La Saint-Vincent de Paul recherche des vêtements d'hiver propres et en bon état à donner pour enfants ou adultes.

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Homélie du dimanche 28 septembre 2008 PDF Imprimer Email
Année 2008

1ère lecture : du livre d'Ezékiel (18,25-28)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (2,1-11)
Evangile : selon saint Matthieu (21,28-32)

 

 

 

Samedi passé nous avons accueilli la rentrée des Guides et des Scouts. Dimanche, celle du Patro et des gens d’Outre-mer. Aujourd’hui, c’est la rentrée des Groupes de Prière des Mères et des Pères que nous fêtons.

Et quelle belle coïncidence que l’évangile de ce dimanche nous présente justement un père et ses deux enfants ! On peut imaginer là, si vous voulez, un aîné et un cadet.

 Non, ce n’est pas la parabole du Fils prodigue, mais elle lui ressemble beaucoup. Dans les deux cas, en effet, il y a un fils, le cadet, qui s’ouvre lui à vivre un profond changement dans sa vie, tandis que l’autre, l’aîné, reste braqué sur sa position, totalement fermé sur lui-même. Et le plus paradoxale, dans l’histoire, c’est que ce qui constitue un empêchement à ce que l’aîné vive lui aussi ce changement intérieur profond, cette conversion du cœur, c’est justement quelque part sa ‘‘religiosité’’, sa bonne conscience, cachée derrière le respect de la règle pour la règle et complètement conditionné par le ‘‘qu’en dira-t on ?’’.

L’aîné de la parabole de ce matin n’a pas le courage de dire à son père, ouvertement en face, « Non ! ». Il lui dira « oui », comme un enfant obéissant, c’est vrai. Mais regardez que ce n’est pas pour cela qu’il vivra pleinement son oui. Ça ne sera qu’un ‘‘demi oui’’. Il n’a pas non plus le courage, dans la parabole du Fils prodigue, de claquer la porte comme son frère et de quitter la maison. Il restera lui auprès de son père, c’est vrai. Mais ce n’est pas pour cela qu’il sera plus présent dans la vie de son père !

 

La frustration des fils aînés, dans ces deux paraboles, c’est qu’ils ne font pas un vrai choix. Ils laissent les autres ou les circonstances choisir pour eux. Ils n’assument pas vraiment leur vie. Ils ne savent pas assumer des risques. Et sous l’apparence d’être gentils et obéissants ils ne font, au fond, que ce qu’ils veulent, en jugeant leur père et leur frère cadet.

 

Si Jésus Christ adresse ces paraboles aux chefs des prêtres et aux anciens, c’est parce qu’il veut mettre le doigt sur une tentation très subtile, à laquelle tout homme est sensible, mais plus particulièrement nous, les ‘‘bons cathos’’, les ‘‘fils aînés’’. Et cette tentation est celle de vouloir donner une belle image de nous-mêmes : toujours polie, toujours serviable, toujours obéissante. Mais surtout, la vraie tentation c’est de vouloir vivre de cette image ! C’est pourquoi nous ne savons pas partir ; nous ne savons pas dire « non » autour de nous.

Parfois on voudrait, mais nous ne nous donnons pas ce droit par peur : peur de nous culpabiliser, peur qu’on nous fasse le reproche que nous sommes des égoïstes, peur qu’on nous renvoie une image négative de nous-mêmes…

 

Tout cela fait partie, quelque part, de notre éducation ; une éducation parfois plus religieuse que chrétienne.

On nous a laissé entendre, en effet, que nous étions de ‘‘bons enfants bien élevés’’ lorsqu’on obéissait à nos parents et qu’on leur disait toujours oui. « Oui papa », « Oui maman ». On n’avait pas le droit de râler. On n’avait pas le droit de remettre en question ce qu’un adulte nous disait. L’adulte, par définition, c’était celui qui savait ce que l’enfant devait faire et comment il devait le faire.

 

Comprenons alors qu’éduquer, ce n’est pas, d’abord et seulement, imposer à l’enfant une règle extérieure. La règle est importante pour vivre en communauté, oui ; mais éduquer, c’est tout d’abord se mettre à l’écoute de l’autre et « tirer » de lui ce qu’il y a de meilleur en lui. Voilà la signification du verbe latin « ex-ducere ». Et cela, tout en le respectant dans ses temps et dans ses modalités.

Si vous voulez, ce n’est pas l’enfant qui doit obéir à l’adulte, mais l’adulte qui doit ‘‘obéir’’ à l’enfant. Pourquoi ? Justement parce qu’en temps qu’adulte, lui a le recul nécessaire pour le faire. Et obéir à l’enfant, ce n’est pas obéir à ses caprices, bien sur, vous m’avez compris ; mais c’est obéir à ce que l’enfant est, au plus profond de lui-même. Obéir quelque part au rêve que Dieu a sur lui, plus qu’au rêve que moi j’ai sur lui et qui est souvent un rêve de perfectionnisme.

Nos enfants sont tous différents, extérieurement comme intérieurement. Ce n’est pas injuste de personnaliser l’éducation de chacun. Mais c’est clair que cela demande un investissement de temps et d’énergie plus important. Ce serait beaucoup plus facile de faire de notre maison une caserne : la même règle pour tous, affichée sur le frigo, pour que tout le monde la voit. Cela nous empêcherait au moins, de devoir nous remettre constamment à l’écoute de chacun, aussi bien dans ses besoins que dans ses difficultés, dans ce qu’il attend que dans ce qu’il est prêt et capable de donner au moment présent.

 

Permettez-moi une petite parenthèse. L’avantage d’arriver à vivre ce type d’écoute, c’est que ça nous éviterait de devoir nous confronter constamment à nous-mêmes et au tourbillon de nos émotions.

Pourquoi ai-je tellement mal quand un enfant ne m’obéit pas et qu’il me tient tête ?! J’ai de la colère qui monte en moi ? Je voudrais le scotcher au mur ? Probablement, d’accord. Mais ce n’est pas pour cela que je dois rendre l’autre responsable de mes sentiments ! Je suis moi, et non pas l’enfant, le seul responsable de ce que je ressens. Quelqu’un d’autre, en effet, à ma place, pourrait réagir très bien autrement. Reconnaissons-le.

 

J’en profite aussi pour nous poser une autre question. Et si je ne savais pas dire « non » sans me culpabiliser, parce que moi-même le premier je n’accepte pas qu’on me dise « non » ?! Allons plus loin. Et si je n’acceptais pas qu’on me dise non parce qu’en réalité derrière ce refus à ma demande, c’est moi, comme personne, qui me sentirait refusée, qui me sentirait niée dans ce que je suis ?!

Si nous savions faire la différence entre les deux, nous souffririons beaucoup moins, je vous assure !

 

Revenons aux deux fils de l’Evangile de ce matin. Si vous voulez, tous deux ont un problème avec l’autorité ; tous deux ont un problème d’obéissance. Comme le premier ne sait pas dire oui, parce qu’il ne sait obéir qu’à lui-même, de la même façon, le deuxième ne sait pas dire non, parce qu’il ne sait pas s’écouter, qu’il n’a pas appris à se respecter, il ne sait pas assez ‘‘obéir’’ à lui-même. Et parfois, c’est important de savoir dire non, pour reprendre des forces et faire en sorte que notre oui soit encore plus vrai, encore plus fort, encore plus entier !

La différence entre les deux frères, c’est que le premier accepte de se convertir ; c’est-à-dire de se remettre en question. Et il fait tout un travail sur lui-même, pour s’ouvrir à ce oui entier. Tandis que le deuxième reste fermé sur son demi oui, convaincu d’être dans le bon, fort de son éducation et aveuglé par son besoin de reconnaissance.

C’est pourquoi, pour lui il n’y a pas de changement possible.

 

Comprenons que ce n’est pas de nos refus que Dieu a peur. Il nous donne le droit de lui dire non et de lui claquer la porte en pleine figure, parce qu’il sait que c’est à partir de nos refus explicites qu’il peut faire tout un travail profond de conversion. Mais c’est face à notre ‘‘bonne conscience’’, face à ces ‘‘demis oui’’ derrière lesquels on se cache si souvent, que Dieu est, quelque part, impuissant.

Comment voulons nous laisser Dieu être vrai avec nous si, de notre coté, nous continuons à nous mentir à nous-mêmes ?! Et nous le savons bien, il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

 

« Amen je vous le déclare (à vous les chefs des prêtres et aux anciens) : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » Mt. 21,30

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin