Fête nationale du 21 juillet

Célébration interconfessionnelle à 10h à St-Martin

Homélie du dimanche 21 septembre 2008 PDF Imprimer Email
Année 2008

1ère lecture : du livre d'Isaïe (55,6-9)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (1,20c-24.27a)
Evangile : selon saint Matthieu (20,1-16a)

 

"Accepter la différence" dans nos relations humaines, reconnaissons-le, c'est un défi de tous les jours ! C'est un grand défi… et en même temps un grand bonheur ! Tout homme et toute société, au risque de tomber dans l'intolérance, doivent continuellement se battre pour cette acceptation.

A l'instant, Jésus vient de nous raconter une parabole qui nous invite à accepter la différence de Dieu. Dieu n'est pas ce que nous voudrions qu'il soit ! Dieu et le Royaume qu'il nous invite à bâtir avec lui n'ont pas nécessairement les mêmes normes que celles que nous avons établies dans nos sociétés.

La justice distributive veut qu'à travail égal, on reçoive un salaire égal, c'est normal et c'est juste. Alors que signifie cette scandaleuse parabole qui semble faire l'apologie de l'injustice, avec des ouvriers de la dernière heure payés de la même façon que ceux qui ont subi le poids du jour et de la chaleur ?!

Un jour, (raconte le Père Guillaume de MENTHIERE dans le "Magnificat" n°190) une actrice courroucée vint trouver le grand Sacha GUITRY. Elle se plaignit de ce que son cachet dérisoire n'était pas du tout en proportion de son talent.

"Oh ! Je sais, mademoiselle, répondit malicieusement le maître, mais il faut bien que vous mangiez !"

Je repense à cette réplique humoristique, cruelle et profonde en relisant la parabole des ouvriers. Dieu merci ! Le Créateur accepte de ne pas proportionner notre récompense à nos mérites ! Aux serviteurs inutiles que nous sommes, pour une poignée d'heures travaillées, il donne la vie éternelle !

Quand prendrons-nous la mesure de cette démesure divine ? C'est par une illusion d'optique qu'il nous semble que les travailleurs les plus matinaux sont les dindons de la farce. Tout est une question d'échelle. A l'approche du divin et de l'infini, nos logiques d'apothicaires s'affolent. Il est ridicule et mesquin de spéculer sur les heures de service quand on reçoit en retour une éternité de bonheur. La disproportion rend grotesques nos calculs.

Quand on parle d'amour, cela n'a pas de prix. L'amour n'a pas besoin d'être rétribué, il est  à lui-même son propre salaire. Se savoir aimé de Dieu et croire que ce sera notre bonheur éternel, non vraiment cela n'a pas de prix !

Frères et sœurs, mes amis, ne faut-il pas voir dans cette parabole déroutante un vibrant plaidoyer divin pour la gratuité et le bénévolat ? Dieu nous parle d'abord de lui, de son cœur : il nous aime gratuitement, sa miséricorde est infinie. Ce texte nous permet de mesurer à nouveau la distance entre la gratuité de la miséricorde divine et nos propos si remplis de calculs, de jugements désobligeants pour les autres, de comparaisons jalouses. "Pourquoi ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ?" Mais qui plus est, ce Dieu fou d'amour gratuit sort de chez lui, à toutes les heures du jour, pour embaucher des ouvriers qui acceptent eux aussi de témoigner de cet amour gratuit, prêts à faire coexister justice et gratuité.

Ainsi se construit le Royaume de Dieu.

Il y a quinze jours, c'était le dimanche de la rentrée paroissiale. Hier, c'était la rentrée des guides et des scouts. Ce matin, ce sont nos amis du Patro qui redémarrent une nouvelle année. Dans la vie de nos paroisses et de nos mouvements, tous les bénévoles jeunes et adultes qui donnent gratuitement un peu (ou beaucoup !) de leur temps et d'eux-mêmes pour servir les autres et mettre l'évangile en œuvre ne sont-ils pas les témoins et les ouvriers merveilleux de la Vigne du Seigneur !

Encore une fois, merci à vous tous les bénévoles du Royaume de renverser l'ordre des valeurs du monde et de dire, par votre vie, la beauté de l'amour gratuit ! Merci de témoigner de "la différence" de notre Dieu !

 

Abbé Jean-Marie JADOT – Doyen de Saint-Martin