Homélie du dimanche 31 août 2008 PDF Imprimer Email
Année 2008

1ère lecture : du livre de Jérémie (20,7-9)

2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (12,1-2)

Evangile : selon saint Matthieu (16,21-27)

 

“Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera” Mt. 16,25

 

 

 

J’ai souvent entendu dire qu’en amour, il y en a toujours un des deux qui aime plus que l’autre, un des deux qui est plus attentionné que l'autre. Vous devez certainement avoir entendu cet adage.

Je me disais qu'il aurait été intéressant, ce dimanche, de descendre avec le micro dans l’assemblée et de demander à l’un ou à l’autre couple, lequel des deux aime le plus. Je crois que plus d’un serait étonné d’entendre ce qu'a à répondre son conjoint à ce propos.

Si je vous dis tout cela, ce n’est certainement pas pour venir mettre la pagaille dans vos couples, croyez-moi. J’ai tout de même envie de laisser cette question ouverte, pour rendre un peu plus pimenté votre repas de ce midi…

 

En tous cas, si cette expression est vraie, alors je crois que des deux, celui qui est à plaindre le plus n’est pas celui qui aime davantage, comme on pourrait le croire, mais celui qui aime le moins !

Pourquoi ? Parce qu'il n’existe pas d’énergie plus forte que l’amour. L’amour reçu nous change, de l’intérieur, qu’on le veuille ou pas. C’est pourquoi, quand on est en présence de quelqu’un qui nous aime vraiment, pour nous-mêmes, c’est très dur, très douloureux, de résister à ce changement qui veut s’opérer en nous.

Reconnaissons alors que la plus grande violence, à ce moment-là, n’est pas celle que je fais à l’autre en lui refusant mon amour, mais plutôt celle que je me fais à moi-même en me refusant de répondre à cet appel intérieur.

 

Et parfois, à tout ça il faut encore ajouter que nous avons tellement de fierté, que nous ne nous acceptons pas avec notre faiblesse, avec notre péché, c'est-à-dire avec tout ce qui en nous, nous retient d’aimer. Cela nous humilie tellement, que nous choisissons alors, de ne pas devoir nous confronter à cela. Et nous nous renfermons sur nous-mêmes, jusqu’à refuser de nous laisser aimer tels que nous sommes.

Mais il faut savoir, là aussi, que cette condition est pire que la précédente, autant pour nous que pour les personnes qui voudraient nous exprimer leur amour, mais à qui nous ne laissons pas ce droit.

 

Quoi faire alors, en définitive, si nous nous rendons compte qu’en amour nous sommes de ceux qui aiment le moins ?

Dans ce cas, je vous invite à l’humilité et à la simplicité, c’est-à-dire à accepter de se laisser aimer, même si nous avons l’impression de donner moins que ce que nous recevons. Vous verrez alors que, si au fond de nous il y a vraiment la volonté de grandir en amour, nous arriverons à cette maturité, parce qu’au final, l’amour accueilli aura réussi à vaincre nos résistances.

 

Et si en amour, nous découvrons que nous sommes de l’autre camp, parmi ceux qui aiment le plus ?

Je vous invite alors à ne pas juger celui ou celle qui aime moins. Accueillons-la, accueillons-le avec son histoire, avec ses peurs, avec ses blessures et avec sa difficulté à faire confiance et à lâcher prise. Peut-être que cela prendra du temps, mais il n’y a que l’amour qui pourra guérir ce type de blessures intérieures.

 

Maintenant, pour mieux comprendre les paroles que le Christ adresse à Pierre dans l’évangile de ce matin : “Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera”, il ne suffit pas de savoir distinguer ceux qui aiment plus, de ceux qui aiment moins. Le vrai problème n’est pas tout à fait là. Il faut plutôt savoir distinguer, en effet, deux autres attitudes, liées à ces premières mais bien plus sournoises.

 

Tout d’abord, chez ceux qui aiment moins, il faut savoir distinguer ceux qui ont une volonté de grandir dans le don de soi, d’une part, et de l’autre ceux qui, tellement trompés par l’esprit du gain, l’esprit du profit, veulent tout garder pour eux. Comment les distinguer ? Les premiers savent ‘‘recevoir’’ tandis que les deuxièmes ne savent faire que ‘‘prendre’’.

 

Chez ceux qui aiment plus, il y a aussi d’une part, ceux qui aiment en donnant de ce qu’ils ont dans leur réservoir affectif, et de l’autre, ceux qui aiment en donnant de ce qu’ils puisent de leur relation avec Dieu, le principe même de l’amour. Comment les distinguer ? Les premiers, dans ce qu’ils donnent, ont besoin d’être reconnus par la personne en face d’eux, tandis que les seconds ont besoin de donner pour que la personne en face d’eux se sente, elle, reconnue. C’est là toute la différence !

 

Les paroles du Christ s’adressent, bien entendu, aux seconds.

C'est-à-dire que si on est de ceux qui aiment moins et qu’on garde les mains fermées, pour se défendre et pour défendre ce qu’on a, alors on risque de tout perdre et de passer à côté du vrai sens de la vie. Voilà pourquoi : “Celui qui veut sauver sa vie la perdra’’.

Mais si on est de ceux qui aiment plus et qui arrivent à aimer la personne qu’ils ont en face d’eux sans rien attendre d’elle, parce que tout ce qu’ils ont, ils savent l’avoir reçu de Dieu, alors on ne pourra jamais rien nous voler. On sera vraiment libres. La phrase du Christ : ‘‘Qui perd sa vie à cause de moi la gardera” arrive à prendre alors tout son sens.

 

La ‘‘bonne nouvelle’’ en ce dernier dimanche d'août si vous voulez, c’est que même si on se découvre malheureusement faisant partie de ceux qui aiment moins, ce n’est pas encore cela le plus important. Ce qui compte vraiment, c’est de rester ouverts aux autres et de savoir apprendre à recevoir, dans l’humilité et la gratitude. C’est à ce moment-là que nous pourrons évoluer et nous retrouver parmi ceux qui savent aimer en retour.

Tandis que si on se retrouve déjà parmi ceux qui aiment le plus, ce qui est le plus important ce n’est pas encore de donner, mais de savoir donner dans la gratuité. Et cela si nous aurons su puiser notre amour dans l’amour de Dieu. Dans le cas contraire, nous risquons tôt ou tard de nous retrouver la batterie à plat et d’en vouloir à la personne en face de nous. Et un jour, inévitablement, nous lui sortirons toute la note, sans lui faire aucun cadeau.

 

Portons ce matin notre regard sur le Christ. S’il a su nous aimer dans la dimension de la croix, c’est parce qu'il puisait cet amour dans l’amour de Dieu pour lui. Et sa peur, dans sa relation à nous, n’était pas d’être celui qui aimait le plus, et nous le moins, mais plutôt qu’on se ferme à cet amour et qu’on refuse de se laisser aimer, qu’on refuse de se laisser… ‘‘sauver’’.

 

Ce dimanche laissons alors le Christ nous séduire, pour pouvoir exclamer avec le prophète Jérémie : « Tu as voulu me séduire, Seigneur, et je me suis laissé séduire ». C’est cette expérience de foi qui est à la base de tout véritable don de soi.

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin