Nous avons le plaisir de vous communiquer le lien vers la vidéo du spectacle « En Chemin » à l'église Saint-Martin sur YouTube (version complète - 1h10)
Homélie du dimanche 26 octobre 2008 PDF Imprimer Email
Année 2008

1ère lecture : du livre de l'Exode (22,20-26)
2ème lecture : de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1,5c-10)
Evangile : selon saint Matthieu (22,34-40)

 

 

 

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit (…).Voilà le grand, le premier commandement.  Et le deuxième (…) tu aimeras ton prochain comme toi-même ». (Mt.22, 37-39)

 

A entendre Jésus Christ ce matin, on pourrait presque être choqués qu’il hiérarchise l’amour. Pour lui, il y a en fait trois niveaux, trois priorités différentes: d’abord l’amour pour Dieu, ensuite l’amour de soi et seulement en dernier lieu l’amour du prochain.

Trois niveaux, et non pas deux, parce qu’il dira : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». On ne peut pas en effet savoir aimer notre prochain, savoir ce dont il a profondément besoin, tant que nous ne savons pas nous aimer nous-mêmes, tant que nous ne savons pas nous écouter.

 

Mais pourquoi ne pas les mettre tous sur le même plan, tous à la première place ?!

Il faut comprendre que si Jésus-Christ met l’amour envers Dieu le premier, c’est pour nous révéler que c’est cet amour-ci, et lui seul, qui est la condition nécessaire et indispensable pour tout autre véritable amour.

Et cela doit nous interpeller très sérieusement. Parce que cela veut dire que si je n’ai pas une profonde intimité avec Dieu, l’amour que je me porte à moi-même, et l’amour que je porte à ma femme, à mon mari, à mes enfants, à mes parents, et à mon prochain tout court, est un amour qui est quelque part imparfait, ‘‘mal placé’’, c’est le cas de le dire, voir même… dangereux !

 

En effet, si Dieu me demande de l’aimer à la première place, c’est justement pour me protéger du danger de faire de l’amour que je me porte à moi-même et de l’amour que je porte aux personnes qui m’entourent un amour ‘‘idolâtre’’.

La personne idolâtre, au fond, est celle qui demande à quelqu’un d’autre que Dieu de prendre la première place dans sa vie. C'est-à-dire que du moment que pour avoir l’impression d’exister, pour avoir l’impression que notre vie a un sens, qu’elle a de la valeur, nous éprouvons le besoin d’être aimés, d’être estimés, d’être reconnus, alors nous recherchons cet amour partout sauf en Dieu : en nos parents, en nos amis, en notre conjoint, en nos enfants. Partout et par tous les moyens : par l’argent, par la beauté, par la réussite sociale, par le pouvoir, par le sex…

 

Quand Dieu nous demande d’avoir la première place dans notre vie, il n’est pas en train de nous demander par là de nous aimer moins et d’aimer moins les personnes qui nous sont chères. Dieu n’est pas un monstre égocentrique. S’il nous demande de le mettre à la première place, c’est parce qu’il sait très bien qu’à ce moment-là toutes nos autres relations retrouveront leur ‘‘juste’’ place, leur ‘‘juste’’ valeur.

Dieu voudrait de cette manière venir mettre de l’ordre à l’intérieur de notre monde affectif souvent très chaotique.

 

Cet évangile met en relief qu’en réalité, le cœur du problème n’est pas celui d’aimer ou de ne pas aimer son père ou sa mère, son fils ou sa fille, sa femme ou ses enfants…, mais plutôt de les aimer d’un amour qui reconnaît l’autre pour ce qu’il est vraiment et non pas pour ce que moi je voudrais qu’il soit, à la lumière de cette projection idéale et idolatre que je me suis faite de lui !

 

Prenez par exemple le cas du mariage. Si vous vous êtes mariés en demandant plus ou moins consciemment à votre mari ou à votre femme d’être ‘‘Dieu’’ pour vous, c'est-à-dire plus concrètement d’être la mesure capable de combler votre solitude, la réponse à votre besoin d’affection, à vos manques, à vos peurs…, alors, à un moment ou l’autre, vous risquez de lui en vouloir terriblement, parce que vous verrez en ses faiblesses, en ses défauts, en son égoïsme, en ses limites, en sa paresse, un obstacle insurmontable à la réalisation de votre idéal de bonheur, cet idéal que vous envisagez pour vous à travers lui/elle.

Tant que l’autre restera pour moi un ‘‘moyen’’ en fonction de moi, je serais condamné à vivre dans ma vie des périodes de grande frustration et d’insatisfaction. De plus, sans nécessairement m’en apercevoir, je risque de faire beaucoup de mal à l’autre en exigeant de lui un rôle dans ma vie qu’il ne peut pas assumer…. celui d’être Dieu en étant la réponse à tous mes manques.

 

Et quand mon conjoint m’aura assez déçu pour enfin comprendre qu’il n’est pas Dieu, qu’il ne sait pas être le centre de mon univers, alors peut-être qu’à ce moment-là c’est auprès de mes enfants que je me tournerais, en leur demandant à eux, d’occuper cette première place. L’enfant devient alors une ‘‘idole’’, dans ma vie de parent, au moment où je vois en lui la possibilité de me réaliser, moi.

Mais chaque enfant a droit de réaliser sa vocation, ce pour quoi il est fait, indépendamment de ‘‘mes’’ peurs et de ‘‘mes’’ blessures.

 

Vous comprenez alors que nous avons besoin que Dieu vienne rapidement remettre de l’ordre dans nos relations affectives, pour qu’elles ne deviennent pas névrotiques. Qu’il nous apprenne tout d’abord à nous laisser aimer par lui, avec même tous nos péchés et toutes nos trahisons, pour qu’on puisse nous aussi apprendre à aimer les autres de cette manière ‘‘libre’’, non idolâtre, en leur laissant le droit de nous décevoir !

C’est seulement alors, quand on leur aura laissé ce droit de nous décevoir, qu’on saura qu’on leur a enfin rendu leur juste place dans notre vie, sans tomber dans le travers d’un amour narcissique, ou d’un amour égoïste, ou d’un amour fusionnel, ou d’un amour névrotique... Sinon l’amour, même celui qui naît de la manière la plus belle, la plus forte, la plus grande, risque à un moment donné de se révéler dangereux, aussi bien pour nous que pour la personne qu’on essayes d’aimer.

 

Le tout en effet n’est pas seulement de ‘‘vouloir’’ aimer, mais de ‘‘savoir’’ aimer !

Ne vous inquiétez pas, le message de ce dimanche n’est pas alors d’aimer moins les personnes qui nous sont chères, mais de savoir les aimer correctement. Laissons le Christ nous l’apprendre.

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin