le panneau de la morosité et d'une nouvelle déprime ! En constatant le relatif succès commercial d'Halloween, ne crions pas trop vite aux voleurs ! Je vous suggère plutôt de nous laisser interpeller par l'événement, lui donner un surcroît de sens… et pourquoi pas le remplir de foi ? Décrispons-nous face à un humour pas toujours "très catholique" !

A certaines époques de la chrétienté, l'imagerie et la statuaire chrétiennes ont été riches en danses macabres, en visions infernales, en tortures ou horreurs diverses ! A certaines époques, c'est ainsi qu'on a exprimé le rapport à la mort, le jugement qui sera porté sur nos actes et parfois aussi le désir d'enfermer la population dans des peurs stérilisantes ! Aujourd'hui, nous pensons qu'il y a sans doute un autre langage chrétien à inventer !

Halloween invite les catholiques à revivifier leurs propres célébrations, à remettre du sens derrière les vieux mots et les rites de notre foi.

Coincée maintenant au calendrier entre la fête des citrouilles grimaçantes et le jour des morts, la fête des saints est appelée à devenir davantage – et cela dépend de nous aussi – ce qu'elle est en profondeur : la fête du Bonheur de tous ceux qui se reconnaissent amis de Jésus, sans peur et sans masque.

Le point focal de la liturgie de ce premier novembre, c'est cette merveilleuse page de l'évangile de Matthieu qui illumine la fête de tous ceux qui ont été amis de Jésus depuis 2000 ans.

Quand au Moyen-âge on a accolé le jour des morts à la fête de tous les saints, on a peut-être davantage risqué la déviance qu'aujourd'hui avec la proximité d'Halloween. En effet, les chrétiens ont bien d'autres accès au bonheur que celui de la mort ! Même si la mort elle-même est un incontournable de la question du sens du bonheur.

L'évangile des Béatitudes ne vient-il pas plutôt placer la foi au cœur des contradictions de la vie ? Proclamer "heureux" les pauvres… ou ceux qui pleurent… ou les affamés de justice, n'est-ce pas mettre en lumière la vocation subversive de la foi chrétienne ?

On a tant fait reposer la foi sur un système qu'on a peut-être oublié qu'elle est une provocation, une alternative dérangeante à toutes les propositions de bonheur mondain qui se fondent sur l'argent, le prestige, le pouvoir… tant d'illusions du bonheur qui s'appuient bien souvent sur le mépris du bonheur des autres.

Aujourd'hui, c'est la fête de tous ceux qui sont amoureux du bonheur des autres, qui sont prêts à se donner et dont le cœur cherche à battre au rythme du cœur de Jésus !

Ce bonheur-là, il ne s'explique pas ! Il se vit ! Il se contemple sur des visages… des visages qui portent des traces de sainteté de Dieu, la foule des saints de tous les temps "qui se tiennent devant le Trône de Dieu – comme le chante le livre de l'Apocalypse – en vêtements blancs, des palmes de fête à la main" !

Tous ces frères et sœurs ainés – et parmi eux, il y a sans doute des visages que nous avons personnellement connus, des parents, des amis, des gens très effacés parfois, qui ont été des signes d'Evangile pour leur entourage et qui ont marqué notre vie – nous disent aujourd'hui, chacun à leur façon : "Chasse la peur, ose inventer un autre monde, viens toi aussi ! Reçois ta part du bonheur de Dieu ! Et ce bonheur-là, rayonne-le ! Sans masque et sans grimace ! A visage découvert ! Comme aurait crié sœur Emmanuelle : "Yalla ! En avant !" Nul doute qu'elle le crie dans le ciel en ce jour de fête !

 

Abbé Jean-Marie JADOT – Doyen de Saint-Martin